Vessels rocks our boat

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Ce soir le Batofar sent comme toujours le moite de la Seine et une espèce d’odeur de shampoing (que mon nez de biologiste identifie comme du formaldehyde, composé chimique toxique, oh, trois fois rien). Odeurs à part, je note tous les signes annonciateurs d’un bon petit concert:
– 30 péquins pour tout public, dont une dizaine de boutonneux à lunettes (si tu veux savoir quoi écouter tu vas faire un tour en fac de maths, les vrais hipsters, c’est eux), 10% de meufs (soit 3, calculeront rapidement les matheux), et un extra-terrestre venu de sa Neuilly-planet, écharpe Hermès à l’appui.
– un set-up spé, avec la batterie positionnée sur l’avant de la scène,
– une tournée générale de bouchons pour les oreilles.

[Le Batofar]

Welcome onboard. Trois semaines que j’écoute en boucle Dilate, album phare de Vessels, alors embarquer pour la découverte live du dernier The Great Distraction ne pouvait être qu’une bonne idée. Et en effet, avec un premier track que je n’ai pas su identifier, les 5 types de Leeds appareillent immédiatement pour une navigation post-rock corsée, dont l’énormité sonore, même si curieusement ballastée par des harmoniques lancinantes, est à faire péter les tympans.

La méthode est simple : boot au vent dans la tempête. Le clavier, hallucinatoire, semble ne jamais s’arrêter de monter la vague, et quand il passe péniblement la crête, il déclenche un tonnerre de batterie, les trippes s’allègent, le cœur se soulève, et on plonge, dans une grande gerbe d’écume : l’extra-terrestre se tourne vers son pote pour lui hurler « le dive ! putain ! ça déboite ! » (il s’essaye au parler populo), éclate de rire, et comme tout le monde, danse comme un marin fou sur le pont.

Dommage, au creux de la vague, une ou deux transitions sont mal travaillées, et quelques problèmes techniques (dont l’appareil à fumée pétant les plombs, manquant d’étouffer l’un des membres du groupe, et expliquant l’odeur de formaldéhyde) font retomber l’ambiance. Les anglais gardent pourtant le cap et une version très structurée de The sky was pink se transforme en interminable défouloir. Glass Lake, Eliptic, 4am, tous caractérisés par cette bizarre touche mélancolique martelée, sont enchaînés à la dure, et l’effet est génial : rien n’appelle autant à la contemplation qu’une mer déchaînée… on décolle. Le type à l’écharpe beugle qu’il a l’impression d’être sur un vaisseau spatial (normal pour un alien vous me direz), les matheux partent en couille dans leurs formules, perso je déboule entre les icebergs à fond la caisse sur mon zodiac. Chacun son délire, mais tous dans le même bateau, celui dont on débarque déboussolé après les longs mois en mer, l’oreille interne défoncée, l’équilibre physique comme mental incertain.


[Mobilise live]

C’est une invitation à voyager « intense » que cette perf’ live de Vessels (traduction : vaisseaux) et ce n’est donc peut-être pas un hasard si elle s’opère à bord d’un « fucking great boat », comme dirait Peter Wright (basse, voix, clavier) en parlant du Batofar. En tout cas, vous saurez quoi écouter  pour votre prochaine grosse navigation (de quel genre qu’elle soit): quand la musique sort les trippes, ça règle le problème du mal de mer !

– Marie Manceau –

Le Batofar redouble d’ardeur pour son closing pendant tout le mois de janvier avant fermeture jusqu’au printemps pour rénovation. Voir le programme ici.