Un cru bouchonné pour le MaMA 2017

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Les néons roses de Pigalle se réflètaient sur la surface plastique de 582 badges « pros » de la musique il y a quelques jours. Rendez-vous incontournable du secteur, la convention MaMA appuyait sur un constat : l’artiste à materner n’interesse plus personne. On attend désormais d’un groupe qu’il s’investisse dans sa communication, dans son artwork, dans la création d’un nouvel environnement musical et dans de nouveaux partenariats artistiques complémentaires. Lomepal et Superpoze étaient d’ailleurs invités pour une conférence Decide It Yourself, plus tard Everything Everything définissait le rôle et la tâche de chacun dans un groupe.

[Photo de Thomas Saminada]

Classe de jour, fête de nuit.

L’année dernière le MaMA festival nous avait offert des moments inoubliables, ponctués d’immersions frissonnantes comme dans les nimbes sombres du pianiste Lambert ou face à la fragilité rock de Shannon Wright. Cette année malheureusement, point de grand cru surprise. L’ecclectisme était pourtant à son paroxisme, proche de désemparer ses 4713 festivaliers: un énorme bouillon à morceaux, représentant tous les genres. On s’est délecté des croûtons, ceux qui remontent à la surface, car le meilleur est toujours ce qui croque.

Mercredi. Sur tous les trottoirs de Pigalle, on entendait le nom d’Eddy de Pretto. Entre rap et chanson française, le cristolien (de Créteil, oui c’est le mot du jour) dénonce les abus de la vie sociale d’aujourd’hui, un bel effort pour un manque de finesse. Son travail avec les producteurs de Booba et Gucci Mane assurent déjà la popularité grandissante d’un produit Universal. Stromae est mort, vive Eddy de Pretto ? Non merci.
Pour le même créneau horaire, direction Klangstof au Bus Palladium, premier groupe hollandais à jouer à Coachella, dont le titre Hostage nous a bercé en 2016. Le jeune Koen van de Wardt à la voix douce dirige son groupe indie pop à la manière de Mac DeMarco, avec proximité, intercalant parfois de petits cris surprenants. Ils repasseront chez nous le 22/11. « Be there or be square », c’est lui qui l’a dit.

Jeudi. Un peu déçue côté scène de la synth pop de Malik Djoudi, je me prends le grand tumulte de Millionnaire en pleine face.

Le guitariste chanteur Tim Vanhamel brasse avec ses 4 membres  désarticulés le peu d’espace entre ses 5 musiciens, quitte à tomber de la scène, un pied enroulé dans le fil du micro. Sur la petite scène de la Boule Noire, ca vibre comme du QOTSA, et ce n’est pas étonnant puisque le belge a joué les débuts de DEUS, de Eagles of Death Metal et a rencontré Josh Homme. Après une pause de 12 ans, le groupe est donc de retour, pleine fougue, avec un 3e album Sciencing. [Photo de Robert Gil]

Pendant qu’une file de plus de 30 mètres de djeuns furieux vocifère sans pouvoir entrer aux Folies’, pleines à craquer pour la soirée rap avec L’Or du Commun, je m’installe, aux Trois Baudets, moelleusement, sur le siège passager de Laura Sauvage, fille de Janis Joplin, soeur de Courtney Barnett, pour un trajet folk-rock américain. « You try to pretend you’re not a psychopath »: ses mots dédiés à Trump.

Enfin Meute, fanfare fan de techno clôture la soirée sur des reprises de Laurent garnier et Âme. Ambiance moite et joyeuse, comme aux Trans 2016, comme au festival Yeah.

Vendredi. Elle te flashe dans la rétine, Corine. Icône sexy des années 80 cryogénisée et réveillée en 2016, Corine remet les paillettes et survêts au summum du fun, et du sexe aussi. Une femme moderne qui assume ses déboires amoureux avec son Pierrot, mais qui aime par-dessus tout danser, plantant son regard de braise dans les yeux des garçons qui s’éxécutent lorsqu’elle le désire. On apprécie : un début et une fin de concert instrumentaux en son absence afin de mettre en valeur les rythmes disco-funky de ses musiciens.

 

Entre deux concerts, on pensait passer juste 10 minutes humer de l’atmosphère fantastique de Chapelier Fou. C’était sans compter l’attraction des nouveaux morceaux de son 4e album Muance. Même si celui-ci annonce mutation et nuance, le voyage est toujours aussi cinématographique, entre électronique, vents et cordes, et nos yeux n’ont finalement pas dévié des rais de lumières de son nouveau mur LED en background. [Photo en une de Gwendal Le Flem]

Voici pour résumer ces 3 jours. Et pour dire vrai, ma trouvaille de ce festival fût finalement celle d’une salle : le Backstage By The Mill, derrière le Sullivan du Moulin Rouge, tout caché qu’il était.

Cela dit, personne n’a pu assister aux 120 concerts non plus. Peut-être avez vous fait de votre côté la découverte de l’année ?

– Julie Lesage –

 

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