The Psychotic Monks : archanges garage-noise à la Maroq’!

 

Il y a des soirs comme ça on a l’impression que l’air est chargé d’un je ne sais quoi de différent. On attend quelqu’un qui tarde dans une file d’attente à laquelle on ne s’attendait pas, on entre dans une salle pleine à craquer de gens de tous âges, fébriles, à la limite de la ferveur, l’atmosphère est électrique et on ne sait pas pourquoi. Pourtant, ce soir il ne s’agit « que » des Psychotic Monks, quatuor parisien dont on sait peu de choses, ayant apparemment sorti un premier EP en 2016. L’album sorti l’année dernière Silence slowly and madly shines a certes fait grand bruit, dans les deux sens du terme, mais de là à ce que des moines psychotiques rassemblent tant de fidèles… En même temps, on dit bien que plus on est de fous, plus on rit, voyons cela. Notez que ce concert est également l’occasion de présenter leur dernière galette, tout juste sortie en mars dernier.

CARGO DE NUIT
Pour nous mettre dans le bain, le fond sonore ressemble à un épais ressac de plage noise. On se sentirait presque à bord ou à proximité d’un vieux cargo dont la carlingue grince de toutes parts. Cette contemplation auditive dure le temps que s’installe une sorte de fog oranger sur scène, le temps de faire monter la pression, comme au début du 1er opus, c’est Part 1 : As a burning and a fever.

Fondu au noir, les gars s’installent, et montent doucement les 1res notes de Gone, ainsi que la voix en reverbe profonde du chanteur guitariste vêtu d’un pull fin déformé, cheveux courts, tel un archange sombre, un « darkangel », dans une lumière blafarde, jusqu’à l’arrivée de ce riff libérateur, entre grunge et garage, puissant, évident, celui qui fait dire « putain je suis vivant ». Les premiers rangs deviennent la marée, la tempête, les vagues de l’âme qui font tanguer ce vaisseau fantôme, qui peut-être comme dans Event Horizon nous plantera devant nos propres peurs pour les affronter. On sent déjà tout le potentiel du groupe, et des morceaux suivants.

ATTENDRE LE DELUGE
Le groupe sait aussi très bien ménager son public avec des temps calmes, entre drones de basse au Moog Subphatty nappé de notes dissonantes pour le morceau suivant. Et là surprise c’est le batteur qui chante, on n’est pas loin des canadiens de Sunns…
Mais le déluge n’est jamais loin et revient comme un gros coup de bâton de pélerin, avec Closure qui allume la salle pour un pogo bien mérité et fait furieusement penser à Girl Band, puis The Bad and the City Solution avec sa grosse basse au son très Motorhead engage les 1ers slams, comme une immolation au feu du son. A la fin, un « fidèle » s’écrira du fond du coeur « Ah c’est bon putain le rock ! », et là j’avoue je l’aurais presque pris dans mes bras (mais bon sang qu’est-ce qu’on a mis dans ma bière ?!).


[Video Alter-K . fin de The Bad and The City Solution + Wanna Be Damned]

A la fin de A coherent Appearance, titre garage noise dans toute sa splendeur, le public reprendra même le refrain, j’avais pas vu ça depuis longtemps, surtout pour ce genre de musique.

SPLEEN ET IDEAL
La force de ce combo, il faut bien le reconnaître, c’est aussi sa capacité à naviguer entre vagues noise, incandescence garage, et passages psychédéliques typiques du genre, enfin presque. (Chapter two : Interzone) Emotional disease en est un bon exemple, sa bascule de notes basses sur fond de bidouilles sonores et rythmique ultra lancinante, et ses quelques variations en descentes de demi-tons, qui rappellent certains Pink Floyd du début, l’esprit de Syd Barrett n’étant jamais très loin.
Toujours est-il qu’après une dernière mandale qui nous mettra en transe, le groupe quitte la scène, et là c’est le drame, on sent d’un coup comme un grand vide, un grand blanc mais sur fond noir, une absence soudaine et profonde.


[Video IndieGilles – l’interminable Sink]

Heureusement ils reviennent rapidement pour entamer l’un de leurs morceaux au long cours (15mn sur LP), épilogue de leur dernier album : (Epilogue) Every sight.
Et c’est le second guitariste qui prend le lead sur cette ballade ultra mélancolique et lente aux allures liturgiques, son chant grinçant, se mue progressivement en complainte déchirante qui arrachera quelques larmes à certaines, et peut-être certains aussi. La musique continue son ascension en puissance jusqu’à l’apothéose rageusement désespérée, et un passage dans le public pour un baptême, ou une absolution, du chanteur de circonstance.
Il leur restera tout de même assez de force pour nous faire tanguer et chavirer sur Isolation (qui sent le Beak> à plein nez) et, je crois, A safe claimed regress, pour un dernier moment entre noise expérimentale et psyché décharné.

En se retrouvant dans la cour de la Maroquinerie pour une bière de « débriefing », je me suis dit « mais c’est qui ces mecs ?! ». Je ne m’attendais absolument pas à ça, quel trip ! J’en étais encore à me demander comment on peut convoquer en une mouture aussi cohérente des sons et ambiances rencontrés chez Sonic Youth, A place to bury strangers (pourquoi pas?), Girl Band, Beak>, Syd Barrett/Pink Floyd, etc etc. Cette schizophrénie à plusieurs têtes fait en tout cas de Psychotic Monks l’un des groupes français les plus enthousiasmants (avec Structures et Dewaere) du moment et à suivre absolument avant qu’ils n’atteignent un firmament inatteignable.

Alexis  Cangy

[Photos ©Laurent Besson – Voir toutes les photos]

2 comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

X