The Big « Badassry » of EELS

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Ce qui suit est un fait indéniable: 21 ans après son dernier passage à l’Olympia, EELS a livré un magnifique concert. E, soit Mark-Oliver Everett, chanteur, guitariste, compositeur, auteur, vainqueur de plusieurs dépressions, brillant écrivain, comique troupier, joueur de maracas et de tambourin, ce E-là était en pleine forme sur la scène de la salle du boulevard des Capucines qui affichait complet à cette occasion.

C’est sur Gonna Fly Now (mais si, cette musique qui caractérise la série des films Rocky) que le quatuor du soir entre en scène, tels des boxeurs prêts à en découdre (décidément c’est la mode, rapport à l’entrée sur ring d’Arcade Fire en avril dernier). Et il y a du gabarit sur scène: Jeffrey « The Chet » Lyster à la guitare qui accompagne E depuis maintenant un bon moment, Big Guy à la basse (il est vraiment très grand le bonhomme), « ancien missionnaire mormon au Japon à l’efficacité toute relative concernant les conversions » mais diabolique avec sa 4 cordes en main et le batteur, le petit nouveau comme E l’appelle, Little Joe.

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Les 4 débarquent arborant lunettes de soleil et fringues plutôt sobres et classiques. E a une barbe assez fournie, est coiffé d’un chapeau qui ne quittera pas sa tête, ne porte pour l’instant pas de guitare en bandoulière.

C’est donc en tant que E, le chanteur, accompagné de EELS, son groupe (« The Motherfuckin’ Eels » dans le texte original) qu’ils mettent le feu  à l’Olympia sans autre forme d’introduction en enchainant 5 titres assez rock dont 2 reprises d’entrée, soit Out in the Street (The Who) suivi de Raspberry Beret (Prince). A l’issue desquelles E nous surprend une première fois en avouant qu’il va super bien et qu’il s’excuse même de nous avoir délaissé pendant 4 ans… Normal, il faisait sa dep’ cyclique. Le public est hilare, en redemande. La soirée part bien.

Etonnante cette fraîcheur qui émane de l’interprétation des 3 titres suivants, tous composés par ce jeunot de 50 ans ! Et interprétées par ce groupe, quel groupe ! Tout tourne à merveille et, chose assez rare, les 3 autres musiciens chantent très bien. Outre la première cover de Prince sur laquelle les arrangements vocaux nous saisissent, nombreux sont les titres qui en bénéficieront, comme Dirty Girl, Open My Present ou encore l’inénarrable Climbing to the Moon.


[©Vidéo de Live to love music Do Riane]

Le plus marquant reste tout de même Novocaine for The Soul, le premier et éternel tube de EELS (extrait du premier album Beautiful Freak paru en 1996, historiquement la première référence de Dreamworks Records,  tout jeune label à l’époque, disparu depuis). Ce titre adoré de tous est justement méconnaissable dans un nouvel arrangement fantastique ! On avait pu avoir un aperçu de tout cela grâce à un concert donné pour l’antenne de France Inter il y a un mois à peine.

Après avoir fait bouger son public, E lui demande s’il est prêt pour du… soft rock ? Dit comme ça, on pourrait avoir peur. Mais pas avec ces anguilles… Ce sont de magnifiques titres qui vont s’enchainer, mettant en avant une mise en scène épurée mais tellement efficace et surtout, un très bon son venant notamment mettre en valeur les performances guitaristiques du Chet ! Quel bonheur de l’écouter sur A Magic World ou Rusty Pipes, redoublant d’inventivité pour reproduire notamment certaines  des ambiances ou des sons des claviers des albums. Car c’est la constante de cette tournée mondiale: E ne joue pas de clavier et aucun des autres instrumentistes non plus.

Les ballades acidulées vont ensuite s’enchainer et s’immiscer au milieu de morceaux plus rythmés. Les blues à papa côtoient sans coup férir des développements plus abstraits, voire bruitistes. Le set est en fait un bijou du point de vue strictement musical, une grande réussite en terme de timing. Merci à eux, merci à E.

C’est évidemment avec regret que l’on quitte l’enceinte, espérant de longues minutes que le foutraque, fantasque et génial californien revienne sur scène, toutes lumières allumées, nous rejouer quelque mélodie d’un titre exhumé d’une discographie qui commence à être pléthorique (The Deconstruction, le dernier en date, est le 12ème album studio de Eels). Et pour ceux souhaiteraient rester en compagnie de M. Everett, n’hésitez pas à lire (ou relire) cette formidable autobiographie Things that Grandchildren Should Know, traduite en français (mais épuisé) sous le titre de Tais-toi ou Meurs. Aucune de ces deux options n’avaient été retenues ce 9 juillet à Paris.

– Boris Chapelle –