Trans-mission 2016, ce qu’on ramène dans nos esgourdes

[Crédit photo une: Nicolas Joubard]

Avec 62000 spectateurs pour la 38e édition des Rencontres Transmusicales, soit 2000 de plus que l’année dernière, et des guichets fermés au Parc Expo de Rennes, les organisateurs de ce festival d’hiver sont loin d’être manchots. Leur secret: un quadrillage minutieux pour représenter tous les genres musicaux venant de tous les continents. De la grosse électro/techno pour la dernière génération, ca c’est obligatoire pour être « bankable », mais aussi de la folk, du punk, du rap, de la pop, chantés dans toutes les langues et avec, souvent, cette singularité d’un show atypique! Parmi ces artistes 33% jouaient pour la première fois en France. Et niveau production, les signatures sont pour le moins émergentes : 22% d’autoproduits, 68% de labels indépendants, seulement 2% de majors et 8% sans même un seul CD promo. Tout se joue maintenant.
La banquise et ses animaux étaient le thème visuel de cette année et un poulpe géant nous accueillait dès le premier hall :

On va essayer de catégoriser et résumer nos impressions.

Le meilleur du top: Pyrit

Quand en un quart d’heure tu te prends une montée d’émotions pour finir sortant un « pwoh » d’exclamation et que tes yeux s’humidifient (sans MDMA), c’est que ce one man band là (cymbales, guitare, clavier) dégage quelque chose de très très fort. Produisant un son aussi minéral que la pierre du même nom, Pyrit vide nos pensées et nous fait planer sur des nappes aux reverbes puissantes. Maquillé comme Brian Molko, le suisse Thomas Kuratli sort une complainte blues solitaire sur une épaisse et lourde couche électronique, dont la voix céleste est le seul échappatoire. Et la brume de l’UBU qui ne faisait qu’amplifier cet effet irréel…[Photo de Nicolas Joubard] >>


Des femmes au caractère plus que trempé

Punk will always be brittish first. Le duo Nova Twins a déchainé les anciens fans de RATM. Tout d’abord réticents par le phrasé hip-hop, force est de constater que l’explosion de ces 2 bombes britanniques nous a tous empeché de sortir du hall 3. Du cran dans les veines, les cris rocailleux, ces deux jeunes filles ont la vingtaine et se servent de la musique comme d’un punching ball. Et le respect s’intensifie lorsqu’Amy Love déblate à vitesse grand V ses vers tels les meilleurs rappeurs. 35 minutes, c’est cadeau:

L’Islande nous a aussi envoyé 10 dures à cuire. Féministes jusqu’aux bout des jambes qu’elles ont jolies en résille et body, les Reykjavikurdaetur, ou filles de Reykjavik en français, foutent un peu le désordre sur scène, surtout lorsque 2 d’entre elles chantent et que les autres ne font qu’occuper l’espace en dansant ou gambadant. Cette île que l’on pense si sereine cache une rage de rappeuses prêtes à porter le god ceinture sur scène pour leurs revendications. Petit bémol cependant: Le hall était plein oui, mais de mâles en rut, car d’une on ne comprend pas l’islandais et de deux… niveau musical, la DJette du fond n’avait aucun poids. Un show visuel dirons-nous donc, qui a quand même marqué la plupart des festivaliers.


Les rockeurs à suivre

La puissante voix grave de Raphaelle permet au quatuor normand Metro Verlaine d’affirmer que la langue française a aussi sa place sur le rock’n roll, fallait juste savoir comment. Encadrée par les emblèmes des fleurs et du flamand rose, elle dansera avec autant de fougue qu’elle déclamera ses textes puisés dans le style du romantisme noir. [Photo d’Alexis Janicot] >>

 

Tout le monde a été unanime sur Fai Baba. Le suisse à la voix cassée mais si douce nous comble d’un rock parfois psyché parfois bluesy. 1er single de son 5e album Sad & Horny (l’année a du être dure), Nobody But You a déjà conquis plus d’un romantique de la dream-pop. Quitte à en être baba, on vous poste ici le concert dans son intégralité.


Une recherche contemporaine du vintage

Unification du costume pour le trio barbu finlandais, Talmud Beach donne des airs de blues dignes d’un trajet Mississipi-Kansas-Californie d’un autre siècle avec une pointe d’humour et des chants qui te bercent en douceur. Super agréable à l’oreille, ca doit être le côté humble des nordistes qui sublime le genre: avec délicatesse.

Les coréennes The Barberettes,ont aussi creusé loin dans les cercles du temps, vers l’amérique également, tenues limite cosplay années 30 sorties. On est parfois perdu à se demander laquelle des chansons est une reprise ou une originale: Be my Baby, Marylene ou encore Mr Sandman y sont passées. Noel approchant, le concert chaleureux et familial plait. Mais pas sur qu’on ait la même appréciation dans un festival d’été à 30° sur une plage…On l’appellera le concert curiosité. [Photo de Nicolas Joubard] >>

L’électro sous toutes ses fusions 

A raison de plusieurs électroniques: techno, electroclash, downtempo, minimale, le genre global est celui qui fait le succès d’un festival aujourd’hui, reconnaissons-le, puisqu’il attire la jeune génération. Une génération bretonne qui ne faillit pas à sa réputation de grande consommatrice et qui ne marche pas droit longtemps…Parmi de nombreuses figures se produisant sur 2 halls, 5 ont retenu notre attention.

Le duo roumain Khidja, adoubé par Andrew Weatherall, a dirigé son set tout en progression à la Greenroom, incorporant son identité orientale à une idsco-house parfois acid. .
 Question fusion, la palme d’or revient au canadien Das Mortal qui pendant 2 heures a enchaîné synth-wave, electro, extraits de french touch, techno, disco-house, …il a même remixé en clin d’oeil le titre Mortel de Fishbach! Lui, il s’éclatait et faisait virevolter ses longs cheveux, nous, on avait les yeux scotchés à l’écran qui mitraillait de nombreux souvenirs télévisuels parfaitement agencés dans la progression du mix: on y a trouvé avec délectation les mangas, séries, jeux vidéos et films de toute l’époque 80-90. Un moment disparate fait de haut et de bas selon les affinités de chacun, mais qui nous a tous fait danser, sur une track ou une autre. .
Très difficile d’accéder au live d’Ann Clue, tellement le hall 9, pourtant le plus grand, était blindé à craquer. On reconnait direct ici le ronronnement de son maitre de la techno minimale Boris Brejcha. .
Pour Comah le toulousain,.
même combat, même techno minimale progressive
.
Enfin le duo Contrefaçon copie le style Frenchy de Justice,  Digitalism ou encore Daft Punk et se colore de clips ultra parisiens.  .
La fanfare, le genre qui rassemble

Le propre de la fanfare est de jouer dans la rue, les 2 formations au programme des Trans ne se sont pas fait prier! Avant de fouler la scène du parc expo, chacune a parcouru Rennes: dans le metro, dans la rue, sur le marché…ainsi la ville entière a pu en profiter.

On a mis du temps à le reconnaître, avec sa teinture blonde et ses mollets un peu moins fins…mais lorsque Leo a commencé à twister ceux-ci, on a tout de suite reconnu la danse du saxophoniste de Too Many Zooz. Le new-yorkais revient aux Trans avec cette fois ci le sextet Lucky Chops pour des reprises ultra festives de Ben. E. King ou encore Lipps Inc. Bon par contre on s’est enfui dès les premières notes d’Hello de Adèle…

Comment convertir les fanas de techno à la trompette ? Les 11 allemands de Meute connaissent la recette : reprendre les grands de l’électronique avec des cuivres. Pari réussi: hall comble et public comblé. On a donc dansé sur du Laurent Garnier, du Ame et du Marc Romboy, pour clôturer le dimanche matin dans la bonne humeur. Ci-dessous, leur session métro:

On regrette

De ne pas avoir vu Il Est Vilaine et ST.OL.EN.
De ne pas avoir trouvé un seul fucking taxi pour nous emmener à l’after dimanche matin. (désolée Topper)
Le fait que le show prime parfois sur la qualité de la musique : OK les PWR BTTM sont des queers, OK les Reykjavikurdaetur sont 10 bombasses féministes en body ultra sexy, mais musicalement on a sincèrement peiné à trouver…

Les 2 frenchies qui passeront sûrement à la radio

Vous entendrez sûrement parler sous peu de Fishbach, programmée pour 5 concerts-création pendant les Trans, cette nouvelle Catherine Ringer marche sur les pas de Jeanne Added, résidente comme elle à l’Aire Libre. Octave Noire pourra également marquer une majorité de fans de la chanson française avec sa voix douce sur électro-pop.

– Julie Lesage –

Vous aussi vous étiez aux Trans? Racontez-nous vos coups de coeur !

En tout cas force est de constater encore une fois que Jean-Louis Brossard ne se trompe jamais 🙂