THOM YORKE en danse et lumières

Dans un très vieil interview de Radiohead, certains membres du groupe alternatif se plaignaient en riant de leur chanteur car celui-ci s’enfermait pour écouter de la techno à fond, en mode autiste. Thom était déjà jeune fou visionnaire. Vint par la suite l’album sophistiqué OKComputer qui révolutionna la musique au sens large puis le doublon Amnesiac/Kid-A dans lequel le groupe légendaire explora de nouveaux territoires soniques.
Puis le front man s’engagea de plus en plus dans des recherches électroniques en side project, sous son nom. Thom Yorke nous a pondu l’incroyable The Eraser, a accouché du projet Atoms for Peace avec Flea le bassiste des Red Hot, a travaillé à monter, démonter, casser les rythmes et harmonies sur Tomorrow’s Modern Boxes, et vient de sortir un nouvel album poétique de 9 titres : Anima, titre faisant référence à la représentation féminine de l’homme chez le célèbre psychiatre Carl Gustav Jung.

Mon dieu vivant est passé à La Villette le présenter, dans le cadre du festival Days Off, et il m’a fallu un peu de temps pour redescendre sur terre, prendre un bain d’eau de mer froide, et pouvoir vous en parler.
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[Vidéo de ElephantBaci : Harrowdown Hill, The Eraser]

Parce que c’est le genre de concert qui te satisfait pour une vie.

Plus barraque qu’une claque, plus grandiose que le cosmos, mais aussi plus fin que l’auriculaire levé de la main, en réponse au nec plus ultra de cet album Anima… (OK j’arrête les rimes) 

De par la qualité sonore de la salle tout d’abord, apte à te faire vrombir le corps d’un beat technoïde sans agresser tes tympans. Je me demande ce qu’en pense le petit bonhomme dans le ventre de mon amie pas loin. La grande salle Pierre Boulez entière vibre et répercute le répertoire du génie qui nous transporte du magnifique Black Swan revisité en plus synthétique, au piano du film d’horreur Susperia, déviant vers Amok d’Atoms for Peace pour ensuite nous révéler des morceaux plus récents de Tomorrow’s Modern Boxes et Anima (Dernier album en date donc, où il s’interroge sur la condition humaine et ses machines, évoque des parties avec de riches zombies, sur des clips à l’ambiance glaçante 1984).

[Photos de Gil Lefauconnier]

La délicatesse anxiogène sur puissance warehouse, c’est Thom Yorke à La Philharmonie, une véritable extase sensorielle. Il paraît évident en s’en extirpant que le virtuose de Thom Yorke ne devrait plus être joué que dans des lieux de cette qualité acoustique incroyable, quitte à faire entrer le genre techno dans un temple du classique (Tout en laissant l’événement accessible à toutes les bourses, mais ceci est un autre débat.) Prenez bien en compte que le son de ces quelques vidéos intégrées n’est en rien comparable à l’expérience réelle. 
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[Vidéo de Xavier Deschard : Not The News, Anima // Check la petit choré]

Mais aussi de par cette apposition de chant poétique et plaintif sur des pluies rythmiques tonitruantes, si caractéristique aux compositions de Thom. On note que les premières secondes de chaque morceau sont souvent dédiées à la construction d’une nappe atmosphérique de voix éthérée ou synthé, comme une longue onomatopée écrite pour toile de fond de boite à rythme, avant qu’une légère electronica ou quelques notes de guitare électrique ne viennent la perturber, et la chanson de débuter.
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[Photo de C-A Trégouët]

Comme il le stipule « I have to destroy to create » sur le magnifique I am a Very Rude Person, l’homme originaire de Wellingborough construit puis démantèle puis recompose à l’infini, première couche sur deuxième couche sur troisième sur-couche, un travail de titan collaboré avec le producteur Nigel Godrich, communément nommé 6e membre de Radiohead et présent sur scène ce soir. Le duo nous plonge dans un imaginaire aussi poétique que torturé. 

Les lumières hypnotiques de Barri

Qu’il soit en fosse ou en balcon, le public est immergé dans les visuels hypnotiques de Tarik Barri. Le VJ hollandais officie sur un écran géant en background de la scène, contouré de LED dynamiques et encadré de deux poteaux type stromboscope, pour quand ca s’excite un peu.
Au programme sans TNT : halo et faisceaux dégradés de couleurs, plongée en abysses parmi des sortes de méduses flottantes, langages graphiques et binaires complexes et destructurés, puis décollage vers des galaxies d’explosion de matière stellaire. Le grand voyage, aérien et sous-marin à la fois.

[Video de MP: Default, Atoms for Peace]

Un effet interstellaire appuyé par une scénographie futuriste et minimaliste : 4 pupitres blanc-gris rappelant Kraftwerk (voire Star Treck) sont installés pour notre trio (dont deux pour Thom). A l’avant gauche, un poste supplémentaire fait office de piano pour jouer Down Chorus et Suspirium.

La danse comme nouvelle composante

Après ses premières brassées dans le vent du clip de Lotus Flower pour Radiohead, Thom Yorke assume totalement l’expression contemporaine d’un corps désarticulé, qu’il imbrique dans son nouveau cours-métrage Anima [incluant trois morceaux de l’album éponyme et disponible sur Netflix] mais aussi sur scène tel un modèle d’émancipation du corps. La salle acclame sa chorégraphie sur le délicat Not the News, plus tard comme monté sur ressort, il engagera son public à sauter sur Traffic.

La danse fait désormais partie de son expression artistique entière. On notera que le chanteur-compositeur est également agile, voire presque infantile, lorsqu’il gambade tel Pinocchio entre synthés, micro, piano au sein d’un même morceau.
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[Vidéo de Dale Cooper : Traffic, tiré d’Anima]

 

22h30 : le public se lève unanimement pour réclamer un rappel. Notre star cosmique y reviendra 2 fois, pour 4 + 1 titres, et ça c’est méga cool, quand on sait que les rappels ont tendance à se faire rare cette année (on a encore la courte heure de Fat White Family en travers de la gorge). Thom Yorke à La Philharmonie restera c’est certain le meilleur concert de 2019, je vous l’affirme 6 mois à l’avance. Comme pour couper court à un 3e rappel, Thom Yorke nous dit « à bientôt » en français.
Quand tu veux, où tu veux, le prix que tu veux. 

Julie Lesage
[Photo en une: © Maxime Guthfreund]

[Video de ElephantBaci : Unmade de Susperia, 2e rappel de la première date]

 

SET LIST :
Impossible Knots
Black Swan
Harrowdown Hill
Pink Section
Nose Grows Some
I Am A Very Rude Person
Runwayaway
// Ladies & Gentlemen, Thank You for Coming// (tour debut)
The Clock
Dawn Chorus
Has Ended
Amok (Atoms for Peace)
Not The News
Truth Ray
Traffic
Twist

//Rappel//
A Brain in a Bottle
Cymbal Rush
Default
Atoms for Peace

//Rappel//
Suspirium

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