The National vous embrasse

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De Chassol à Rone et de Ride à The National, le programme de la première soirée du toujours-pointu Pitchfork promettait une belle nuit de tendresse. Chose promise chose due tout ce beau monde nous a bien câlinés. Certains ayant déjà fait couler l’encre de WiseSound, nous nous en tiendrons à The National, non sans d’abord souligner le trait de génie dont se sont fendus les organisateurs cette année (génie d’autant plus soulignable qu’en ce foutu début novembre la torpeur cérébrale semble de mise) : couper la Grande Halle de la Villette en deux.

Une scène à chaque bout, les groupes alternant d’un côté de l’autre, et le public jouant les balles de ping-pong sans se farcir les attentes techniques, pouvant déambuler à sa guise pour chercher sa bière/fumer sa clope/se soulager. Résultat : facile et aéré, un vrai concert pour non-habitués. Il y en avait d’ailleurs clairement beaucoup, dont mon invité qui me fera remarquer à quel point ce set-up l’a mis à l‘aise.

Puisque l’ambiance était douce comme un baiser osé-sur-mes-lèvres-déposé, nous ne nous sommes pour une fois pas calés devant les enceintes, mais postés un peu en retrait, histoire de profiter en douceur du vrombissement grave de la voix de Matt Berninger, qui a fait (avec sa batterie) toute la renommée du groupe de Cincinnati.


[Vidéo d’Agadsa]

Pour leur premier baiser pourtant, les américains nous roulent une pelle dégueu de lycéens agressifs: poussée dans les aigus dès l’entame de The System only dreams in Total Darkness, cette fameuse voix croasse, stridente, débile. Mais allez, les dents qui se cognent quand on s’embrasse un peu fort, ça arrive. Fort heureusement le second titre Guilty Party replace Matt dans son beau timbre baryton, et se dépose tranquillement sur toutes les lèvres. On se tient la main, on s’enlace.

Tout le dernier EP et quelques titres phares s’enchaînent comme une volée de baisers à ne pas pouvoir (ni vouloir) reprendre son souffle, tels une superbe version de I need my girl, véritable étreinte de ciné les yeux fermés. Même Bloodbuzz Ohio, dont les salves rapides sont plus caractéristiques des débuts du groupe, reste bien sage pour mieux nous serrer contre lui.


[Vidéo de MoiLikeHome]

Alors même si, à force de tant de câlins, on a un peu étouffé sous des versions très (trop) parfaites aux allures de répétition studio, ce soir là personne n’était pour prendre de risques. A programmer les américains, les organisateurs du Pitchfork ne s’y sont pas trump-és : aux states, le hug, c’est un sport National… et on a mis bien longtemps à se désenlacer.

– Marie Manceau –

[Photos ©MathieuFoucher cliquez pour agrandir]

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