Rencontres Transmusicales

Programmateur des Trans : le job rêvé

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Les Rencontres Transmusicales de Rennes viennent de commencer. On a donc appelé le bureau des Trans, afin que Mathieu Gervais, assistant programmation de Jean-Louis Brossard, nous mette dans le bain avant de prendre le train direction la ville de la galette saucisse.

Ca va, pas trop dans le rush?
Oh tu sais, c’est la dernière semaine, on est zen. On commence demain avec la création d’ Aloïse Sauvage à l’Aire Libre. [Révélée au public dans 120 battements par minute] Et on enchaîne dès mercredi à l’Ubu, pour mon anniversaire.
Tu vas donc passer une belle semaine !
Oui,  au calme.
Tu vas dormir combien d’heure par nuit ce week-end ?
3-4 heures, ca va être juste.

**Voir directement les 5 coups de coeur de Mathieu pour les Trans 2018

LE JOB

Racontes moi le début de ton aventure, comment as-tu intégré l’équipe des Transmusicales ?
J’ai rencontré Jean-Louis Brossard alors que j’étais manager et booker d’artistes. Je m’occupais de The Wankin’ Noodles, des Popopopops, avec qui on est parti sur une session des Trans Export en Russie, et là-bas avec Jean-Louis, on s’est découvert des goûts en commun, sur la musique, sur le jazz mais pas que, sur la cuisine, et la fête aussi. Et puis un jour après avoir travaillé dans une agence de booking, j’ai téléphoné à Jean-Louis pour lui demander si il avait eu vent de postes à pourvoir dans la production ou la programmation et il m’a répondu : « Bah tu tombes bien ! Mon assistant vient de m’annoncer qu’il quittait la boite, on se voit cet aprem, tu viens bosser. » Je travaille depuis sur la programmation des Trans et de l’Ubu [salle de concert rennaise], en binôme avec le directeur, je suis présent à la fois au bureau et à la salle pour chaque concert, et on se déplace également ensemble pour aller voir ce qui se passe ailleurs en local, en national, ou a l’étranger.

Le festival bat son plein cette semaine, mais c’est aussi le métier d’une année de préparation. Par exemple, que se passe-t-il dès janvier dans le bureau des Trans ?
On attaque très rapidement mi-janvier par une visite à l’Eurosonic, gros festival de showcases à Groningen. Déjà ca prend bien une semaine d’écouter les 350 groupes en amont et préparer notre programme de visites, le 7 janvier faut qu’on soit la tête dans les écoutes. En fait une fois l’édition des 40 ans terminées, on sera déjà en train de penser à la suivante. Et puis évidemment il y a aussi la programmation de l’Ubu qu’il faut continuer tout au long de l’année.

Comment découvrez-vous ces groupes qui viennent de très loin comme les Dizzy Brains qui n’avaient jamais décollé de Madagascar avant 2016 ?
On travaille pas mal avec des agents, eux se déplacent beaucoup pour récupérer des groupes d’ailleurs et nous envoient des propositions ensuite. On est également à l’écoute de toute suggestion, que ça vienne de quelqu’un dans le public qui nous file un disque, ou d’un ami journaliste. Pour les Dizzy Brains, c’est un pote de JLB qui travaillait à Madagascar qui nous a envoyé le son. Jean-Louis a le final cut, et moi j’essaie de lui ramener un maximum de belles découvertes. Et à deux, on n’est pas de trop car il y a une espèce de facilité de production aujourd’hui qui nous submerge: quelqu’un peut très bien s’enregistrer chez soi, te faire un MP3 et te l’envoyer par mail, on écoute tout parce qu’on ne veut rien laisser au hasard.

Est-ce qu’il t’es déjà arrivé d’avoir un live merdique qui ne correspond pas du tout au son que tu avais écouté à l’avance ?
Il m’est arrivé une fois de me rendre compte que la formation avait changé et les morceaux avaient été adaptés au départ de musiciens, mais un truc bon en studio qui devient une daube sur scène, non et on y fait super attention. On demande toujours une vidéo d’un live. On les brief aussi lors de la rencontre, car pour des petits groupes qui n’ont jamais joué devant plus de 100 personnes, jouer dans un hall de 4000 personnes ne demande pas la même performance.

Quels sont les 3 impératifs pour etre programmé aux Trans ?

  1. Que ce soit un coup de coeur
  2. Que les musiciens soient talentueux
  3. Que ce soit novateur

Et tu parlais des Trans Export en Russie ? quesako ?
Oui Les Trans s’exportent, irrégulièrement. Il a eu Les Trans également en Chine en 2005, c’était le premier festival de cette ampleur en Chine, ainsi que Les Trans en République Tchèque, Ca ne s’organise pas chaque année, pour la prochaine, on est encore en réflexion.

LE CASQUE VISSÉ SUR LES OREILLES

Le festival fétiche que tu ne manqueras jamais
The Great Escape à Brighton, c’est un festival dont on ramène chaque année quelques artistes. C’est vraiment un événement international, contrairement à l’Eurosonic qui est plus centré sur l’Europe. Tu peux avoir des groupes d’Amérique du Sud, d’Asie, de partout. Il y a énormement de choses donc il faut bien écouter en amont, bien se préparer, et une fois là-bas c’est 5 jours de course totale entre les salles. Sous le vent et la pluie en général. (rires)

Ta plus grosse claque 2017 ?
Y’en a trop ! Confidence Man était une grosse claque, Too Many T’s la réponse anglaise aux Beastie Boys, Moon Hooch les américains étaient assez hallucinant, Zeal & Ardor les suisses qui font du blues métal, ouais on s’est pris quand même beaucoup de claques l’année dernière !

Un groupe étranger avec qui tu es devenu ami ?
Je revois souvent Puts Marie dont j’aime beaucoup le chanteur avec qui je m’entends bien, je les ai revus au Canada, en Suisse , et le chanteur est d’ailleurs revenu l’année derniere avec un autre projet : Mister Milano. Après c’est compliqué de garder vraiment ce type de relation car on est toujours en mouvement, mais on est toujours super content de revoir les groupes.

T’es-t-il déjà arrivé de te mordre les doigts car tu as voulu programmer un groupe qui n’a pas été retenu au final, et qui a fait un carton par la suite ?
Ca peut des fois (rires), mais je peux aussi retenter l’année d’après, quand le projet est un peu plus mûr. Comme Nova Materia cette année: on en avait déjà parlé l’année dernière. [En concert à Paris la semaine prochaine, nous on y sera ;)] Mais de grands regrets non jamais, on arrive toujours à trouver un moyen d’une année sur l’autre. Après si on a pas mis le doigt sur quelque chose qui a explosé, c’est peut-être aussi que niveau artistique ça nous plaisait pas plus que çà…

Dans le documentaire Ce qui se joue la nuit de Damien Stein , Jean-Louis conduit et dit : « le jour où je vais décider d’arrêter, je lui laisserai les mains libres » en parlant de toi. Alors vocation à vie, tu es prêt ?
Plus que jamais! Après ce sera pas forcément la même chose, ca me ressemblera plus, avec peut etre d’autres styles de groupes qui m’auront chatouillé les oreilles, mais bien evidemment ouais à 100%.

40 BOUGIES CE WEEK-END POUR LE FESTIVAL

Les Trans atteignent la maturité cette année, comment se traduit cet anniversaire ?
On s’est fait plaisir sur la programmation, j’espère que ca va bien se transmettre. On a augmenté le budget artistique cette année: on s’est permis d’inviter des groupes avec de nombreux musiciens et qui viennent de loin. C’est tout de suite pas le même budget quand tu rajoute 6 billets d’avion pour un groupe… On a même un groupe rennais de 17 bretons : Nâtah Big Band. Pas de feu d’artifice de prévu mais des surprises, comme peut-être des featuring inattendus…[Samedi Hall 8 22h]

Un seul mot qui qualifierait le mieux Les Transmusicales par rapport à tous les autres festivals de France ?
Nouveauté

C’est sans doute le festival le plus éclectique, vous dites aimer tous les genres de musique. C’est possible ca ?
Ouais bien sûr, y’a du bon dans tous les styles. Ces derniers temps on a trouvé beaucoup de choses intéressantes dans les pays africains et asiatiques, après la scène locale est toujours foisonnante que ce soit en rock ou pop, et puis il y a les nouveautés hybrides, qui vont mêler plusieurs genres. Par exemple cette année, on accueille The Naghash Ensemble, avec trois chanteuses lyriques qui reprennent des musiques traditionnelles arméniennes. On veut surtout proposer des talents particuliers, sans aucun barrière sur le style. [Vendredi 23h30 Hall 8]

Tes 5 groupes préférés de ce week-end ?
Impossible ! Ce ne sont que des groupes préférés !

Je dirais Disiz La Peste avec ce nouvel album qui est vraiment une bombe absolue, un album très électronique, qui ose. On n’est pas sur un truc de rap commun c’est beau, puissant et très introspectif. Pour moi, c’est l’album de sa carrière. [Jeudi 22h30 Hall 3]

Il y a Les Louanges que j’adore qui est un jeune groupe québécois. Ca chante en anglais, en francais, je trouve que leurs chansons sont magnifiques, ça groove, avec des synthés bien posés, la voix est chouette, y’a un vrai truc. [Tous les soirs à l’Aire Libre]

Il y a également Saodaj que j’aime beaucoup, qui nous vient de La Réunion: un groupe maloya avec d’autres influences, c’est assez percussif, avec deux voix sublimes. [Samedi à l’Etage / Gratuit]

Ensuite Vurro, et homme-orchestre qui dans le piano boogie avec un crâne sur la tete, et qui joue les cymbales avec ses cornes, c’est assez magique a voir, c’est completement fou ! [Vendredi à 22h45 Hall 3]

…et en rock The Surrenders que j’ai vu d’ailleurs au Great Escape et là on a un chanteur super charismatique, de purs musiciens, c’est rock & blues, ça peut te rappeler des mecs comme Kravitz dans l’énergie, il a d’ailleurs une voix de malade, [Vendredi Hall 3 02h45]
mais dire que ce sont mes 5 préférés je ne peux pas  !

Merci Mathieu pour ton précieux temps, je monte dans le train et j’arrive.
– Julie Lesage –

[Photo en une: extraite du documentaire de Damien Stein,
Portrait noir et blanc : ©Ben Pi]

Trans-mission 2016, ce qu’on ramène dans nos esgourdes

[Crédit photo une: Nicolas Joubard]

Avec 62000 spectateurs pour la 38e édition des Rencontres Transmusicales, soit 2000 de plus que l’année dernière, et des guichets fermés au Parc Expo de Rennes, les organisateurs de ce festival d’hiver sont loin d’être manchots. Leur secret: un quadrillage minutieux pour représenter tous les genres musicaux venant de tous les continents. De la grosse électro/techno pour la dernière génération, ca c’est obligatoire pour être « bankable », mais aussi de la folk, du punk, du rap, de la pop, chantés dans toutes les langues et avec, souvent, cette singularité d’un show atypique! Parmi ces artistes 33% jouaient pour la première fois en France. Et niveau production, les signatures sont pour le moins émergentes : 22% d’autoproduits, 68% de labels indépendants, seulement 2% de majors et 8% sans même un seul CD promo. Tout se joue maintenant.
La banquise et ses animaux étaient le thème visuel de cette année et un poulpe géant nous accueillait dès le premier hall :

On va essayer de catégoriser et résumer nos impressions.

Le meilleur du top: Pyrit

Quand en un quart d’heure tu te prends une montée d’émotions pour finir sortant un « pwoh » d’exclamation et que tes yeux s’humidifient (sans MDMA), c’est que ce one man band là (cymbales, guitare, clavier) dégage quelque chose de très très fort. Produisant un son aussi minéral que la pierre du même nom, Pyrit vide nos pensées et nous fait planer sur des nappes aux reverbes puissantes. Maquillé comme Brian Molko, le suisse Thomas Kuratli sort une complainte blues solitaire sur une épaisse et lourde couche électronique, dont la voix céleste est le seul échappatoire. Et la brume de l’UBU qui ne faisait qu’amplifier cet effet irréel…[Photo de Nicolas Joubard] >>


Des femmes au caractère plus que trempé

Punk will always be brittish first. Le duo Nova Twins a déchainé les anciens fans de RATM. Tout d’abord réticents par le phrasé hip-hop, force est de constater que l’explosion de ces 2 bombes britanniques nous a tous empeché de sortir du hall 3. Du cran dans les veines, les cris rocailleux, ces deux jeunes filles ont la vingtaine et se servent de la musique comme d’un punching ball. Et le respect s’intensifie lorsqu’Amy Love déblate à vitesse grand V ses vers tels les meilleurs rappeurs. 35 minutes, c’est cadeau:

L’Islande nous a aussi envoyé 10 dures à cuire. Féministes jusqu’aux bout des jambes qu’elles ont jolies en résille et body, les Reykjavikurdaetur, ou filles de Reykjavik en français, foutent un peu le désordre sur scène, surtout lorsque 2 d’entre elles chantent et que les autres ne font qu’occuper l’espace en dansant ou gambadant. Cette île que l’on pense si sereine cache une rage de rappeuses prêtes à porter le god ceinture sur scène pour leurs revendications. Petit bémol cependant: Le hall était plein oui, mais de mâles en rut, car d’une on ne comprend pas l’islandais et de deux… niveau musical, la DJette du fond n’avait aucun poids. Un show visuel dirons-nous donc, qui a quand même marqué la plupart des festivaliers.


Les rockeurs à suivre

La puissante voix grave de Raphaelle permet au quatuor normand Metro Verlaine d’affirmer que la langue française a aussi sa place sur le rock’n roll, fallait juste savoir comment. Encadrée par les emblèmes des fleurs et du flamand rose, elle dansera avec autant de fougue qu’elle déclamera ses textes puisés dans le style du romantisme noir. [Photo d’Alexis Janicot] >>

 

Tout le monde a été unanime sur Fai Baba. Le suisse à la voix cassée mais si douce nous comble d’un rock parfois psyché parfois bluesy. 1er single de son 5e album Sad & Horny (l’année a du être dure), Nobody But You a déjà conquis plus d’un romantique de la dream-pop. Quitte à en être baba, on vous poste ici le concert dans son intégralité.


Une recherche contemporaine du vintage

Unification du costume pour le trio barbu finlandais, Talmud Beach donne des airs de blues dignes d’un trajet Mississipi-Kansas-Californie d’un autre siècle avec une pointe d’humour et des chants qui te bercent en douceur. Super agréable à l’oreille, ca doit être le côté humble des nordistes qui sublime le genre: avec délicatesse.

Les coréennes The Barberettes,ont aussi creusé loin dans les cercles du temps, vers l’amérique également, tenues limite cosplay années 30 sorties. On est parfois perdu à se demander laquelle des chansons est une reprise ou une originale: Be my Baby, Marylene ou encore Mr Sandman y sont passées. Noel approchant, le concert chaleureux et familial plait. Mais pas sur qu’on ait la même appréciation dans un festival d’été à 30° sur une plage…On l’appellera le concert curiosité. [Photo de Nicolas Joubard] >>

L’électro sous toutes ses fusions 

A raison de plusieurs électroniques: techno, electroclash, downtempo, minimale, le genre global est celui qui fait le succès d’un festival aujourd’hui, reconnaissons-le, puisqu’il attire la jeune génération. Une génération bretonne qui ne faillit pas à sa réputation de grande consommatrice et qui ne marche pas droit longtemps…Parmi de nombreuses figures se produisant sur 2 halls, 5 ont retenu notre attention.

Le duo roumain Khidja, adoubé par Andrew Weatherall, a dirigé son set tout en progression à la Greenroom, incorporant son identité orientale à une idsco-house parfois acid. .
 Question fusion, la palme d’or revient au canadien Das Mortal qui pendant 2 heures a enchaîné synth-wave, electro, extraits de french touch, techno, disco-house, …il a même remixé en clin d’oeil le titre Mortel de Fishbach! Lui, il s’éclatait et faisait virevolter ses longs cheveux, nous, on avait les yeux scotchés à l’écran qui mitraillait de nombreux souvenirs télévisuels parfaitement agencés dans la progression du mix: on y a trouvé avec délectation les mangas, séries, jeux vidéos et films de toute l’époque 80-90. Un moment disparate fait de haut et de bas selon les affinités de chacun, mais qui nous a tous fait danser, sur une track ou une autre. .
Très difficile d’accéder au live d’Ann Clue, tellement le hall 9, pourtant le plus grand, était blindé à craquer. On reconnait direct ici le ronronnement de son maitre de la techno minimale Boris Brejcha. .
Pour Comah le toulousain,.
même combat, même techno minimale progressive
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Enfin le duo Contrefaçon copie le style Frenchy de Justice,  Digitalism ou encore Daft Punk et se colore de clips ultra parisiens.  .
La fanfare, le genre qui rassemble

Le propre de la fanfare est de jouer dans la rue, les 2 formations au programme des Trans ne se sont pas fait prier! Avant de fouler la scène du parc expo, chacune a parcouru Rennes: dans le metro, dans la rue, sur le marché…ainsi la ville entière a pu en profiter.

On a mis du temps à le reconnaître, avec sa teinture blonde et ses mollets un peu moins fins…mais lorsque Leo a commencé à twister ceux-ci, on a tout de suite reconnu la danse du saxophoniste de Too Many Zooz. Le new-yorkais revient aux Trans avec cette fois ci le sextet Lucky Chops pour des reprises ultra festives de Ben. E. King ou encore Lipps Inc. Bon par contre on s’est enfui dès les premières notes d’Hello de Adèle…

Comment convertir les fanas de techno à la trompette ? Les 11 allemands de Meute connaissent la recette : reprendre les grands de l’électronique avec des cuivres. Pari réussi: hall comble et public comblé. On a donc dansé sur du Laurent Garnier, du Ame et du Marc Romboy, pour clôturer le dimanche matin dans la bonne humeur. Ci-dessous, leur session métro:

On regrette

De ne pas avoir vu Il Est Vilaine et ST.OL.EN.
De ne pas avoir trouvé un seul fucking taxi pour nous emmener à l’after dimanche matin. (désolée Topper)
Le fait que le show prime parfois sur la qualité de la musique : OK les PWR BTTM sont des queers, OK les Reykjavikurdaetur sont 10 bombasses féministes en body ultra sexy, mais musicalement on a sincèrement peiné à trouver…

Les 2 frenchies qui passeront sûrement à la radio

Vous entendrez sûrement parler sous peu de Fishbach, programmée pour 5 concerts-création pendant les Trans, cette nouvelle Catherine Ringer marche sur les pas de Jeanne Added, résidente comme elle à l’Aire Libre. Octave Noire pourra également marquer une majorité de fans de la chanson française avec sa voix douce sur électro-pop.

– Julie Lesage –

Vous aussi vous étiez aux Trans? Racontez-nous vos coups de coeur !

En tout cas force est de constater encore une fois que Jean-Louis Brossard ne se trompe jamais 🙂

 

Un rêve devenu réalité pour The Dizzy Brains

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Découverts aux Transmusicales, les Dizzy Brains, groupe formé autour de deux frères malgaches, Eddy au chant et Mahefa à la basse, vivent un conte de fée. Papy Brossard leur a généreusement offert une visibilité qui les a sortis de Tananarive, l’une des villes les plus pauvres au monde pour arpenter les scènes de France de long en large. Cette interview retrace deux rencontres: la première lors des Trans, la seconde avant le MAMA festival où ils joueront jeudi 13/10.

A Madagascar, la scène métal est déjà présente. Qu’en est-il de la scène punk-rock, en êtes-vous les représentants ?
Les porte paroles peut-être pas, on fait juste ce qu’on aime, on prend la scène comme un exhutoire. Les gens écoutaient du rock avant nous mais c’est vrai que 89% des jeunes de Mada aujourd’hui écoutent beaucoup plus de métal, il y a eu comme une sorte d’absence de rock pendant quelques années, et là ca revient un peu. A Tananarive, il y a 5/6 groupes de rock c’est pour te dire !

Punk et revendicateurs dans vos paroles, vous êtes interdits de radio dans votre pays, feriez-vous peur ?
Sans doute parce qu’on est pas politiquement correct. On arrive pas vraiment non plus à être programmé dans les salles, on organise nous-même nos concerts, on loue le matos et on joue devant très peu de gens. Alors les Trans, c’était fou, on ne remerciera jamais assez Jean-Louis Brossard [directeur des Rencontres Transmusicales de Rennes]. C’était la première fois qu’on prenait l’avion de notre vie mais c’était bizarre : à l’aéroport, on s’est pas vraiment rendu compte qu’on allait en France. C’est une fois décollé, dans l’avion on s’est regardé et dit « ca y est, on y est, on va à Rennes, le bonheur ! » On est passé du public de notre famille et nos amis à un vrai public de 2000 personnes. Globalement on est en transe dans ces moments là.

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Du coup, autant battre le fer tant qu’il est chaud avec ce succès imprévu, vous sortez votre premier album Out Of The Cage. Avec qui avez vous travaillé pour l’enregistrement ?
Succès est un bien grand mot, nous dans nos têtes on reste toujours ces gamins de Madagascar qui n’ont d’autre rêve que celui de faire de la musique un peu partout dans le monde. L’album a été enregistré à Madagascar chez Libertalia Music Records, l’éditeur de l’album, et par la suite, le label français X-Ray Production en est devenu le producteur. Sur cet album nous avons travaillé avec plusieurs personnes, notamment avec Silo Andrian, un musicien très réputé chez nous, car nous avions besoin d’un claviériste sur quelques morceaux. Nous avons également collaboré avec le studio de la Grande Armée pour le mixage (en France) et également avec un dessinateur malgache renommé: Franco Clerc.
On reconnait cette photo de couv, c’était aux Trans ^^.

Dans votre tube Vangy signifiant Les Crocs en malgache, vous parlez de la violence de la police dans votre pays. J’ai lu que certains policiers n’hésitaient pas à louer leur kalachnikov à des voyous la nuit pour 100 000 ariary [30€]. C’est vrai ?
Oui, la corruption comme la pauvreté y est très forte. Les politiques comme les policiers sont tous corrompus. On vit dans un climat malsain, avec beaucoup de pilleurs et de violence la nuit. C’est pour ça qu’on a la rage.

Retour à la musique, quelles sont vos influences ? 
Tous petits, chez nos parents on a été bercé par les trucs un peu vieux de notre père comme les Stooges ou MC5.


[Studio Shoot’pro]

Si vous deviez choisir une de vos chanson ?
Baby Jane, ou « mola kiel » en malgache, qui correspond à « petite salope » en français. C’est une chanson plus personnelle: il y avait cette fille que je trouvais bien, on avait déjà une certaine relation mais sans le physique. J’ai voulu lui dédier la chanson. Ca raconte aussi l’histoire d’une fille …un peu pute, je dirai…

______________________________________________________________2e rencontre

10 mois après notre première rencontre, qu’est-ce qui a changé?
Rien n’a changé, nous sommes restés les mêmes… mis à part le fait que notre bébé Out of the Cage nous permet de commencer à marcher dans la cour des grands. Grâce à cet album, nous effectuons une tournée de 7 mois en France, en Belgique, au Maroc et même en Corée du Sud.

Vous tournez beaucoup en France depuis les Trans, bientôt 50 concerts en un an sur l’hexagone. Pensez vous venir vous installer pour un temps ?
Oui c’est vrai que depuis les Trans nous n’avons pas arrêté de revenir en France. De là à y habiter totalement … on adore la France mais on adore Madagascar encore plus, malgré la misère, la pauvreté et toutes les merdes que les politiciens y font.

A Mada, les gens vivent au jour le jour, ne serait-ce que pour manger. Lorsqu’on s’est rencontré aux Trans, vous viviez également votre aventure folle au jour le jour. Et maintenant, avez-vous des projets ?
Oui, et c’est pour cela que l’on ne veut pas être perçus comme des punks, notre musique, oui, l’est un peu. Mais les punks sont « no future ». Dans nos têtes, l’envie de mener à bien des projets est toujours présente. Sans nos rêves et nos projets, notre musique n’aurait pas lieu d’exister. Le fait de partir en Corée du Sud est déjà un joli rêve qui se concrétise.

Merci Eddy, Mahefa, Poun et Mirana. On vous souhaite une belle épopée!

The Dizzy Brains joue jeudi 13 octobre à La Boule Noire pour le MaMA festival !

Kazy Lambist à nu

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Kazy Lambist et ses tubes pop pour la plage, Kazy Lambist contre les ours, Kazy Lambist fan de Drake, Kazy Lambist et le yoga, Kazy Lambist au Perchoir, Kazy Lambist chante avec Saje, Kazy Lambist accompagne Kadebostany et remixe Moi Je…ca en fait des choses pour seulement 23 ans!

Jus d’orange – café – clope, ce matin je prends le petit déjeuner avec Kazy Lambist, producteur montpelliérain de tubes qui sentent la plage et les jolies filles. Arthur Dubreucq, de son vrai nom, est avec Lara Amoué (sur scène comme dans la vie) qui ne peut s’empêcher de tout chantonner, et Amaury Grd, bassiste passionné par le krautrock. 

Salut Arthur, tu as commencé à composer seul, après des années de piano classique en cours particulier. Mais aujourd’hui tu es accompagné, vous êtes 3 à ce que je vois!
K.L: Oui, j’avais mes morceaux mais il fallait les mettre en scène. Amaury joue de tout donc ça a rapidement collé musicalement et j’avais déjà fait 2 morceaux avec Lara il y a un an et demi. On a répété en trio pour la première fois en juillet 2014 à Pézenas, les concerts ont ensuite commencé en 2015.

Ton morceau phare, remixé par de nombreux artistes comme Employee of The Year, s’appelle Doing Yoga. Tu t’y connais en yoga?
K.L.: Lara en fait énormément, moi j’ai essayé: on a beaucoup ri mais c’était pas très productif. En fait, ce titre parle de Californie et de yoga, car à cette époque Lara était en Californie.

Complètement à l’opposé de la chaleur de la Californie, toi tu es parti un an en échange au Canada. Qu’est-ce que le Canada t’a apporté musicalement, que tu n’aurais pas eu en France?
K.L.: Je faisais partie d’un groupe de jazz. Au lycée il y avait même un cours de jazz à part entière avec un chef d’orchestre super bien. La culture hip-hop est ultra présente là-bas: tous les mecs rappaient après les cours. Moi je trainais un peu avec ces mecs là, et c’est à ce moment que j’ai commencé à bidouiller avec mon ordinateur pour les accompagner en instru.

Et c’est vrai que tu as suivi des cours d’auto-défense contre les ours? Alors que fait-on si on en croise un?
K.L: Smithers (comme dans les Simpsons!, dixit Amaury) est une toute petite ville dans la foret, près de l’Alaska, et on n’était jamais à l’abri de se retrouver nez à nez avec un ours. A l’école on suivait des cours de défense contre les ours. C’était pas un truc facultatif, tout le monde avait ce cours obligatoire. Je n’ai pas tout retenu, c’était assez compliqué. Il y avait 3 ou 4 espèces d’ours différentes et selon l’ours justement, les réactions étaient différentes. Devant certains, si tu grimpes aux arbres, ils ne peuvent rien faire; alors que d’autres ours sont de très bons grimpeurs. Selon l’espèce que tu reconnais, donc déjà faut les reconnaître,  il ne faut pas bouger, ou il faut partir en courant, ou il faut crier très fort, …
Et t’avais un contrôle à la fin de l’année?
Oui mais j’ai eu une super mauvaise note à ce truc-là.

Vous avez gagné le prix du public aux Inrocks Lab et y avez rencontré Sin Tiempo. Avez-vous travaillé ensemble comme vous le souhaitiez?
K.L.: C’est toujours en projet, on avait bien discuté à Paris, mais il tourne pas mal. On espère faire quelque chose ensemble en 2016.

Perso, j’ai une préférence pour le beat dansant de On You. Pousses-tu le côté house en concert ?
K.L.: Justement oui! On prolonge ce morceau avec une partie qui pète à la fin avec la basse d’Amaury, ce qui n’est pas dans le morceau original. On essaie de rendre le live un peu plus dansant.
Prochain concert de Kazy Lambist le 04 Février au Pop Up du Label.

Dans un ancien interview, ouais j’ai bûché, à la question qu’est-ce qui t’électrise, tu as répondu « l’innovation dans tous les domaines ». Alors on va aller plus loin, quelle est l’innovation qui t’a électrisé dernièrement ?
Il y a 20 minutes, Camp Claude nous a montré un Ableton Push, un contrôleur MIDI spécial pour le logiciel Ableton, qui nous simplifierait tellement le travail. J’ai répondu l’innovation à cette question parce que la nouveauté m’attire plus que la qualité. De bons musiciens qui font du bon funk, ça ne m’intéresse pas. Par contre, les mecs qui vont faire un truc qui n’existait pas avant eux, là oui! Je préfère les pionniers. Drake par exemple a appporté une touche latino que l’on entendait pas il y a 5 ans. Bon y’a pas que Drake hein, y’en a des milliers.

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Tu es drôlement actif du haut de tes 23 ans. Tu es producteur de bandes sonores pour d’autres artistes, on a vaguement entendu parler également du projet Headson. Peux-tu nous en dire d’avantage ?
Arthur: Headson est devenu un morceau finalement, le projet qui portait son nom n’a pas abouti. Niveau production, j’accompagne plusieurs chanteuses, comme Kadebostany par exemple. J’ai fait récemment un remix pour Moi Je. Avec Saje, c’est le contraire: je chante sur une instru à lui.

Qu’en est-il du projet Ten Birds avec le Perchoir?
Le Perchoir a en projet de sortir une compilation de 10 titres et remix inédits d’artistes émergents au mois de Mai. Une soirée par mois, 2 artistes jouent sur le toit du BHV. Nous on a joué en septembre avec Ana Zimmer, la vue de là-haut est magnifique!
[Cette compile comprend entre autres des titres de Toys et Tom Fire.  Un concert de sortie d’album aura lieu début mai. Compile et vinyles seront disponibles dans les concept-store branchés type Colette, BHV, Bon Marché, … ]

Tu as joué au Bar en Trans. Les Transmusicales étant LE festival des découvertes musicales, qui vouliez-vous absolument voir ce week-end là?
Lara : Mathieu Saïkaly ! J’ai acheté son album et j’étais super contente d’apprendre qu’il jouait le même soir que nous aux Bars en Trans.
Amaury : Les Transmusicales, c’est quand même le festival où les Daft Punk ont joué non masqués, c’est comme Boréalis à Montpellier, ce sont des festivals incroyables.
Arthur: Moi j’aimerai bien aller voir Les Gordon aussi, je sais que Rennes, c’est son fief.

Daft PunkDaft Punk 1996 pris par Eric Perez

Et une fois la promo et la tournée terminée, qu’écoutez-vous une fois rentrés chez vous ?
Amaury :
j’écoute énormément d’electro comme LCD Soundsystem ou les Raptures, tout ce que fait DFA etc et puis l’electro francaise car on est quand meme à la pointe avec Arnaud Robotini, Daft Punk… Ma dernière grosse découverte c’est Chassol, un vrai génie.
Lara: Moi suis une grande fan de The Do, sinon j’aime plutôt les voix féminines genre Nora Jones. Et Arthur il écoute Drake à fond chez lui! (rires)
Arthur: Oui j’écoute beaucoup de hip-hop américain.

Un peu plus tard, on a discuté en off avec Amaury de CAN, NEU!, White Rabbit de Jefferson Airplanes, Grauzone le premier groupe de Stephan Eicher,…ces groupes qui amènent toujours beaucoup d’enthousiasme dans les conversations.

Rencontre avec Binkbeats, l’artiste le plus impressionnant des Trans

[Photo cover: Gabriel Eisenmeier]

Binkbeats est l’artiste des trans 2015 qui a dégagé en nous le plus de respect.  Frank Wienk est un génie hollandais, un one man band qui touche à tout, mais vraiment à tout, jusqu’aux plus improbables outils ou jouets ! Et c’est avec grand intérêt que nous l’avons rencontré:

Tout d’abord, quel est ton background musical?
J’ai commencé le toy piano, la guitare à une corde, et autres trucs du genre quand j’étais enfant. A environ 9 ans, j’ai pris des leçons de batterie dans une école de musique puis je me suis tourné vers les percussions. Je ne voulais pas particulièrement aller au conservatoire, mais j’en avais besoin. Donc j’y suis entré aux percussions classiques, et c’est à ce moment que tout s’est enchaîné très très vite.

Ton projet a été tout d’abord de faire des reprises de morceaux électroniques complexes de génies, comme Widowlicker d’Aphex Twin ou Lost & Found d’Amon Tobin, et de prouver que ces morceaux peuvent être joués live en analogique. Comment choisis-tu ces morceaux, est-ce une histoire de challenge ?
Ce sont plutôt des morceaux que j’appréciais particulièrement. Le but, comme tu le disais, est de traduire l’électronique en analogique et y apporter une nouvelle lumière. Hier, on m’a demandé si j’allais reprendre des morceaux plus roots mais les roots jouent parfaitement leur propre musique, je ne peux rien y apporter. Et oui, il y a aussi un côté challenge: le morceau doit comporter des sons qui m’intriguent.

As-tu déjà eu des difficultés à traduire une sonorité au point de laisser tomber un morceau ?
Non. La recherche prend une semaine en général, donc ca va c’est assez rapide. Je me souviens avoir buté sur les premières notes électroniques de Default d’Atoms For Peace. C’est tout l’intérêt de l’expérimentation, tu en viens à vraiment écouter ce qu’un son contient: s’il a un caractère plutôt métallique ou issu d’un bois, selon s’il a de la résonnance ou non, s’il y a comme un duvet ou de la distortion,… On déconstruit complètement le son, et ce son là m’a donné du fil à retordre. Sinon le reste est venu assez rapidement.

En parlant de Default justement, hier soir lors de ton live, tu as utilisé un Ondamania pour créer comme une onde de propagation, l’effet autant sonore que visuel en était amusant. Comment t’est venue l’idée ?
Ah oui tu parles du jouet, le ressort multicolore qu’on lâchait petit dans les escaliers ! En fait les ressorts sont déjà été utilisés dans la musique, je les ai juste rendus visibles au public.
D’ailleurs dans le public, tout le monde s’est exclamé à la vision de leur jouet d’il y a 20 ans! C’était tellement cool lorsque l’on a compris le son que cela faisait!
En plus, sur celui-ci je ne mets aucun effet. Car je place aussi beaucoup d’effets pour modifier les sons, mais ce truc sonne tellement déjà space « pieouh » !

Tu es donc en apprentissage permanent, à découvrir de nouvelles sonorités chaque jour!
Complètement, j’ai commencé en tant que percussionniste, mais je ne me considère plus vraiment en tant que tel. En allemand ils ont un mot Geräusch machen, le faiseur de bruit, je me sens plus comme un chercheur, ou peut-être un modeleur de son.

Ta compilation de reprises est intitulée Beats Unraveled (rythmes dénoués), dirais-tu que tu as cet esprit dans la vie, à toujours tout vouloir déconstruire et comprendre ?
Sans doute oui, j’aime comprendre les choses. Après, ce qui est spirituel ou les évènements qui arrivent sans raison ne m’empêchent pas de dormir. Je fonctionne surtout comme ca pour tout ce qui est audio. J’ai pris conscience que je pouvais recréer un son en tapant une aiguille sur une tasse à thé avec de la reverbe, et là j’ai commencé à tout décomposer, et ouais, là on aborde peut-être mon côté un peu fou.

A propos de la scène, comment vis-tu le fait d’être seul devant des milliers de personnes?
Au début j’étais super stressé. Car en tant qu’accompagnateur percussionniste de plusieurs groupes, j’ai toujours eu un rôle assez humble au fond de la scène. Alors que là je suis tout seul, tout devant, c’est impressionnant! Mais finalement, on s’y fait vite, car je suis tellement occupé à produire tous les sons les uns après les autres, à prendre tous les instruments, je n’ai pas vraiment le temps de me sentir perdu et heureusement! Je me sentirai beaucoup plus seul si je n’avais qu’un portable avec moi!

Dans ton dernier morceau hier, tu sonnes de nombreuses cloches, gong, etc dont un dans un cadre en bois, qu’est-ce que c’est ?
Ah! Dis donc t’as vraiment fait très attention! C’est un angklung, un instrument traditionnel indonésien. C’est fait de tubes en bambous que l’on secoue. En Indonésie, il en existe 32 pour faire des sons différents, ils les accrochent tous à un portant et secouent chacun des 32 Angklung pour faire une mélodie. Là j’en ai juste attaché 2 ensemble, mais ca peut être très grand.

Tout cela fait un énorme attirail d’instruments qui engage une sacrée logistique pour un homme seul ! Tu as ramené quoi à Rennes, un quart de ce que tu utilises au total?
Oh non, j’ai tellement de trucs chez moi, je n’ai même pas ramené le quart ! Mais quant tu penses aux groupes rock des années 70 avec leurs immenses claviers hyper lourds, je ne me plains pas! Et j’ai aussi toute une équipe derrière moi qui m’aide beaucoup. Aujourd’hui, tout tourne autour du confort: tout doit être facile à utiliser, tout doit être léger à transporter; mais bon si tu veux vraiment créer quelque chose de spécial, il faut y mettre un peu d’effort aussi quelque part.

Dirais-tu des utilisateurs de l’informatique qu’ils ne sont pas musiciens ?
Non je ne dis pas ca, car je m’inspire d’eux. Simplement, ils n’ont pas à chercher si leur morceau est jouable ou non, ce qui importe c’est que ca sonne bien. Pour moi, ce qui est intéressant est justement de savoir si je suis capable de le jouer, c’est à dire de le recréer en live. C’est par exemple ce qu’il s’est passé avec la drum’n bass. Lorsque l’électronique a samplé et accéléré les rythmes, certains batteurs se sont dit « wouaw c’est génial, je veux trop jouer comme ca! » C’est une sorte de technique inverse. Certains producteurs électroniques deviennent égakement compositeurs à leur façon. Par contre, je trouve qu’aujourd’hui beaucoup de jeunes font de la musique avec des logiciels sans aucune idée d’où pourraient provenir ce qu’ils créent, alors qu’ils pourraient utiliser des ustensiles de chez eux et créer des sons uniques! Dans l’idée, je veux qu’un live ressemble plus à une performance qu’à une bande sonore.

Maintenant que tu as tout déconstruit, reconstruit, appris, tu es capable de créer tes propres morceaux. Que vois-tu pour le futur ?
Ah le futur, je le vois plutôt brillant ! (rires)
Les vidéos live de reprises étaient une période d’investigation. Puis j’ai ressenti cette envie de composer à mon tour, je suis en train de travailler sur mon propre album, qui devrait sortir l’année prochaine. C’est une nouvelle page, un nouveau statut car j’aimerais vraiment me concentrer à devenir un producteur avec un vrai travail studio. Pour moi le live et le studio se doivent d’être différents. Et ouh!…j’ai vraiment hâte de voir la réaction du public à l’écoute d’un album !


Jake’s Journey, nouveau morceau de Binkbeats joué au festival Guess Who

Pourrais-tu nous conseiller quelques artistes néerlandais?

Oui, JamesZoo par exemple

J’aime beaucoup la voix d’une chanteuse avec qui je travaille, elle s’appelle Tessa Douwstra mais elle va bientôt changer de nom pour un nouveau projet.

Je travaille également avec le clavieriste Niels Broos, qui a aussi un projet solo de son côté.

Et j’aime aussi Knalpot, c’est un groupe assez heavy, composé d’un batteur et d’un guitariste, ils font tout à deux. Ca peut sembler étrange à l’écoute, mais en live j’adore !
https://soundcloud.com/knalpot/01-stainlees

Merci Frank, on espère t’accueillir très vite pour une 2e fois en France!

La compil’ pré-Transmusicales 2014

Si vous hésitez encore à prendre vos places pour les Trans, on vous a fait une sélection des découvertes de cette saison 2014: en avant-première, tous les groupes qui feront les prochains festivals d’été, et dont on parlera l’année prochaine.

POP: Superets, FUZETA, My Summer Bee, Compact Disk Dummies, Raury, Puts Marie, Moses Sumney

ROCK: I Me Mine, Grand Blanc, Jambinai, Bantam Lyons, Eagle Gift

CLUBBING: Jungle by Night, TOO MANY ZOOZ, Shamir, DBFC, The Hacker, DollKraut, Rone, Ten Walls, Thylacine, N’To, Marco Barotti

Plus d’info sur le festival: Transmusicales 2014