Ulrika Spacek

ULRIKA SPACEK

Dans le cadre du Beau Festival

∎Deerhoof, Ulrika Spacek, First Hate &more au Trabendo∎

⊲ Deerhoof ⊳ ( US )

En 11 albums, le groupe de Portland s’est imposé comme une formation aussi unique qu’essentielle dans l’océan du rock indé US. Une pop dada, barrée, qui repose pourtant sur des appuis solides (noise, prog, jazz), et une machine scénique jouissive qui marche au bord du vide sans jamais perdre l’équilibre.

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⊲ Ulrika Spacek ⊳ ( UK )

Formé à Berlin sous l’impulsion de deux amis d’enfance et désormais sous la forme d’un quintet, leur musique se compose de morceaux enivrants aux allures pop kraut shoegaze psychédélique qui empilent les références avec élégance comme autant de couches dans leurs arrangements luxuriants.

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⊲ FIRST HATE ⊳ ( DK )

Duo synth-pop de Copenhague, leur musique est un mélange de mélodies synthétiques lo-fi et de drum beats, parfois romantique et cheesy mais tout le temps hyper dansante qui prend toute sa dimension en live et ce notamment grâce au charisme de Anton, le chanteur, habité par les fantômes de l’euro-dance des années 90.

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⊲ Le Couleur ⊳ ( CA )

Comment ne pas aimer cette histoire délicieuse de musiciens qui essaient d’acheter le même synthétiseur sur un site de vente d’instruments d’occasion, décident de le partager puis créent un groupe ensemble ? On trouve cet esprit à la fois radieux dans tout ce qu’entreprend Le Couleur. Ce trio québécois s’insère dans la longue lignée d’une pop à voix féminine à la fois éthérée et acide – de Sandie Shaw à Lio et Moodoïd – et, sous ses légèretés électro-disco, on entend de subtiles nostalgies à l’expression élégante.

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Voir leur interview 

Ulrika Spacek

ULRIKA SPACEK

SHOEGAZE / POP-ROCK
Une soirée carte blanche à Ulrika Spacek (Tough Love Records / UK), avec une installation lumière de Sara Shishkova. Activée par les battements de cœurs du groupe durant leur performance cette installation sera montrée pour la première fois à Paris et en dehors de Londres !

Ulrika Spacek s’est formé en 2014 à Berlin sous l’impulsion de deux amis d’enfance, Rhys Edwards et Rhys Williams. Désormais sous la forme d’un quintet, le premier disque du groupe – The Album Paranoia – vient de paraître chez Tough Love Records : des morceaux enivrants aux allures pop kraut shoegaze psychédélique qui empilent les références avec élégance comme autant de couches dans leurs arrangements luxuriants.

Sentir le pouls d’Ulrika Spacek – Interview

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Rien de nouveau à l’horizon question rythmique ou compo, et pourtant les anglais d’Ulrika Spacek te rendent addict dès la première écoute. Un flot shoegaze pour te dorlotter sans fin, un peu de grunge pour le souvenir, et un chant angélique façon Thom Yorke pour mieux t’entourlouper. Rencontre avec le chanteur et guitariste Rhys Edwards avant leur prochain concert au Point Ephémère le 20/11, un événement particulierement arty mêlant musique, expo, et performance technologique!

Parlons de ce nouvel album sorti chez Tough Love Records, et de son titre en particulier. Alors que votre premier opus parlait de Paranoïa, voici que votre seconde œuvre suggère la Décoration. Légèreté nouvelle et radicale ?
(Rires) En fait, c’est parce que ce nouvel album contient beaucoup de guitares décoratives. D’ailleurs l’idée originale de la cover était de faire une photo de notre salon à la manière d’un catalogue IKEA avec une bonne tagline faux chic.

                       
______ 2016 : The Album Paranoïa             2017: Modern English Decoration
                       __  [HA Vinyle]                                        [HA Vinyle]

Vous etes originaires de Redding (UK), berceau de pas mal de groupes shoegaze, auriez vous été influencés par un certain héritage musical ?
Peut-être a-t-on plus prêté attention à certains groupes locaux. C’est un endroit solitaire et ennuyeux donc ce genre de musique s’y produit particulièrement bien. Rhys [l’autre guitariste: Rhys Williams] a d’ailleurs fait une dissertation sur le lien entre l’endroit géographique où tu vis et le style de musique que tu composes, mais de nos jours je ne suis plus sûr que cela ait du sens.

Rhys le chanteur et Rhys le guitariste, dans un salon à Berlin, aperçoivent une guitare et décident de monter un groupe ensemble, ainsi est né Ulrika Spacek. Tous les musiciens vont chercher l’inspiration à Berlin, qu’est-ce que Berlin a de si spécial ?
C’est un endroit merveilleux. Parce que même quand tu travailles, tu finis tôt et profites de beaucoup de temps libre. Les grands espaces aussi crééent un environnement qui te rend pensif. Pourtant, en 2 mois et demie, je n’ai pas écouté de musique à guitare du tout, plutôt la techno des clubs, ce qui a changé mon approche de la musique. Londres, c’est chez nous, mais je recommanderai de retourner à Berlin pour le 3e album.

Comment décririez-vous l’évolution entre vos deux albums ? Du sombre shoegaze à la pop éclairée, on distingue beaucoup mieux ta voix désormais.
Le premier album est en effet assez lourd avec plus de fuzz, le second a une sorte de guitare « chimy » [son british cristallin sortant d’un Vox], la caractéristique tourne autour des 3 guitares. Côté chant, c’est sûr qu’au début je me cachais derrière les instruments, maintenant j’ai plus confiance en ma voix.

Côté paroles, quel morceau te plaît particulièrement ? 
J’aime les paroles de Protestant Work Slump, la dernière de l’album, sur l éthique protestante du travail, ca fait:

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You’re a sleepy boy
Prodigual first born fuck up son
In a protestant work slump

Got to fill my hollow heart, grab the panicking
I better get up but I can barely sit up
Such a valiant plan but not that thought out 
Such a terrible sinking feeling that I know
Is this just a hopeless fancy
But isn’t it oh so pretty

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Vous êtes des artistes complets : vous vous adonnez à l’art du collage pour réaliser votre artwork, vous réalisez vous-mêmes vos clips vidéos. Vous allez donc pouvoir me commentez cette mamie cuisinière aux armes tranchantes dans le clip de Full of Men
(rires) Full of Men parle de masculinité, et nous voulions originellement remplir l’écran d’hommes, puis on a essayé d’être plus subtils. On a donc joué avec l’idée de la place traditionnelle des femmes dans la cuisine, un homme filme une recette, et à travers son regard, la femme devient maléfique. Sinon, une autre vidéo va bientôt sortir avec plein d’hommes, et bodybuildés !

Vous enregistrez chez vous dans ce salon, de votre maison appelée KEN, ancienne galerie d’art à Homerton. La technicité d’un studio vous manque-t-elle ?
On a tout appris dans le confort de notre maison, sans la lumière rouge et l’horloge qui tourne du studio. Mais aujourd’hui on se rend compte de nos limites. En terme d’équipement, on a une longue wishlist de matériel avec lequel on aimerait enregistrer. Avec un peu de chance, on va bientôt sortir du salon. On pourrait y travailler la reverb et autres techniques.

Encore une autre de vos activités: les Oysterland parties !
On organise les Oysterland dans des bars dont on s’approprie l’espace avec notre décoration et on y fait jouer des groupes de potes. D’ailleurs, c’est ce concept que l’on amène au Point Ephémère le 20 novembre, notre première Oysterland hors de Londres, et on est très heureux de le faire à Paris, dans ce lieu qui nous correspond parfaitement. Nous aimons regrouper plusieurs artistes en collaboration sur une même soirée. Il y aura une installation interactive de lumières de Sara Shishkova qui suivra le battement de nos coeurs pendant le concert. Nous avons aussi invité la talentueuse artiste française Halo Maud en première partie, elle sortira son premier EP l’année prochaine et on l’aime déjà beaucoup.

Hâte de savoir à quelle cadence bat votre coeur en pleine performance !
D’ailleurs quels groupes nous recommandez-vous en ce moment ?
Psychic Markers :
Mush :
Syd Kemp :

Ulrika Spacek joue au Point Ephémère le 20 novembre. On y sera. Et vous ?

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P.S: Ulrika Spacek fait partie des 3 groupes découvertes de Rock en Seine.
P.S: The place to be pour Rhys à Londres? Le Pacific Social :  « C’est un café qui vient d’avoir sa licence pour proposer bières et plats japonais le soir. »

– Julie Lesage –

[Photo une ©LiseTuillier/Bestimage]

La relève du rock par 3 découvertes à Rock en Seine

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Rock en Seine affiche ses mastodontes, certes, Rock en Scène est aussi et surtout une présentation des jeunes promesses. En cette année 2017 de rabachage techno et afro-culture, non, le rock n’est pas mort, il est juste revenu à son essence: l’underground. Voici la relève en trois groupes à suivre:

Ulrika Spacek

Après un premier album shoegaze lourd de mélancolie (The Album Paranoia), les 5 londoniens reviennent avec Modern English Decoration, un album un peu plus léger, pop et psyché, où l’on entend mieux la voix sublime de Rhys partant dans des aigus angéliques tel un jeune Thom Yorke. Les 3 guitares se répètent à l’infini, un savant mix entre Sonic Youth et Slint, et aucun des morceaux ne suit de schéma tracé. Exit le couplet-refrain, à la manière des premiers Radiohead également. Vous n’y trouverez rien de nouveau côté compo, il est vrai, mais c’est juste putain d’addictif et magnifique.
En live, le groupe reste sur ses shoes(-gaze, ca ne s’invente pas), en face le public ferme les yeux et secoue la tête de gauche à droite, comme ennivré. On regrettera juste les insoutenables longs silences de raccordement des guitares entre chaque morceau. Oh, ça casse tout les gars !


[Vidéo de Dany Orban / montez le son pour entendre le chant de Rhys]

MNNQNS

Ceux-ci viennent de Rouen et se prononcent Mannequins, oui alors que les anglais ont une créativité dans le titre, nous on reste encore à enlever les voyelles pour un meilleur référencement Google. MNNQNS donc, jouaient leur énergie post-punk sur la minuscule scène Firestone, on aurait dit un concert sur un perron. Influences Joy Division, cheveux longs et rebellion, ce groupe ne tarderait pas à mettre le feu à des scènes un peu plus grandes.

The Lemon Twigs

Les deux brindilles américaines ont choisi de revisiter la pop des années 60s. Nos nouveaux Beatles. Ne pas se fier à l’écoute studio pop psychée toute mignonne, les deux garçons passent à l’offensive rock question live. Ils affichent sur scène un sacré charisme pour leur très jeune âge, ainsi qu’une souplesse non négligeable dans le lever de jambes !

– Julie Lesage –

[Crédit photo une : Victor Picon]

WiseList #57 – Actus musicales

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[Image: « Le nid des murmures  » de Stéphane Guiran]

Playlist à l’écoute sur toutes vos plateformes ci-dessous

DOUCEURS ELECTRO-POP
L’Impératrice a ré-édité son EP Odyssée en version acoustique et ce Parfum thérémine est d’une douceur classique exquise pour commencer la playlist des nouveautés. Clock Opera prend la suite avec In Memory, premier titre de son album entièrement financé par le crowdfunding, qui oublie complètement la verve rock de Lesson n°7 au profit d’une électro-pop à voix alto. Blow a sorti un EP de remixes, on a voté pour celui de French 79, aka Simon Henner, qui est aussi à l’origine de Husbands et Nasser…ouaip. Depuis l’angoisse de HomeWeekend Wolves s’est bien adoucit notamment avec son tout dernier titre You façon pub Air France. Enfin pas grand chose de nouveau dans le nouvel album de Depeche Mode, mais la voix de Dave Gahan est toujours aussi sexy, comme sur No More.

ATTITUDE ROCK
Pour son premier album, DBFC lance le genre musical Psychetronica, tout est dans le mot, Dombrance pourrait vous dire que c’est « un creuset sonore où se fondent les transes de la musique de club, les divagations mentales de la pop psychédélique et les lames du rock », nous on a hâte de revoir David Shaw descendre chanter en fosse ! A écouter seul, suit le spleen délicieux d’Ulrika Spacek avec le titre Full of men, çà ça peut te mettre dans le même état qu’une chanson de Radiohead. Après quoi, on revient sur les anglais BirdPen (rappelez vous avec Dave Pen d’Archive) cette fois-ci remixés par Wolfe, le plaisir de chantonner Tookit dans la rue : « It’s not my fault I’m beautiful, but you should see the inside ». In Cold Blood signe le grand retour d’Alt-J, avec cuivres et même la voix rauque d’Iggy Pop svp dans le clip officiel tourné en forêt de Copenhague, on attend avec impatience la sortie de l’album Relaxer prévue le 2 juin. On vous invite également à découvrir le trio américain Cherry Glazerr le 18/05, pour une soirée acidulée entre le punk et la pop. Sinon, No Money Kids continue son témoignage du mal-être de notre société avec un deuxième album (à gagner!), on en extrait Loaded Gun dont le clip en noir et blanc rassemble des extraits de nombreuses manifs à paris. (voir l’interview-vidéo de No Money Kids)

ELECTRONIQUE, TU DANSES
Nouvelle signature chez Her Majesty’s Ship, Rubin brûle un désir sensuel sur une électro-pop colorée. Attiré par le vintage, Jimmy Whoo a composé Motel Music Part II avec de vieux synthés, il en résulte une cinématique très 80s que l’on ne se lasse pas d’écouter pour un bien-être absolu, délectez-vous Nite Eye et Wildcats sans modération. Jamiroquai sera au festival Musilac puis à l’Accor Arena sur l’hexagone: la controverse sur son nouvel album électro-funk ne nous empêchera pas de danser sur We can do it. Il arrive au poitevin Malik Djoudi de pleurer au Cinéma, et c’est avec humilité, vire même un soupçon de naïveté trop mignonne qu’il nous en fait part sur une électro-pop touchante. L’été arrive (enfin) et on a hâte de retrouver Jacques et ses expérimentations sur la route des festivals, sa dernière perle se nomme Proud of being, nous on est fier de l’avoir au patrimoine français. Les 5 garçons de Cabaret Contemporain font le pari du rythme électronique par l’acoustique, très réussi par le titre entêtant Sissi, on déplore juste l’overdose chaton du clip. Dans les retours toujours, Chrome Sparks s’est réveillé à Brooklyn et nous a envoyé son premier single de l’année Wake. Et on finira par cette petite merveille techno dark indus de Julien Villa, Pont Marie, qui fait crisser le metal et débute comme une expérimentation Amon Tobin.

Bonne écoute !

WiseList #43

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Playlist des meilleures nouveautés électroniques et rock ci-dessous

MELTING ELECTRONIQUE AMBIENT
Meteor nous offre du porno en kaleidoscope dans son clip vidéo Narcose: images intrigantes voire même dérangeantes. Le trio québécois Paupière rêve d’une pop ultra sexuée, synthétique et portant l’onirisme au quotidien. Kazy Lambist (voir interview) remixe avec sa chaleur habituelle Moi Je. D.L.i.d ou Dick Laurent is dead vient de sortir un nouveau et très joli single électronique avec piano.

INDIE-ROCK
Dune Messiah dont Little est le premier titre de son premier EP, nous a été recommandé à la Mécanique Ondulatoire. Le danois Magnus Westergaard voue apparemment un culte à l’oeuvre de Franck Herbert. On a longtemps attendu que Radical soit disponible en clip sur YouTube, c’est l’une de nos préférées de l’album de We Are Match (voir interview). Mild High Club nous transporte en ambiance 60s, synthés et Amicalement Vôtre. On enchaîne avec encore un nouveau groupe sans voyelle: LNZNDRF se prononce Lanzendorf et compte 2 membres de The National plus un membre de Beirut. Le trio ainsi formé a enregistré en seulement 2 jours un album psyché-kraut enfermé dans une église. Fils d’un chilien fort et d’une française douce, Santiago a sorti son EP L’Aurore dont on retient le seul titre un peu rock: Le Tombeau. Ulrika Spacek était au festival Limbo, le groupe a sorti son premier album le mois dernier sur des influences type Radiohead, on a l’impression de retourner quelques douces années en arrière et c’est chouette. LE GRAND RETOUR c’est celui de The Kills avec un nouvel album et un concert le 03/05, le clip de ce premier single est magnifique, on aimerait avoir le même enterrement. Autre nouveauté à souligner: le nouvel album du grand Andrew Weatherall, superbe Convenanza (du même nom que son festival au château de Carcassonne), à écouter dans son intégralité. Hits Hits Hits est l’un des rares morceaux où les Fat White Family ne sont pas déchaînés. Electric Eye vient de sortir son deuxième album: Different Sun, un voyage entre le krautrock et le psyché avec des boucles répétitives qui te bloquent dedans. Un peu plus conventionnel, Bombay, anciennement Bombay Show Pig, continue son évolution avec un deuxième LP. On a même aperçu ces gars d’Amsterdam jouer Slow Motion au Petit Journal. Tropical Horses sort son premier album dont on extrait Death to Feminism pour son shoegaze punk insolent. On retourne avec notre amour Andrew Weatherall pour un deuxième titre electro-rock teinté de funk (ce mec est génial). Better Strange est un parfait nom pour le nouvel album de James Supercave. Avec ses morceaux indie-pop, le groupe a été sacré L.A’s Best Emerging Artist of 2015 par The Deli.

DEEP-HOUSE / ELECTRO
On commence l’electro avec The White Lamp qui devrait vous faire fredonner mmmhmmm. On sait que Clock Opera nous prépare un deuxième album, en attendant ils se sont amusés à remixer The Phenomenal Handclap Band. Yann Dulché est Rouennais, mais c’est à Londres qu’il a percé avec ses morceaux électroniques laissant une part à son background piano. Enfin VIMES sort un album electro où l’on retrouve une version moins deep du Celestial que l’on connais (donc moins bien) mais dont on extrait Rudal.

Bonne écoute !

“Let’s Limbo !” – Chronique d’un festival pas comme les autres

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Limbo, ce n’est pas seulement cette danse du bâton (avec l’accent), provenant des Caraïbes, très présente dans les navets 80’s et 90’s, qui consiste à défier les lois de la gravité en passant dessous, courbé en arrière. C’est aussi (surtout ?) un festival de musiques alternatives, au sens large, qui se tient normalement sur 3 soirées le dernier week-end de janvier depuis l’année dernière. Bien pratique pour les festivaliers curieux qui, il faut bien le dire, n’ont pas grand chose à se mettre dans les oreilles ce 1er mois de l’année. C’est donc Kongfuzi et MyFavorite qui s’attèlent à palier ce manque inacceptable en se chargeant de la programmation.

Pour son 2e Petit Bain, le Limbo Festival aura donc convoqué la fine fleur – trop – méconnue de l’indé français, américain et londonien à savoir ce qui suit…

Roberto Succo – ça pique, ça pique

Du nom du célèbre serial killer italien ayant sévi surtout en France, ce trio ad hoc composé de noms plus ou moins connus de la scène indé noise cold française, — de gauche à droite Noir Boy George (?!), Usé (?!) et Jessica93 (Wouais !) —, est finalement reprogrammé ce soir (leur date de la veille avec Girl Band ayant été annulée) et ça envoie direct du lourd !

Après une courte intro d’orgue saturé un brin lugubre, nos joyeux drilles ont décidé de détruire minutieusement nos tympans et tout ce qui se trouve à 10cm autour, dès le 1er morceau, comme à peu près tout le long du set.
Une boîte à rythme (vieille Boss DR-880 qu’on aurait pas cru capable de ce genre de sons) crache une rythmique cold sur laquelle Jessica martèle sa basse ultra saturée tandis qu’Usé, vite torse nu, martèle son kit assourdissant de batterie / guitare (qui chutera à 2 ou 3 reprises pendant le set), chacun donnant de la voix tour à tour.

Energique, cradingue, déterminé, le tout forme un puissant drone de déferlement sonore assez jouissif il faut bien l’avouer, mais qui peut s’avérer usant (hihi) aux non-initiés. Nous on remet ça quand vous voulez les filles 😉

 

Ulrika Spacek – un drôle de blase pour auditeurs pas blasés

Une belle brochette de guitaristes bien alignés de part et d’autre de la batterie et un grand écran projetant de belles images abstraites et vintage. Visuellement on se retrouve à la fin des 60’s, toile de fond typique des concerts psyché-expérimentaux du Floyd aux Velvet et consorts. On a clairement changé d’ambiance avec ces gentils garçons délivrant un set plaisant, entre krautrock à la cool et pop psyché à tendance tantôt shoegaze tantôt grunge, sans jamais sonner désuet, ce qui permet à leur musique de rester inscrite dans notre époque.

Photo Ulrika Spacek

Principalement instrumentaux, certains morceaux sont tout de même chantés nous ramenant vaguement (Airportism) vers du Radiohead pré- Kid A / Amnesiac, notamment dans le timbre de la voix.
Bref, cette pause est la bienvenue après le déluge de tout à l’heure, à découvrir.

Alex G – Retour vers le futur dans les naillenetises

Certainement la formation la plus accessible de la soirée, mais la plus typée aussi. Alex et ses drougs proposent une pop rock indé dans la plus pure tradition 90’s américaine (casquette-cheveux-longs-chemise-trop-large), tendance balades plutôt que morceaux vénères (même si le leader sautille à tous bouts de champ).
Le songwriting comme les arrangements sont solides, sincères et généreux, indéniablement, autrement dit sympatoches.
On se sera bien laissé aller à remuer doucement la tête et taper distraitement du pied mais on n’était pas venu pour cette musique-là. Un groupe à prendre au sérieux néanmoins pour les amateurs du genre… La preuve : le public a plutôt apprécié.

Heimat – Deutsche Balinische Freundschaft

Photo HeimatPour les non-germanophones, Heimat est l’équivalent de “homeland”, autrement dit le “pays du chez soi”, la patrie en somme. Ecoutés rapidement mais attentivement sur Bandcamp quelques semaines auparavant, on avait accroché à cette électro bizarre et exotique, dorlotée aux samples instrumentaux typés Asie du Sud Est et gamelan balinais (concoctés par Olivier, l’homme électronique des formidables Cheveu), en soutien du chant en allemand (Jawhol !) de la charmante et envoûtante Armelle.

Les morceaux sont plutôt sombres et lancinants, à la limite de l’indus par moments (synthé-orgue dissonant à souhait), assez minimalistes aussi mais soutenus pas des basses bien joufflues (en live, moins sur EP). Avec ce côté post-punk de l’Est pas loin de la comptine martiale un peu flippante, le chant à la scansion toute germanique fait de l’oeil à Nico plutôt qu’à Nina Hagen, avec un soupçon de Catherine Ringer si on se laisse un peu emporter. Malgré cette froideur apparente, la chanteuse est souriante entre les morceaux, intimidée apparemment.

A noter quelques bugs informatiques qui auront un peu gâché le plaisir, ce qui n’enlèvera rien à l’envie de les suivre malgré tout.

Kas product – The clou of the soirée…

Légendes vivantes de la new wave indus alternative française ayant marqué au fer rouge le début des 80’s, pour ceux qui ne connaissent pas.

On démarre en ombre chinoise avec une intro instrumentale type film d’horreur de série B qui annonce le prochain morceau où l’on retrouve la voix de diva intacte (puissante, maîtrisée et vénéneuse) de Mona Soyoc. Et c’est parti pour une longue loghorrée tout le long du set, grand messe underground 80’s sous speed. Spatsz, son compère, gère (chevauche ?) les sons, entre boîte à rythmes, synthé et ordi, croisement de San Ku Kaï et de Albator (!). La dame nous rappelle qu’elle est une vraie frontwoman, joue du synthé, de la guitare, de la cymbale, tire au revolver (?!), sans parler du chant (et si encore), impeccable, nerveux, engagé, on hallucine !

Photo Kas Product

Et le moment tant attendu arrive enfin : So Young But So Cold, hymne d’une génération 80’s dark désabusée ravit les plus vieux et met une claque aux plus jeunes.

Globalement, nous retiendrons des compositions pêchues mais soyons francs un peu datées. Néanmoins le plaisir est total face à cette ferveur et cette générosité offertes en pâture à son public (la belle amazone vétérante façon Métal Hurlant, souriante et sûre d’elle, prend volontiers des poses théatro-rock pour le plus grand plaisir des “mecs” et des photographes…). On leur souhaite encore une longue vie sur scène.

Rubin Steiner – c’est pas un Drame

Reprenons un peu nos esprits avec un Rubin Steiner détendu et échappé de son projet Drame pour un DJ set qui nous offre une montée kraut vers électro tendance techno bien analogue et bien envoyée (parfois chaloupée), avant de découvrir…

Shopping – les soldes c’est terminé

On avait hâte de voir cette formation from London en live ! Dès le 1er morceau on est replongé dans les années post-punk-funk originelles, sautillant, mordant et décomplexé. Au 2nd, on ne peut s’empêcher de penser aux Slits (cover I heard it through the grapevine), Delta5 (Mind your own business), et autres ESG (Tiny Sticks). Avec ce trio basse-guitare-batterie-voix-féminines qu’on trouve au rayon frais à la coupe, on savoure la même énergie, la même joyeuse désinvolture que leurs ainés, tout ce qu’on aime.

Pas grand chose à ajouter tellement on a voulu profiter du set au maximum, sans le regard critique qui aura fini par s’émousser face à la fatigue, les bières et surtout le plaisir (et aussi un peu l’approche du dernier métro qui nous aura empêché de tout voir mais presque). Dès qu’ils repassent, on y retourne !


On notera au passage l’amabilité de Rubin Steiner, fan du groupe semble-t-il, qui, replacera, là, une cymbale qui aura volé ou, ici, des câbles trop emmêlés pendant le set, la grande classe.

Avec tout ça, on a envie de dire “A Limbo ouais, A Limbo ouais, A Limbo ouais…” et à l’année prochaine 😉

PS : un grand merci à Modulor pour nous avoir permis de participer à cette grande soirée…

 

Toutes photos & vidéos © Alexis Cangy