Un rêve devenu réalité pour The Dizzy Brains

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Découverts aux Transmusicales, les Dizzy Brains, groupe formé autour de deux frères malgaches, Eddy au chant et Mahefa à la basse, vivent un conte de fée. Papy Brossard leur a généreusement offert une visibilité qui les a sortis de Tananarive, l’une des villes les plus pauvres au monde pour arpenter les scènes de France de long en large. Cette interview retrace deux rencontres: la première lors des Trans, la seconde avant le MAMA festival où ils joueront jeudi 13/10.

A Madagascar, la scène métal est déjà présente. Qu’en est-il de la scène punk-rock, en êtes-vous les représentants ?
Les porte paroles peut-être pas, on fait juste ce qu’on aime, on prend la scène comme un exhutoire. Les gens écoutaient du rock avant nous mais c’est vrai que 89% des jeunes de Mada aujourd’hui écoutent beaucoup plus de métal, il y a eu comme une sorte d’absence de rock pendant quelques années, et là ca revient un peu. A Tananarive, il y a 5/6 groupes de rock c’est pour te dire !

Punk et revendicateurs dans vos paroles, vous êtes interdits de radio dans votre pays, feriez-vous peur ?
Sans doute parce qu’on est pas politiquement correct. On arrive pas vraiment non plus à être programmé dans les salles, on organise nous-même nos concerts, on loue le matos et on joue devant très peu de gens. Alors les Trans, c’était fou, on ne remerciera jamais assez Jean-Louis Brossard [directeur des Rencontres Transmusicales de Rennes]. C’était la première fois qu’on prenait l’avion de notre vie mais c’était bizarre : à l’aéroport, on s’est pas vraiment rendu compte qu’on allait en France. C’est une fois décollé, dans l’avion on s’est regardé et dit « ca y est, on y est, on va à Rennes, le bonheur ! » On est passé du public de notre famille et nos amis à un vrai public de 2000 personnes. Globalement on est en transe dans ces moments là.

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Du coup, autant battre le fer tant qu’il est chaud avec ce succès imprévu, vous sortez votre premier album Out Of The Cage. Avec qui avez vous travaillé pour l’enregistrement ?
Succès est un bien grand mot, nous dans nos têtes on reste toujours ces gamins de Madagascar qui n’ont d’autre rêve que celui de faire de la musique un peu partout dans le monde. L’album a été enregistré à Madagascar chez Libertalia Music Records, l’éditeur de l’album, et par la suite, le label français X-Ray Production en est devenu le producteur. Sur cet album nous avons travaillé avec plusieurs personnes, notamment avec Silo Andrian, un musicien très réputé chez nous, car nous avions besoin d’un claviériste sur quelques morceaux. Nous avons également collaboré avec le studio de la Grande Armée pour le mixage (en France) et également avec un dessinateur malgache renommé: Franco Clerc.
On reconnait cette photo de couv, c’était aux Trans ^^.

Dans votre tube Vangy signifiant Les Crocs en malgache, vous parlez de la violence de la police dans votre pays. J’ai lu que certains policiers n’hésitaient pas à louer leur kalachnikov à des voyous la nuit pour 100 000 ariary [30€]. C’est vrai ?
Oui, la corruption comme la pauvreté y est très forte. Les politiques comme les policiers sont tous corrompus. On vit dans un climat malsain, avec beaucoup de pilleurs et de violence la nuit. C’est pour ça qu’on a la rage.

Retour à la musique, quelles sont vos influences ? 
Tous petits, chez nos parents on a été bercé par les trucs un peu vieux de notre père comme les Stooges ou MC5.


[Studio Shoot’pro]

Si vous deviez choisir une de vos chanson ?
Baby Jane, ou « mola kiel » en malgache, qui correspond à « petite salope » en français. C’est une chanson plus personnelle: il y avait cette fille que je trouvais bien, on avait déjà une certaine relation mais sans le physique. J’ai voulu lui dédier la chanson. Ca raconte aussi l’histoire d’une fille …un peu pute, je dirai…

______________________________________________________________2e rencontre

10 mois après notre première rencontre, qu’est-ce qui a changé?
Rien n’a changé, nous sommes restés les mêmes… mis à part le fait que notre bébé Out of the Cage nous permet de commencer à marcher dans la cour des grands. Grâce à cet album, nous effectuons une tournée de 7 mois en France, en Belgique, au Maroc et même en Corée du Sud.

Vous tournez beaucoup en France depuis les Trans, bientôt 50 concerts en un an sur l’hexagone. Pensez vous venir vous installer pour un temps ?
Oui c’est vrai que depuis les Trans nous n’avons pas arrêté de revenir en France. De là à y habiter totalement … on adore la France mais on adore Madagascar encore plus, malgré la misère, la pauvreté et toutes les merdes que les politiciens y font.

A Mada, les gens vivent au jour le jour, ne serait-ce que pour manger. Lorsqu’on s’est rencontré aux Trans, vous viviez également votre aventure folle au jour le jour. Et maintenant, avez-vous des projets ?
Oui, et c’est pour cela que l’on ne veut pas être perçus comme des punks, notre musique, oui, l’est un peu. Mais les punks sont « no future ». Dans nos têtes, l’envie de mener à bien des projets est toujours présente. Sans nos rêves et nos projets, notre musique n’aurait pas lieu d’exister. Le fait de partir en Corée du Sud est déjà un joli rêve qui se concrétise.

Merci Eddy, Mahefa, Poun et Mirana. On vous souhaite une belle épopée!

The Dizzy Brains joue jeudi 13 octobre à La Boule Noire pour le MaMA festival !

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