krautrock

Snapped Ankles : le génie pousserait-il à la recherche du chaos ?

L’ALBUM DU MOIS : Stunning Luxury

Samedi 23 mars, Snapped Ankles présentera avec insolence son nouvel album de frénésie totale à La Maroquinerie. Pré-écoute et analyse.

En ces temps de marches régulières pour le climat et la planète, chacun essaie de se rapprocher tant que faire se peut de mère nature. Le groupe anglais Snapped Ankles, lui, ne donnait pas dans la demi-mesure dès 2017 à jouer post-punk et krautrock en arbres [Come Play the Trees, 1er album], comprendre en costumes DIY représentant un mix entre hommes sauvages camouflés et monstres païens des bois dans un décor scénique sylvestre.

Résultat de recherche d'images pour "stunning luxury"

Mars 2019, le groupe pousse l’expérimentation sonore un cran plus loin, sans compromis, à la frontière entre génie et cacophonie, et double son utilisation de percussions expérimentales sur son deuxième album intitulé Stunning Luxury. Celui-ci commence justement en rythmique avec Pestisound (moving out), sorte de mise en jambe annonçant que les « chevilles cassées » [Snapped Ankles] se sont fait virer de leur warehouse de l’est londonien, avant le deuxième morceau Tailpipe qui, lui aussi, déménage.

Fidèles à leur message écologique, les garçons t’invitent à sucer les pots d’échappement dans une ambiance à la fois frénétique et menaçante. Dès ce deuxième morceau, on reconnait l’esprit DIY des anglais avec leur manie d’utiliser, en plus des Roland SH2 et SPDS, des drum-synth et log-synth : samedi soir, vous les verrez ainsi taper sur des bûches de bois équipées de vieux oscillateurs de synthés  pour des percussions inattendues et effets thérémine.

La machine énergique est lancée, on voyage avec Letter from Hampi Mountain, comme si les Liars revenaient d’Inde avec un Sehanai en malle [flûte traditionnelle], pour nous faire sautiller telle une tribu les bras en l’air. « Wait, wait, wait, we were tired, » ben oui forcément, les paroles de Rechargeable ne sont ici pas très élaborées, mais qui a les neurones pour faire de la prose quand « it’s almost daylight » ? Le beat électronique en accélération recharge autant les batteries qu’une BO de Trainspotting en after. « we need, need, need a pulse » Je pense qu’en live on va bien le sentir le « pouls »…

Et c’est là que la cacophonie commence…

Jouer à répétition basse et synthé, ajouter à cela une mélodie entêtante type jeu vidéo de Delivery Van et Three Steps to a Develoment, bidouiller toutes sortes de percussions expérimentales, y rajouter la psyché barrée de Skirmish in the Suburbs, et la tonalité lancinante de Dial The Rings on a Tree…  ne peuvent amener qu’à deux résultats :
la transe ou la fatigue mentale.

En effet, le quatuor futuro-tribal héritier des Neu! persévère tellement dans son unicité « punktronica agri-culturelle » et sa « recherche de l’effrayant et de l’imprévisible » [affirmé en interview] qu’il perd un peu de l’articulation qui permettait d’écouter Come Play the Trees de bout en bout, au risque de perdre l’accessibilité de sa seconde oeuvre. Chaque morceau-bijou de celle-ci est une expérience auditive innovante qui challenge tes sens sans répit. Pas forcément l’album que tu mets pour un dîner entre amis donc : trop dense, trop intense. [j’ai tenté, my bad]

A la sortie du single Drink and Glide, la communauté artistique feuillue annonçait qu’elle allait « prendre l’apparence des agents qui ont causé sa disparition: promoteurs immobiliers et autres courtiers qui enflamment le marché avec la promesse d’un luxe époustouflant, afin de pouvoir combattre leur conduite de l’intérieur« . On espère quand même voir le bois de leur écorce lors de leur prochain gig sur-vitaminé (samedi donc).

Stunning Luxury de Snapped Ankles ne s’écoute pas forcément en toute circonstance, vous éviterez le lendemain de cuite, par exemple, c’est un conseil Wise. On vous donne par contre rendez-vous samedi à La Maroq, pour offrir toute votre énergie à cette frénésie bucolique, lâchant en vous cette nécessité de faire parfois du n’imp. >> voir billetterie

P.S.1 : Leur nom « chevilles cassées » vient de cette scène affreuse du film Misery
P.S.2: J’ai trop hâte.

Julie Lesage
*Merci David S. pour l’étude du log-synth

Stunning Luxury est disponible chez Leaf Label (ben tiens on l’avait pas vu venir).

MOFO #15, un samedi en O troubles…

 

Pour être honnête, je n‘étais pas sûr de voir le grand requin blanc pointer le bout de son aileron – c’est la mascotte du festival – cette année. La faute à une menace de fermeture (suite à une fin de bail dont le renouvellement semblait tendu) qui pendait au nez du lieu depuis 2017. Le lieu, parlons-en, il s’agit de Mains d’Oeuvres, lieu de vie culturel pluridisciplinaire cher aux Odoniens (résidents de Saint-Ouen, ça ne s’invente pas), à la fois résidence pour artistes, studios de répétition, école de musique, théâtre, danse, salle de spectacle, cantine, lieu de formations aux arts visuels et j’en passe. Le public ayant manifesté son total soutien, et les échanges avec les collectivités locales ayant repris sur des bases constructives, l’épée  de Damoclès semble avoir regagné son fourreau pour un temps, ou pour longtemps souhaitons-le.

MOFO, PUTAIN 15 ANS !
Initié par Herman Dune, le MOFO (chacun interprétera l’acronyme à son goût) convoque tout ce que la scène indé ascendant expérimentale internationale peut proposer, du folk à l’électro, en passant par le rock, l’ambient, et tout autre style et sous-style chatouillant les oreilles des plus chafouins mélomanes d’entre nous.
Défrichant donc depuis 15 ans, le festival ayant connu quelques moments d’absence depuis 2001, date de création de Mains d’Oeuvres, il a vu défiler des pointures plus ou moins connues (Rebotini, Grand Blanc, Zombie Zombie, Shannon Wright, Bonnie Prince Billy) tout comme des artistes plus “confidentiels” (= public réduit mais fidèle) ou “pointus” (= quand on n’est pas trop sûr de comprendre de quoi il s’agit), citons par exemple Tamara Goukassova, Teknomom, Duchess Says, Orval Carlos Sibelius, et bien d’autres que je vous invite à découvrir.
En 2019, faute de renaître de ses cendres vu que la maison n’a pas brûlé, les organisateurs ont décidé de brouiller un peu plus les pistes en faisant plonger leur programmation dans les profondeurs (abyssales ?) des musiques actuelles. Tel un marin d’eaux troubles, c’est avec curiosité et enthousiasme que j’ai plongé en apnée dans un océan électrique ce soir-là, naviguant entre la salle de concert à tendance rock MO, le hall plus électro expérimental FO, l’Aquarium pour faire une pause festive, et l’incontournable fumoir, parce qu’on ne se refait pas…

MARIA VIOLENZA, VENI VIDI VICI
Découverte il y a peu, j’avais hâte de la voir sur scène jouer ses airs désenchantés et rugueux. Venue présenter son 1er LP Scirocco, rangers et looper aux pieds, Maria (Cristina de son vrai prénom) échantillonne là son tom basse,  ici sa guitare type SG, joue de son orgue détraqué sur des séquences de boîte à rythme minimalistes à souhait. 

Entre phrasé incantatoire un brin gouailleur et chant fantomatique (en français, anglais, italien et dialecte sicilien, elle est originaire de Palerme), elle envoûte avec force et humilité un public conquis par sa pop synthpunk déviante aux relents gothiques, comme jouée par une famille Addams de lendemain de fête avec une Mercredi Sicilienne furax et désabusée au micro.

Et le corps de balancer autant que le coeur chavire (restons encore un peu dans le champ lexical aquatique). Pari réussi pour cette première messe, “je suis venue, j’ai vu, j’ai vaincu”, il y a un petit goût de ça en effet.

Bon pas le temps de traîner, chaque live s’enchaînant d’une salle à l’autre, se chevauchant même, le rythme est soutenu mais je dois maintenir le cap, car le voyage m’emmène maintenant un peu plus loin encore, en moyen-orient…

JERUSALEM IN MY HEART, ARABESQUES MODULAIRES A LUNETTES
Radwan Ghazi Moumneh est libano-canadien et cela s’entend dans sa musique qui conjugue tradition et expérimentations synthétiques depuis 2005, sur fond d’images elles aussi expérimentales, tout autant qu’évocatrices de ce mélange culturel.

“Rencontré” sur vinyle lors d’une sortie en collaboration avec Suuns en 2015, l’artiste m’avait impressionné. C’est encore le cas ici, l’envoûtement commence dès le premier morceau/mouvement de ce live qui reprend entre autres la deuxième partie de son dernier album sorti en octobre dernier Daqa’iq Tudaiq.
En guise d’introduction, le chant solo déploie de longues arabesques dans un micro en or (et non d’argent haha) qui nous aide à traverser la Méditerranée, pour nous plonger ensuite dans une ambiance expérimentale distordue, me rappelant les phases les plus extrêmes d’un Velvet Underground perdu dans le désert. Car la première forme d’expression de JIMH, son ADN, c’est bien l’expérimentation, qu’il parvient à allier avec inventivité à la musique traditionnelle.

J’en veux pour preuve sa façon nerveuse de jouer de son buzuki saturé, d’utiliser une pédale d’expression branchée en CV IN sur le pitch de son synthé modulaire pour en jouer comme d’un instrument traditionnel (note : idée de génie à essayer plus tard), ou encore juste créer des décrochages saturés en couvrant son micro de la main et des drones de voix sépulcrales.
Cette alternance de sons rêches, boucles analogiques, glitches impromptus et mélopées moyen-orientales rendent sa musique doublement organique et enivrante, un vrai festin sensoriel puisqu’en plus appuyé par de chouettes images en 16mm qui défilent ou déraillent derrière lui qui s’efface derrière ses lunettes de soleil.

La prochaine destination devait être Strasbourg, qui nous ont finalement fait le coup de l’Arlésienne en annulant leur venue.

DELACAVE, BON CRU
A défaut d’eaux troubles, nous reviendrons donc en terrain vague écouter le son des caves. Le duo synthpunk cold et gloomy, composé de Lilly Pourrie Chansard à la basse 2 cordes sévèrement burnée et de Seb Normal aux machines abrasives, est venu de son Alsace-Lorraine natale pour remplacer au pied levé le combo Strasbourg cité plus haut, qui lui est originaire de Bordeaux (si vous ne comprenez plus rien, ce n’est pas grave, buvez un verre de Gewürtz à ma santé).

Comme la plupart des membres de la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est (entre autres Noir Boy George, Scorpion Violente, Maria Violenza – tiens tiens – …), Delacave ne fait pas dans la dentelle, mais plutôt dans le frontal qui rend pâle, l’abrupt qui pénètre froidement le poitrail, tout en convoyant une chaleur inattendue. Si la voix de Lilly fait penser parfois à Siouxsie ou Mona Soyoc, elle est moins exubérante mais tout aussi habitée. Leur musique quant à elle est lourde et pénétrante, droite et personnelle, sans concession. Leur set terminé, on se dit que ce cru présente une belle robe sombre et robuste, rêche comme le tanin, et reste plutôt longtemps en bouche, tout en développant des arômes plus légers et complexes qu’il n’en a l’air de prime abord. Bref, c’est un bon cru.

Allez hop, une petite bière rafraîchissante et je file voir Société Etrange, qui ne me l’aura pas paru tant que ça, étrange. Trio batterie, basse, machines, on est plutôt sur du néo krautrock dronesque et tribal, ça sent le Kluster à plein nez, avec un peu de Neu! dedans. Ce n’est pas pour me déplaire mais peut-être encore trop électrisé par l’expérience précédente je préfère aller flairer ce qui se trame à l’Aquarium. C’est à peu près le seul endroit où l’on peut s’asseoir et le bar n’est pas loin. En mode boumette électro, ici se relaieront Saint Antonin Noble Val aux platines, Capelo en live et en B2B Samuel Falafel (un type à croquer, il paraît ;)) vs Malfaire, que je n’aurai vus qu’en coup de vent.

CHOCOLAT BILLY, CLUB MED GYM
Je ne connaissais pas du tout mais une amie de confiance m’a fait comprendre que j’allais prendre ma petite claque. Donc déjà petit conseil : venir avec sa serviette en éponge parce que c’est très très sport, d’autant que la salle de concert chauffe rapidement. Et voici donc des bordelais tout choco qui entament un set qui s’avérera épique, un vrai défouloir. Leur musique, à la croisée du krautrock, du mathrock (sans les motifs math), de l’indie, de la pop expérimentale avec une teinte zouk ou allant parfois vers un post-punk plus sombre, est hautement vitaminée et incite à la danse hystérique, voire à la transe démesurée.

Il faut dire que Ian Saboya (guitare, chant, percu) a tôt fait d’emballer son monde, se contorsionnant dans tous les sens, un vrai chamane du rif de guitare ensorcelée au delay analo. Lui il a avait prévu, il est venu en short et finira torse nu tellement il se dépense sans compter. Et à franchement parler on aurait bien tous fait comme lui. Le quatuor nous proposera même une séance de gym menée avec souplesse et fermeté par Armelle Magermans Marcadé (claviers).

Puis comme si on n’en avait pas eu assez, le groupe change de configuration en installant des toms, caisse claire et cymbales au sol, sur lesquels joueront Ian et Mehdi Beneitez (à la basse normalement), le batteur Jo Burgun s’occupant de la basse. Le dernier tiers du live va prendre des allures telluriques, commençant par une rythmique des plus festives nous enjoignant à sauter partout pour évoluer vers un drone inversement plus sombre et des éclats de voix se perdant dans des échos ténébreux, pour renouer enfin avec un beat uptempo se rapprochant d’une techno crépusculaire, histoire de bien finir de nous faire éliminer toutes les toxines de la semaine.

[Petit aparté technique concernant la salle de concert : un problème de subs réglés trop fort ou d’isolation de la scène par rapport à ces subs ont régulièrement fait sortir les alims des multiprises et se débrancher les pédales, ce qui a causé l’agacement et l’incompréhension des artistes comme du public. Personnellement je n’avais jamais vu ça et ça a parfois vraiment gâché les lives, à corriger pour la prochaine.]

C’est tout en sueur, un peu hagard mais heureux que je quitte la salle pour aller chercher une bière bien méritée et rejoindre le fumoir d’où j’écoute le dernier set de la soirée, par les vétérans de l’IDM, Dopplereffekt. J’ai eu du mal à me plonger dans l’electronica nébuleuse et ciselée du duo masqué de Détroit après la dernière décharge électrique chocolatée et n’y ai pas forcément prêté une attention convenable. Là où, de loin, j’ai trouvé ce que j’entendais relativement classique, un fin connaisseur m’a assuré que des “variations subtiles au niveau des fréquences” étaient à l’oeuvre, confirmant encore une fois s’il en était nécessaire leur place d’orfèvres du genre. Soit.

Après une dernière déambulation dans le dédale d’escaliers et de couloirs de ce lieu de près de 4000 m2 au total, j’en suis sorti avec l’avis que ce festival MOFOrmidable s’est montré à la hauteur de sa réputation et de mes attentes. Vivement l’année prochaine !

Texte, photos (voir plus bas) et vidéos © Alexis Cangy

PS : le MO de la fin #poésie93 😉

Maria Violenza

Jerusalem in my heart

Delacave

Chocolat Billy

 

Nouvelle matière à clubber: retour aux basiques indus

On était au concert neo-clubbing de la sensation percussive Nova Materia à La Maroquinerie

*****
Au fond de la cave à cuir suintant, l’atelier musical est des plus intrigants. A gauche, devant un carillon de tubes d’acier, attend un plan de travail de métal noir, auquel sont fixés blocs de pierre et pièce de bois, à droite, les cordes sont à l’horizontal, jouxtant touches d’ivoires, alliages dorés de cymbales et peaux tendues de bongos. Ca fait beaucoup de matière pour deux personnes.

On aurait pu y faire entrer les mandarins de Céleste Boursier-Mougenot et laisser faire, mais les deux tourtereaux qui entrent en scène ont un tout autre esprit, punk et revêche. It Comes, leur album à sensation froide paru en septembre dernier chez Crammed Discs, se joue enfin en live, quelques jours à peine après leur révélation aux Trans.


[Follow You All The Way /extraits]

Nova Materia a le désir de faire sonner le brut, grattant, frappant, martellant leur matériel peu ordinaire. En résulte une transe indocile qui redéfinit le clubbing indus par les basiques, une musique primitive de celles qui libèrent, et ce pour deux publics distincts : une moitié de fosse chilienne très chaleureuse, qui jappe sans cesse et s’évertue à copier les vocales de leur compatriote Eduardo Henriquez, l’autre moitié, plus parisienne, qui préfère s’exprimer uniquement par le corps, osant de grands mouvements libres et artistiques.

[Cliquez sur les photos d’Alexis Cangy pour les agrandir]

Le duo issu de l’ancien groupe post-punk Pánico fait monter le rythme tranquillement à coups de ting, scratch, clang, clac, brrrr, zzzzzt. Leurs deux faciès de caractère ne se lâchent pas du regard, construisant ensemble une conversation question-réponse, autant dans les tintements que par prises de parole, celles-ci parfois scandées en expressions mystérieuses. Leur musique a beau sembler froide et menaçante, la fosse se ressent comme brûlante, entre fête sombre et désinhibition, réceptacle des vibrations de la lourde boîte à rythme, des boucles de l’Electro Harmonix,  et des étincelles sonores que lance ce tandem extraordinaire.


[Nov Power]

Sur Follow You All The Way, les murmures de la française se rapprochent de ceux de Kazu Makino chez Blonde Redhead, avant qu’un rythme disco ne prenne possession vaudou de votre corps, et que les sonorités s’allègent avec tintements plus joyeux. 

Alors que nos corps tressautent sur ce tintamarre, le visuel expérimental n’est pas loin d’être hypnotique. On aime lorsque Caroline Chaspoul frotte en cercle sa pierre rugueuse. Quant au carillon géant, il semble répercuter son propre écho à l’envi. Certaines sonorités se révèlent complexes, vibrant comme une courbe à l’intérieur des métaux après choc, on s’étonne également de la multitude de procédés existants pour varier les ondes sur une simple feuille de tôle. Le concept néo-indus vous ambiance et au vu des applaudissements entre chaque morceau, le public est unanimement conquis par le Nov Power.

L’ultime titre dansant Kora Kora invite tout le public à frétiller. L’harmonie bruitiste est telle, que le bruit sourd d’un micro tombé malencontreusement (par faute de vibrations) fait corps avec la série de percussions du morceau sans déranger aucunement la performance. Le tapage nocturne passe de minéral à électronique; et si Blixa Bargeld cantonnait ses expérimentations à un auditoire connoisseur, Nova Materia démocratise aujourd’hui le vacarme percussif en techno à réverbe ravissante.
Du krautrock à la warehouse, nouvelle matière à clubber.


[Extrait de Speak in Tongues pour le teaser]

Je vous laisse, vais acheter un carillon pour ma maison.

Julie Lesage – 

 

Gagne 2 invit’ pour t’évader avec ART FEYNMAN

Pour le 13 novembre 2018 à l’ Olympic Café

On l’a découvert il y a peu avec son magnifique titre Shelter, entre poésie et profondeurs minimalistes, extrait de son EP Near Negative. Art Feynman nous a tout de suite charmé par son projet intimiste et quelque peu mystérieux, en dehors des tendances, aussi léger et délicat que la neige, mais riche de sonorités en tout genre.

C’est sous cette nouvelle identité que Luke Temple  de Here We Go Magic sortait un premier album Blast Off Through The Wicker au printemps sur Western Vinyl, sur lequel il associait des influences jazz, krautrock, afrobeat, psych-rock, électronique, un sacré pèle-mêle dans lequel l’artiste brise les frontières librement.

Si tu ne vois pas le bouton rouge pour réserver, désactive 1 minute ton adblock.


TENTE TA CHANCE pour gagner 2 invitations, en seulement 2 étapes:

1. Like notre page Facebook
2. Envoie nous un mail à contact@wisesound.fr en précisant l’objet ainsi que ton nom, ton prénom.

Plutôt simple, pas de questionnaire, pas de dessin à faire.
…et si en plus, tu partageais le concours via Facebook, Twitter ou autre, ce serait super sympa, nous permettant plus de visibilité, donc plus de partenariats et plus de places à faire gagner pour les prochains concerts! Les gagnants seront prévenus la veille par mail.

 

Gonzaï Night Octobre 2017 : entre chaud et froid

.

Pour sa première de l’automne à la Maroquinerie, Gonzaï nous a concocté une soirée à l’image de la météo : entre chaud et froid. Hasard du calendrier voyant approcher Halloween, ce fut l’occasion d’apprécier des artistes mi-anges mi-démons lors d’une grande messe à vrai dire plutôt païenne. Au menu : Casse Gueule, La Mverte, Matias Aguayo & the Desdemonas

CASSE GUEULE : pas tant que ça…

Avec un blase pareil, on se dit que ça risque d’être bancal, à défaut d’être bankable…
Et bien non et si un peu quand même, mais c’est comme ça que c’est bon. Seconde fois qu’on les voit en quelques mois et l’affaire semble bien rodée. Les synthés analo, posés dans la fosse entourés de néons, pilotés par deux savants fous, l’un en kilt un brin viking surexcité, l’autre en blouse scientifique, genre concentré, accompagnent cette grande bringue sérieusement déjantée qui fait office de chanteur.

Vêtu de son inénarrable combinaison bleu de travail, Jonn Toad, de son petit nom, sillonne les quatre coins de la fosse en chantant comme un ado en pleine mue vocale ses textes lucides sur notre condition d’humains ridicules (l’album s’appelle Dictature et mendicité, hein). Sans rien lâcher de son déhanché approximatif mais maîtrisé, Jonn vient régulièrement planter son regard dans celui d’une personne choisie au feeling ou au hasard, presque nez-à-nez (on y a eu droit aussi), comme pour être sûr que le message rentre bien dans le crâne, tandis que ses acolytes s’escriment au rythme de non pas une mais deux TR-707 (!). Tantôt pop-wave-80 tantôt EBM/indus, on s’amusera (oui on s’amuse beaucoup à un live de Casse Gueule) à reconnaître parfois l’adaptation musicale de quelques gloires du rock d’antan (Born to be wild des Steppenwolf – Né comme ça -, ou encore le Highway Star de Deep Purple – Quatrième voie -).
Bref, on pense un peu à du Début de Soirée cynique sous speed, et pour un  début de soirée, ça démarre plutôt bien.

LA MVERTE : la mort vous va si bien…

“- Tu fais quoi ce soir ?
 – Je vais voir La Mverte et d’autres groupes à la Maro…
– Ah ouais, La Muerte c’est le groupe belge gothic-blues des années 80, là ?
– Euh non, “là” c’est La Mverte avec un V.
– Avec un V ?!
– Laisse tomber, Viens, tu Verras bien…”
Cela fait un moment que nous le suivons, dans le sillage de son vaisseau-mère Her Majesty’s Ship. Après 2 EP impeccables (Through the circles et A game called Tarot) l’attente était grande d’entendre et voir jouer son premier album 
The Inner Out et disons-le tout net : dans les 2 cas, Alexandre Berly fait mouche ! A écouter les paroles des premiers titres du LP (qui aura bien usé le diamant de ma platine cette semaine), on pourrait se dire que ce dandy sombre à moustache est plutôt dans le questionnement romantico-existentiel (« Where am I, how to know, should I dive », « I Don’t know why I’m Still trying… »).

Et pourtant… Aux commandes de ses bécanes, on trouve un personnage plutôt sûr de sa proposition, sereinement habité par ses compos avec l’humilité qu’on lui connaît. Tant au chant qu’à la basse, La Mverte n’hésite pas à se mettre en avant pour nous partager son électronica façon italo disco maculée de Giallo bien sanglant (ah ces sons d’orgues, ces leads piquants et ces nappes au LFO inquiétant), sorte de croisement entre Bottin, DAF, Zombie Zombie et Carpenter (avec une pincée de Moroder – Rien ne se perd-) qui se seraient réunis pour faire de la musique de club. Se risquant parfois à un grand écart entre ses 2 stands de machines avec une aisance presque gracieuse, le garçon gère son set délicieusement sombre et sensuel de mains de maître (ce qui n’est pas sans rappeler un certain A. Rebotini) pour faire danser un public a priori déjà acquis, sinon conquis.


A noter : son compatriote de label et ami, Yan Wagner viendra enfoncer le clou là où ça fait du bien en venant chanter Crash course.

MATIAS AGUAYO & the Desdemonas : rites et chansons

Nous ne nous amuserons pas à retracer le parcours pour le moins intraçable de cet artiste protéiforme, Gonzaï le fait très bien ici…

On s’est en revanche un peu penché sur le cas de ce projet en écoutant l’album Sofarnopolis à plusieurs reprises et deux choses en sont ressorties : on a là affaire  à l’atmosphère particulièrement envoûtante, voire menaçante, mais aussi à quelques moments de creux où l’on aurait peur de sombrer dans l’ennui. Un sentiment mitigé donc, à vérifier en live.

Chemise chatoyante et keytar bricolée en bandoulière, Aguayo nous embarque dans son monde fantomatique, tissant une mythologie organique entre rêve halluciné et cauchemar complaisant, relativement éloigné de ce qu’il fait d’habitude, sachant qu’il n’a pas vraiment d’habitude. Soutenu par des Desdemonas bien enfiévrés, on voyage dans des méandres luxuriantes et moites, entre dub tribal, krautrock tropical et coldwave psyché langoureuse. A la tête de sa tribu perdue dans la jungle du temps, Matias se déhanche et chante comme une diva enchanteresse, faisant claquer des castagnettes sexy ou encore jouant de percussions synthétiques.
Au moment de Cold Fever, sorte de cold dub tout droit venu des catacombes,  de Nervous, en mode rumba Brechtienne extravagante ou du très tribal Boogie Drums, on est clairement sous le charme. La formation aura donc choisi les morceaux les plus entraînants du répertoire et c’est bienvenu (même si un morceau n’a clairement pas retenu notre attention). Et on se prend à regretter de ne pas avoir assisté à ça avec des prods pour être totalement dans le trip, tout en se disant que cette musique EST le prod (McLuhan, sors de ce corps) et qu’on est ravi de s’être immergé au sein de cette procession dont la bande son ressemble à un lointain écho de nos musiques post quelque chose de 1977 à 2017.

Encore une fois, la programmation de l’équipe Gonzaï, ne laissant personne indifférent.e ni indemne, nous aura fait voyager parmi des paysages musicaux hors des radars habituels, et c’est bien le moins que l’on pouvait en attendre en ce premier jour de vacances de Toussaint…

Textes et photos : Alexis Cangy
Remerciements : Gonzaï

Gonzaï Night : Allo l’éther ?

Pour sa première de l’année, Gonzaï nous a emmenés d’emblée en vacances d’hiver avec sa thématique cosmo-alpestre, entre godilles, schuss et ascensions vertigineuses, façon hors piste…

Hyperculte : hyperbien !

Il est des groupes dont on attend beaucoup en live tant leur musique semble taillée pour la scène et tellement rares les chances de les voir passer nous obligent à rester vigilants pour ne pas les rater. On espérait vaguement voir le duo helvète débouler à poils, autrement dit en fourrures intégrales, comme sur la pochette de leur LP survitaminé écouté presque en boucle ces derniers temps. Si la déception est mince de les voir accoutrés comme tout le monde, le plaisir de les écouter est grand.
Formation minimale s’il en est, Vincent  Bertholet à la Contrebasse + effets et Simone Aubert à la batterie kraut chauffent la Maro à l’aise pendant une petite heure en enfilant les perles de leur opus. Sur fond d’ambiances dronesques et noise, les deux acolytes balancent leurs textes espiègles, poétiques ou prophétiques (“Choléra”), nous invitant tantôt à une révolte festive, tantôt à une fin du monde hallucinée (“j’ai envie d’y foutre le feu”), ou encore à l’aube désinvolte d’une nouvelle ère, au choix. La batterie martèle ses rythmiques post-punk-mötörik (“Ca galope ça galope ça galope…”) non dénuées d’une certaine finesse (triplettes enlevées sur le charley), tandis que l’imposante contrebasse cale ses lignes pour se répéter à l’envi et nous mener vers la transe, c’est trippant.
Cette musique a quelque chose d’évident, de fluide et de sincère, le côté répétitif se faisant bousculer par les textes tirées au couteaux, aiguisant d’autant nos sens.
“Je n’veux pas me résigner” – nous non plus. A hyper-bientôt alors…

Turzi Electronique Experience : voyage voyage…

Baignant dans les expérimentations synthétiques depuis un bon moment, un certain nombre d’EP, remixes et LP au compteur, le versaillais est venu rendre hommage à la tête d’affiche, en toute humilité. Voyons donc ce que propose ladite expérience.
Ténébreux en veste militaire de l’ère communiste, Turzi s’installe négligemment mais consciencieusement au centre de son cockpit instrumental. Guitare en bandoulière, notre capitaine d’un soir déploie une longue nappe sonore visant à nous faire quitter la pesanteur terrestre : attention décollage.
Une fois sorti de la stratosphère, notre course aux étoiles prend rapidement sa vitesse de croisière avec une électro analogique et modulaire, qui n’est pas sans rappeler la kosmische musik germanique et la frange française de ces sonorités spatiales (R. Pinhas/Heldon ou les dernières compilations Cosmic Machine notamment).
Après avoir barroudé un petit moment dans ce mode un peu convenu, on rencontre une zone de turbulence, la Tr-808 martiale nous chahute et la reverbe touffue nous rappelle paradoxalement la menace du vide intersidéral.
Aux commandes de sa console, Turzi tient bon et reprend le cap. Notre voyage galactique reprend son cours et l’on se sent installé durablement dans un long morceau voué à s’étirer dans le temps tout en tentant d’abolir celui-ci. Il n’y aura aucune interruption. Et pour cause, de son propre aveu, il s’agit d’une totale improvisation (d’où les gestes et enchaînements parfois un peu hésitants).
Puis très vite on se retrouve à frôler un trou noir ou un trou de ver, on ne sait pas encore, le suspens est total, un synthé grave et rugueux renforçant l’impression de plongée dans l’inconnue. Notre guide fonce alors tête baissée pour le traverser, c’est une fuite en avant en mode techno sombre et organique, comme un tesseract réduit à  sa plus simple dimension, ouvrant néanmoins la voie à de nombreux possibles…
Ouf, on en sort toutefois indemne, on aperçoit la lumière au bout du tunnel. La dernière tirade synthétique commence comme un générique de fin de film SF 80’s de série B, puis le son s’étoffe, toutes machines et guitare dehors pour un final incandescent. On arrive à destination de cette longue quête intergalactique… mais où exactement, nul ne le sait, le passage spatio-temporel est resté ouvert…

Alpes, vers l’infini et l’au-delàààà…

C’est d’abord l’histoire d’une rencontre, celle d’un musicien-inventeur, Patrice Moullet, et de sa muse, Catherine Ribeiro, grande brune poétesse et chanteuse engagée. Les deux amants-artistes seront à l’origine d’un free rock expérimental prog psyché à textes qui aura discrètement marqué toute une génération d’esprits libres et libertaires. Pour l’histoire complète, voir l’article détaillé qui leur a été consacré par Gonzaï. Quoiqu’il en soit, finalement Catherine tombe à l’eau (façon de parler), qui reste-t-il sur le bateau ? Patrice L’homme-machines. En effet, créateur des “Omni” (Objets musicaux non identifiés), ce dernier poursuit le projet seul, et s’illustre dans différents domaines, installations sonores, projets d’aide aux handicapés plus récemment, etc. Mais revenons à nos moullets… euh à nos moutons.
C’est un autre périple auquel nous convie donc Alpes ce soir, avec ses machines bizarroïdes qui nous intriguent depuis le début installées en fond de scène, et ses deux acolytes du moment (Odile Heimburger, soprane et violoniste, et Alice Pennacchioni, pianiste de formation, qui sera ici  aux commandes du Percuphone). Coiffé de son bonnet, le monsieur tire les cordes de son Stretch pour nous plonger dans une tempête solaire, tel un dieu tisserand (tyran ?), ouvrier manipulant son outil avec application, artisan d’un outre-monde sonore. On se sent par moments comme dans la Horde du contrevent de Damasio.

Au morceau suivant, nous découvrons le Percuphone, sorte de hang/multipad en forme de soucoupe multicolore. Mêlant samples synthétiques, d’instruments classiques ou acoustiques, ou courts échantillons, violon et chant live, les deux jeunes femmes se répondent et virevoltent, façonnant ainsi progressivement un langage littéralement inouï.
Les tableaux alterneront ainsi tout au long de la soirée, le monsieur maniant son soleil d’argent pour produire des drones tantôt méditatifs tantôt techno-furax, ou encore jouant d’une sorte de « trancheuse à jambon » (désolé pour l’analogie) qui s’avère être un clavier avec seulement quelques touches ; ces dames célébrant sans vergogne des rites païens exotiques et protéiformes.


Improvisation ou non, certaines pièces sont un peu hermétiques il faut l’avouer, pas loin d’une avant-garde oecuménique et utopique, à la fois contemporaine, à la fois organique et foisonnante, voire anarchique. 
Plutôt que les Alpes, nous nous retrouvons donc à grimper l’Himalaya ou l’Everest, tellement les influences se devinent provenir de partout dans le monde et au-delà, étant donné l’esperanto musical proposé. Et comme il se doit l’ascension est tout à la fois galvanisante et éprouvante. A la sortie, on aura besoin de reprendre son souffle.

Ce soir-là, à n’en pas douter, nous avons gravi des sommets, souvent jusqu’aux étoiles. Et même si nous n’avons pas tout apprécié (à sa juste valeur s’entend, tant l’atmosphère était riche et saturée pour nos oreilles peu acoutumées aux contrées visitées), une chose est sûre, ces cîmes-là n’étaient pas de ce monde et nous ont fait nous sentir bien petits…
Merci Gonzaï pour cette première ascension sans concession.

– Alexis Cangy –

[Photos : Alexis Cangy]