Un aller simple avec Djakarta

[Interview en terrasse avec Raphael]

Raphael et Tristan Stuart sont deux frères inséparables, auteurs-compositeurs de Djakarta, dont un premier EP tout neuf squatte les bacs depuis peu. Un nom trouvé lors d’un périple de surfeur, sur la vague des phonétiques à évasion rappelant celles de Tame Impala.

Auparavant officiant dans le groupe rock des Wankers (les branleurs), la fratrie mûrit et se tourne vers des compositions pop et psychédéliques.  Ils s’entraînent alors pendant 3 ans sous les conseils de Stan Neff (Ana Zimmer, Lilly Wood and the Prick…), deviennent multi-instrumentistes et composent près de 40 chansons, dont les meilleures figurent sur leur EP éponyme. Un EP produit grâce à une levée crowdfunding de 7000€ pour la location d’un studio à Saint-Germain.

« On a tout appris en autodidacte et c’est très important pour nous car au conservatoire tu t’enfermes un petit peu. En plus de la guitare, je jouais des instruments à vent grâce à notre père clarinettiste, j’aime bien leur côté tribal. D’ailleurs ce soir, j’ai amené une flûte balinaise »
Car ce soir, on fait la release party au Silencio, le club très select designé par David Lynch.

« Côté vieilles influences, je suis un grand fan des Beatles, j’aime composer des accords comme des couleurs. Mon frère adore The Doors, il joue piano et basse mais c’est lui qui me propose des riffs ! On aime le rock, mais on s’est rendu compte que c’était pentatonique, alors que la pop psychée te permet une plus grande étendue sur les vocales. » 
Les frères Stuart sont nourris dès leur plus jeune âge à la culture anglo-saxonne et à l’art en général, notamment de par leur père australien, peintre, sculpteur et musicien. D’ailleurs tout l’artwork du groupe est le travail paternel.

Cet EP commence avec The Rising Tide, une balade psychée sensorielle peignant des paysages arides et finit par On The Moon. Le ton du voyage et de l’évasion aérienne est annoncé. « Pour cette chanson, j’ai toujours eu l’image de grandes étendues en tête , avec, ne me demande pas pourquoi, un mec chevauchant à la Braveheart à travers les plaines d’Ecosse ou d’Irlande. On est amoureux de la nature, du wild australien. On essaie également de retranscrire les peintures de notre père en musique, ce qui n’est pas facile… »

Raphael est aussi écolo puisqu’il me félicite quand je me lève pour jeter mon mégot à la poubelle. « Je deviens la police des mégots auprès de mes potes! » Il me parle ensuite du clip de The Rising Tide, qui est l’oeuvre de Baptiste Perrin, le frère d’un des garçons de Pépite… le monde est petit.

Sur le second track, vient Paranoid avec ses notes saturées. « Un son découvert alors que Tristan était au piano à queue Steinway et que le producteur faisait des tests sur un clavier Korg MS-10, et on est très content de l’avoir gardé, ca donne un clin d’oeil au lo-fi. »
Mais qui est parano ? « Ca arrive à tout le monde, notamment quand tu prends des drogues. En l’occurence, là c’est une histoire avec mon frère, je ne comprenais pas sa parano, alors j’ai commencé à écrire sur mon portable, j’ai ensuite posé les mots avec l’aide de notre mère [française] qui a également connu des problèmes psychologiques. Elle est d’ailleurs elle-même une grande source d’inspiration. »

Le duo s’est déjà fait repérer et a été sélectionné dans les 4 finalistes du tremplin DoFineMusic pendant les Dauphine Art Days (non ils ne sont pas de Dauphine). C’était jusqu’ici leur plus grosse scène, et quoi de mieux qu’un auditoire ultra connecté…?

« On travaille déjà sur un deuxième EP, qui sera plus moderne, avec des sons électroniques et des grosses basses empruntant aux productions hip-hop. Et pour ca on vient de monter notre studio à Bastille, avec magneto à bande, console analogique, etc. Le but de l’EP, c’est de faire des essais avant l’album, là on peut tout se permettre. »

Bien, on attend tout ca, en écoutant le premier déjà.

– Julie Lesage –

[Photo une ©Lenita Visan]                                                                       

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