interview

Programmateur des Trans : le job rêvé

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Les Rencontres Transmusicales de Rennes viennent de commencer. On a donc appelé le bureau des Trans, afin que Mathieu Gervais, assistant programmation de Jean-Louis Brossard, nous mette dans le bain avant de prendre le train direction la ville de la galette saucisse.

Ca va, pas trop dans le rush?
Oh tu sais, c’est la dernière semaine, on est zen. On commence demain avec la création d’ Aloïse Sauvage à l’Aire Libre. [Révélée au public dans 120 battements par minute] Et on enchaîne dès mercredi à l’Ubu, pour mon anniversaire.
Tu vas donc passer une belle semaine !
Oui,  au calme.
Tu vas dormir combien d’heure par nuit ce week-end ?
3-4 heures, ca va être juste.

**Voir directement les 5 coups de coeur de Mathieu pour les Trans 2018

LE JOB

Racontes moi le début de ton aventure, comment as-tu intégré l’équipe des Transmusicales ?
J’ai rencontré Jean-Louis Brossard alors que j’étais manager et booker d’artistes. Je m’occupais de The Wankin’ Noodles, des Popopopops, avec qui on est parti sur une session des Trans Export en Russie, et là-bas avec Jean-Louis, on s’est découvert des goûts en commun, sur la musique, sur le jazz mais pas que, sur la cuisine, et la fête aussi. Et puis un jour après avoir travaillé dans une agence de booking, j’ai téléphoné à Jean-Louis pour lui demander si il avait eu vent de postes à pourvoir dans la production ou la programmation et il m’a répondu : « Bah tu tombes bien ! Mon assistant vient de m’annoncer qu’il quittait la boite, on se voit cet aprem, tu viens bosser. » Je travaille depuis sur la programmation des Trans et de l’Ubu [salle de concert rennaise], en binôme avec le directeur, je suis présent à la fois au bureau et à la salle pour chaque concert, et on se déplace également ensemble pour aller voir ce qui se passe ailleurs en local, en national, ou a l’étranger.

Le festival bat son plein cette semaine, mais c’est aussi le métier d’une année de préparation. Par exemple, que se passe-t-il dès janvier dans le bureau des Trans ?
On attaque très rapidement mi-janvier par une visite à l’Eurosonic, gros festival de showcases à Groningen. Déjà ca prend bien une semaine d’écouter les 350 groupes en amont et préparer notre programme de visites, le 7 janvier faut qu’on soit la tête dans les écoutes. En fait une fois l’édition des 40 ans terminées, on sera déjà en train de penser à la suivante. Et puis évidemment il y a aussi la programmation de l’Ubu qu’il faut continuer tout au long de l’année.

Comment découvrez-vous ces groupes qui viennent de très loin comme les Dizzy Brains qui n’avaient jamais décollé de Madagascar avant 2016 ?
On travaille pas mal avec des agents, eux se déplacent beaucoup pour récupérer des groupes d’ailleurs et nous envoient des propositions ensuite. On est également à l’écoute de toute suggestion, que ça vienne de quelqu’un dans le public qui nous file un disque, ou d’un ami journaliste. Pour les Dizzy Brains, c’est un pote de JLB qui travaillait à Madagascar qui nous a envoyé le son. Jean-Louis a le final cut, et moi j’essaie de lui ramener un maximum de belles découvertes. Et à deux, on n’est pas de trop car il y a une espèce de facilité de production aujourd’hui qui nous submerge: quelqu’un peut très bien s’enregistrer chez soi, te faire un MP3 et te l’envoyer par mail, on écoute tout parce qu’on ne veut rien laisser au hasard.

Est-ce qu’il t’es déjà arrivé d’avoir un live merdique qui ne correspond pas du tout au son que tu avais écouté à l’avance ?
Il m’est arrivé une fois de me rendre compte que la formation avait changé et les morceaux avaient été adaptés au départ de musiciens, mais un truc bon en studio qui devient une daube sur scène, non et on y fait super attention. On demande toujours une vidéo d’un live. On les brief aussi lors de la rencontre, car pour des petits groupes qui n’ont jamais joué devant plus de 100 personnes, jouer dans un hall de 4000 personnes ne demande pas la même performance.

Quels sont les 3 impératifs pour etre programmé aux Trans ?

  1. Que ce soit un coup de coeur
  2. Que les musiciens soient talentueux
  3. Que ce soit novateur

Et tu parlais des Trans Export en Russie ? quesako ?
Oui Les Trans s’exportent, irrégulièrement. Il a eu Les Trans également en Chine en 2005, c’était le premier festival de cette ampleur en Chine, ainsi que Les Trans en République Tchèque, Ca ne s’organise pas chaque année, pour la prochaine, on est encore en réflexion.

LE CASQUE VISSÉ SUR LES OREILLES

Le festival fétiche que tu ne manqueras jamais
The Great Escape à Brighton, c’est un festival dont on ramène chaque année quelques artistes. C’est vraiment un événement international, contrairement à l’Eurosonic qui est plus centré sur l’Europe. Tu peux avoir des groupes d’Amérique du Sud, d’Asie, de partout. Il y a énormement de choses donc il faut bien écouter en amont, bien se préparer, et une fois là-bas c’est 5 jours de course totale entre les salles. Sous le vent et la pluie en général. (rires)

Ta plus grosse claque 2017 ?
Y’en a trop ! Confidence Man était une grosse claque, Too Many T’s la réponse anglaise aux Beastie Boys, Moon Hooch les américains étaient assez hallucinant, Zeal & Ardor les suisses qui font du blues métal, ouais on s’est pris quand même beaucoup de claques l’année dernière !

Un groupe étranger avec qui tu es devenu ami ?
Je revois souvent Puts Marie dont j’aime beaucoup le chanteur avec qui je m’entends bien, je les ai revus au Canada, en Suisse , et le chanteur est d’ailleurs revenu l’année derniere avec un autre projet : Mister Milano. Après c’est compliqué de garder vraiment ce type de relation car on est toujours en mouvement, mais on est toujours super content de revoir les groupes.

T’es-t-il déjà arrivé de te mordre les doigts car tu as voulu programmer un groupe qui n’a pas été retenu au final, et qui a fait un carton par la suite ?
Ca peut des fois (rires), mais je peux aussi retenter l’année d’après, quand le projet est un peu plus mûr. Comme Nova Materia cette année: on en avait déjà parlé l’année dernière. [En concert à Paris la semaine prochaine, nous on y sera ;)] Mais de grands regrets non jamais, on arrive toujours à trouver un moyen d’une année sur l’autre. Après si on a pas mis le doigt sur quelque chose qui a explosé, c’est peut-être aussi que niveau artistique ça nous plaisait pas plus que çà…

Dans le documentaire Ce qui se joue la nuit de Damien Stein , Jean-Louis conduit et dit : « le jour où je vais décider d’arrêter, je lui laisserai les mains libres » en parlant de toi. Alors vocation à vie, tu es prêt ?
Plus que jamais! Après ce sera pas forcément la même chose, ca me ressemblera plus, avec peut etre d’autres styles de groupes qui m’auront chatouillé les oreilles, mais bien evidemment ouais à 100%.

40 BOUGIES CE WEEK-END POUR LE FESTIVAL

Les Trans atteignent la maturité cette année, comment se traduit cet anniversaire ?
On s’est fait plaisir sur la programmation, j’espère que ca va bien se transmettre. On a augmenté le budget artistique cette année: on s’est permis d’inviter des groupes avec de nombreux musiciens et qui viennent de loin. C’est tout de suite pas le même budget quand tu rajoute 6 billets d’avion pour un groupe… On a même un groupe rennais de 17 bretons : Nâtah Big Band. Pas de feu d’artifice de prévu mais des surprises, comme peut-être des featuring inattendus…[Samedi Hall 8 22h]

Un seul mot qui qualifierait le mieux Les Transmusicales par rapport à tous les autres festivals de France ?
Nouveauté

C’est sans doute le festival le plus éclectique, vous dites aimer tous les genres de musique. C’est possible ca ?
Ouais bien sûr, y’a du bon dans tous les styles. Ces derniers temps on a trouvé beaucoup de choses intéressantes dans les pays africains et asiatiques, après la scène locale est toujours foisonnante que ce soit en rock ou pop, et puis il y a les nouveautés hybrides, qui vont mêler plusieurs genres. Par exemple cette année, on accueille The Naghash Ensemble, avec trois chanteuses lyriques qui reprennent des musiques traditionnelles arméniennes. On veut surtout proposer des talents particuliers, sans aucun barrière sur le style. [Vendredi 23h30 Hall 8]

Tes 5 groupes préférés de ce week-end ?
Impossible ! Ce ne sont que des groupes préférés !

Je dirais Disiz La Peste avec ce nouvel album qui est vraiment une bombe absolue, un album très électronique, qui ose. On n’est pas sur un truc de rap commun c’est beau, puissant et très introspectif. Pour moi, c’est l’album de sa carrière. [Jeudi 22h30 Hall 3]

Il y a Les Louanges que j’adore qui est un jeune groupe québécois. Ca chante en anglais, en francais, je trouve que leurs chansons sont magnifiques, ça groove, avec des synthés bien posés, la voix est chouette, y’a un vrai truc. [Tous les soirs à l’Aire Libre]

Il y a également Saodaj que j’aime beaucoup, qui nous vient de La Réunion: un groupe maloya avec d’autres influences, c’est assez percussif, avec deux voix sublimes. [Samedi à l’Etage / Gratuit]

Ensuite Vurro, et homme-orchestre qui dans le piano boogie avec un crâne sur la tete, et qui joue les cymbales avec ses cornes, c’est assez magique a voir, c’est completement fou ! [Vendredi à 22h45 Hall 3]

…et en rock The Surrenders que j’ai vu d’ailleurs au Great Escape et là on a un chanteur super charismatique, de purs musiciens, c’est rock & blues, ça peut te rappeler des mecs comme Kravitz dans l’énergie, il a d’ailleurs une voix de malade, [Vendredi Hall 3 02h45]
mais dire que ce sont mes 5 préférés je ne peux pas  !

Merci Mathieu pour ton précieux temps, je monte dans le train et j’arrive.
– Julie Lesage –

[Photo en une: extraite du documentaire de Damien Stein,
Portrait noir et blanc : ©Ben Pi]

Mordus de cuivres, par une MEUTE allemande / Interview

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Elle fait un tabac à chacune de ses manifestations, réconcilient les âges et invite joyeusement à la fête. Meute est une fanfare allemande pas comme les autres, elle déambule dans les rues, aux festivals, mais aussi dans certains clubs de nuit, comme on a pu déjà la voir programmée aux Transmusicales à 4h du matin ou encore à La Clairière.
C’est que les 11 musiciens ont choisi un répertoire bien particulier: ils reprennent des morceaux techno, de Âme à Laurent Garnier, avec une formation de 2 trompettistes, 3 percussionnistes (1 grosse caisse et 2 caisses claires), 3 saxophonistes (1 saxophone basse, 1 saxophone baryton, 1 saxophone ténor), 1 marimba, 1 sousaphone, 1 trombone.

Ces gars sont en représentation permanente, dans les rues comme dans les salles, avec leurs beaux costumes rouges à la Spirou. On a tout de même réussi à chopper Philip, Sebastian et Thomas pendant leur marche sur Solidays.

Comment s’est fait le casting de cette fanfare ?
T: On est une bande d’amis en fait avant d’être un groupe de musique. On n’a pas passé d’annonce, ca s’est fait naturellement, par les connections. On se connaît depuis l’adolescence, par les études de musique à Hambourg, ou par différents projets précédents.

Le march band a-t-il un leader à sa tête ?
P: Oui c’est Thomas. C’est lui qui a eu l’idée du projet initial.
T: Tout le monde est assez libre en fait, chacun fait ce qu’il veut sur scène à partir du moment où il suit la musique.

Vraiment? On a pourtant l’impression que votre set est presque chorégraphié.
S: Oui c’est l’impression qu’a le public. Mais ca s’est plutôt développé au fur et à mesure des gigs, selon qui joue quelle partie avec qui. On en a parlé bien sûr car il faut prendre en compte la différence entre la rue et la scène, mais c’est loin d’être chronométré comme les fanfares américaines. On doit aussi faire attention sur les quais de métro bondés par exemple,  on se déplace verticalement: souvent les 2 deux les plus aigus devant, et les basses sur le côté.

[Découverte de MEUTE aux Transmusicales de Rennes. ©Nicolas Joubard]

Vous étiez aux Transmusicales il y a 2 ans, le festival rennais est connu comme le marché des programmateurs. Est-ce que ca a été un tremplin pour vous?
S: C’était notre première fois en France, et depuis on ne fait que revenir pour de nouvelles dates. A Paris, nous avons joué à La Clairière par exemple, c’était chouette.
T : Et à La Machine du Moulin Rouge, c’était dément, vraiment fou.
P: Oui j’y retournerai bien!
S: Et on joue dans beaucoup de régions différentes aussi pour les festivals.

Comment choisissez-vous les morceaux technos que vous allez travailler: par vote à main levée, ou vous travaillez tout et ne prenez que les meilleures, …?
S: Thomas a un don unique pour reconnaître un morceau qui va donner quelque chose en fanfare, une proposition viendra de temps à autres d’un autre membre, ou alors on écoute ensemble de l’électro…
T: Occasionnellement (rire)
S: Comme hier soir par exemple (rires)

Y a-t-il une règle obligatoire côté technique pour qu’un track soit jouable, comme le fait d’avoir assez de pistes différentes pour être joué par les 11 membres, par exemple, ou ne pas être trop répétitif?
P: Tout le monde ne joue pas tout le temps, ce qui nous donne une chance pour construire des ruptures et engager une certaine dynamique pour élever le morceau au niveau d’énergie supérieur.
S: Lorsque le morceau est vraiment succin, on peut aussi jouer en choeur, ce qui n’est pas plus mal car certains instruments sont monophones. S’il est répétitif, on peut le commencer bas puis jouer de plus en plus fort.

Donc vous expirez fortement dans vos trompettes toute la journée dans les rues tout en dansant, puis remettez le couvert la nuit tard dans les festivals et clubs sur des spectacles hyper dynamiques.
Une vie saine s’impose-t-elle pour avoir assez de souffle ?

S: Oh oui. On a un programme de fitness spécial!
T: (rires) On court tous les jours !
P: ahah, honnêtement c’est vrai qu’on fait toujours la fête, on donne beaucoup sur scène…
S: Y’a des parties ? Mais j’ai jamais été invité ??
P: …mais des fois on fait attention. Il nous arrive de considérer jouer dans les rues et finalement on se rétracte pour garder notre énergie et mieux jouer le soir, surtout quand on a plusieurs soirées de suite en été, la saison des festivals. On n’a pas encore joué dans les rues de Paris par exemple.

J’imagine que vous jouez également plus en été qu’en hiver dans les rues, difficile avec des mains gelées non?
P: On a joué à Bruxelles une fois il faisait sérieusement froid. Mais ce n’est pas bon pour les instruments de subir le froid, ni la pluie d’ailleurs, et ce n’est pas fun non plus.
T: Mais parfois c’est le contraire, on avait rien prévu, sans sound system rien, et on se met à jouer là où on ne nous attendait pas, pour un pur moment.

Alors justement, ca vous est déjà arrivé de causer des problèmes de traffic qui demande intervention de la police ?
T: ahah oui ça nous est arrivé à Francfort et Hambourg aussi! A Francfort, le mouvement a bloqué le tram mais ca n’avait pas l’air de les déranger, personne ne se plaignait, c’était cool.


[Quand Laurent Garnier monte sur la scène à la 51e minute
pour The Man with the Red Face. 💞]

La réaction la plus folle dans les lieux publics?
S : Celle des enfants! Ils vivent la musique de manière intense. C’est comme une transe. On aime quand les familles stoppent leur promenade pour danser avec nous.
T: Oh ! et au Texas, durant le SXSW festival, dans les rues d’Austin: on n’aurait pas pu choisir de meilleur public spontané! C’était comme une ambiance de concert filmé avec un casting de public, ils étaient vraiment à fond.

11 personnes « on tour », vous louez une villa en AirBNB ou chacun a sa chambre à l’hôtel?
S: On est même plus que çà en tout: on se déplace à 16. Mais on dort dans notre énorme bus.
T: Mais on apprécie beaucoup quand on dort à l’hôtel ! On a pris un airBNB à Lisbonne l’année dernière. Avec toutes nos dates en France, c’est vrai qu’on pourrait en prendre une, limite avec piscine pour l’année prochaine.

Tiens, en parlant de maison et piscine, il y en avait une pour le backstage des artistes au festival Yeah! [C’est là que j’ai interviewé BRNS, en maillot de bain] Vous avez eu la chance de pouvoir y jouer avec l’auteur d’une de vos reprises, Môsieur Laurent Garnier. Avez-vous souvent des connections avec les producteurs originaux ?
T: Oui, on en a rencontré pas mal. On a aussi partagé la scène avec Stephan Bodzin, on a rencontré N’To qui joue aussi ce soir à Solidays pour les 5 ans d’Hungry Music, peut-etre qu’on le retrouvera après. On a également joué au micro-festival de Âme, Lost in a Moment, un peu le même concept qu’au Yeah!
S: On a aussi revu Laurent Garnier. On était pas loin de Paris, il nous a invité au 30 ans du Rex.

Ca donne envie d’y aller non?
Voici leurs prochaines dates:

L’image contient peut-être : une personne ou plus et texte

– Julie Lesage –

Tombée entre les griffes de l’homme-tigre / Interview The Legendary Tigerman

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Entre un concert au Point Ephémère, un RDV chez France Inter et un showcase chez Walrus, Paulo Furtado aka The Legendary Tigerman profite de la vue sur le Sacré-Coeur depuis sa chambre à Pigalle. Pour une fois, il reste 4 nuits sur Paris, l’occasion de me pointer.

C’est donc l’histoire de Misfit, un homme qui prend la route du désert, avec pour dessein pas de disparaître, mais de devenir …rien, nuance qui pourrait ouvrir un débat philosophique.

Tu nous reviens du désert de Mojave avec une oeuvre complexe proposant un album « Misfit » de 15 tracks et son film genèse en DVD: « How to Become Nothing ». Tu as toujours associé l’image à la musique, quel a été ton process ?
Pour Misfit, je voulais être inspiré par quelque chose d’extérieur,  j’aime travailler le film car le visuel permet d’écrire spontanément.
Ce projet est basé sur deux pensées : la lecture du livre quelque peu comique How to disappear completely and never be found de Doug Richmond, et le constat de ce monde de l’information digitale d’aujourd’hui, qui ne nous laisse plus réellement le temps d’approfondir les choses. Ah, et la troisième inspiration devait venir sur la route 66.

Au niveau de l’organisation, le planning que je me suis fixé était d’écrire dans le (faux) journal intime du personnage Misfit tous les matins vers 6h, ensuite nous partions filmer la journée avec une douzaine de caméra Super 8 et des films 35mm dans la Vallée de la Mort, et le soir de retour au motel, j’écrivais la musique.

Es-tu un Misfit [un cassos]?
Ouaip, au début je me sentais un peu outsider, pas vraiment focus sur le monde qui m’entourait. Mais j’ai appris ensuite que c’était OK de ne pas rentrer dans le moule. Par exemple, beaucoup d’artistes travaillent dans le direct en lachant des mp3 en ligne. Moi j’ai besoin de densité: de me plonger à la fois dans le film, la photographie, les textes pour former un tout cohérent… Il faut accepter d’être un misfit si tu veux atteindre tes objectifs, artistiquement j’entends.

En 1997, après la tournée éreintante de Radiohead pour OK Computer, Thom Yorke écrit la chanson How to disappear completely. As-tu déjà ressenti ce besoin de repli après une période de nombreux concerts et promo ?
Bien sûr. N’as-tu jamais envie de disparaître ?
Quand tu joues dans un groupe tu es toujours très exposé, et parfois tu aimerais juste Etre, c’est tout. Et oui, pour répondre à ta prochaine question, cela rejoint ce que j’ai fait, je ne voulais pas écrire un album ou une histoire, mais juste m’évader et sentir comment les choses venaient à moi. Misfit a été écrit sur la route, inspiré par ce qui se passait au jour le jour. Exit la zone de confort. Parfois sans regarder mon smartphone pendant 20h, j’absorbais juste l’environnement et c’était « amazing ».


[Showcase bien sympa au Walrus dans le 18e : Black Hole]

L’homme-tigre n’est plus un one-man-band ?
Dans la création si. Mais sincèrement c’est crevant sur scène le one-man-band, ça devient vite plus technique qu’artistique, c’est lourd. C’est beaucoup plus amusant de jouer en question réponse avec le saxophoniste João Cabrita ou chanter en choeurs avec Paulo Segadães. On s’est bien trouvé entre nous.

Tu as enregistré au légendaire Rancho de la Luna à Joshua Tree, le studio de Dave Catching, guitariste de Eagles of Death Metal et Queens of the Stone Age. Qu’est-ce que Dave vous a apporté?
Dave Catching
était comme le bon esprit du ranch. Il n’a pas vraiment influencé notre musique ou notre technique. Il a joué de la guitare sur A girl called home et Far as Stars, il nous cuisinait des plats mexicains pour le diner, accompagnés de vin rouge, bière et Tequila. Sur son frigo y’avait des mots de stars, telles le dieu de la guitare Link Wray, ou Willie Nelson, leur légende de la country. On a surtout découvert des instruments là-bas, comme un vieux clavier Krumar Orchestrator, qui s’est révélé fondamental pour donner une dimension épique et étrange.

C’est marrant un jour, Dave m’a demandé comment définir ma musique, pour moi c’était clair c’était du rock’n’roll. C’était sans doute confus pour lui, ce rock moderne avec des instruments blues plutôt vintage. C’est peut-être comme si moi, je croisais un japonais qui enregistrerait un album de fado à Lisbonne…

Tu as donc affronté la chaleur torride et cruelle de la Californie, était-ce difficile mais nécessaire ?
Je n’aurais jamais écrit Red Sun sans cette expérience. Je transpirais dans le désert des eaux salées, la chaleur était délirante, et cet air trottait dans ma tête jusqu’à ce que j’atteigne la voiture.

Qu’écoutes-tu en ce moment, en pleine tournée ?
J’ai amené quelques disques. Il y a cette portuguaise vivant à Londres: Bernardo, une très belle voix soul sur des accords de fado qui flirtent avec le jazz, …et le tout nouvel album du Black Rebel Motorcycle Club.

Merci Paulo, on se retrouve le 28 Mai au Café de la Danse !
– Julie Lesage – 

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Une belle offre de Paolo:
2 CD + 1 DVD, Pour 18€
Ca c’est du travail complet !


Interview Mini Mansions

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Mini Mansions a joué son nouvel album cet été à Rock en Seine et revient en haut de l’affiche pour une soirée au Divan. Le trio psyché pop de vieux amis Angelins (c’est comme çà qu’on appelle les habitants de L.A.) est composé de Zach Dawes (basse, batterie, guitare), Tyler Parkford (chant, piano, synthé, guitare) et Michael Shuman qui n’est autre que le bassiste de Queens of The Stone Age ! Ce dernier détail suffit pour vouloir les rencontrer.

Mini Mansions bonjour, vous avez sorti votre 3e album The Great Pretenders en mars dernier, vous considérez vous comme de grands comédiens? Pourquoi ce titre?
Tyler: Même si on était des simulateurs, on ne te le dirait pas. Mais ce que je peux te dire c’est que le titre fait écho aux paroles de la chanson Ordinary Man, et qu’il correspond bien à la construction de l’album, car celui-ci raconte l’histoire des plusieurs personnages, indépendants les uns des autres.

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Ce nouvel album se révèle un peu plus fun que les précédents, mêlant les nuances psychédéliques de la pop 70 avec la brit’pop 90. Auriez vous une petite nostalgie des années 60-70?
Tyler: Oui je pense qu’on l’a tous. On n’ a pas grandi avec les punks 70s, mais cette nostalgie est apparue lorsque les enfants des années 90 ont commencé à écouter la musique des années 70 avec des perspectives différentes. Et en effet, notre album en est inspiré consciemment mais sans que cela devienne rituel. La production est différente et apporte sa touche de modernisme, on ne veut pas totalement copier l’époque non plus.

Il y a une petite exception avec le ton d’Any Emotions, la mélodie nous enveloppe comme un petit cocon protecteur bonne humeur alors que les paroles ne sont pas des plus gaies. Qu’en est-il de ces paroles?
Michael: Au départ, cette chanson devait parler d’enfants atteints du syndrome d’Asperger, qui ne ressentent pas les émotions. Je me suis rendu compte au fur et à mesure de l’écriture que cette chanson devenait de plus en plus personnelle. En fait, quand on a commencé l’album, j’étais dans une période sombre, en pleine rupture. Le sens des paroles décrivait également ce que je ressentais. C’est sans doute l’album le plus personnel que j’ai jamais fait finalement.

Michael, comment gères-tu entre Queens Of The Stone Age et MINI mansions, comment Mini Mansions s’est créé alors que tu étais déjà occupé avec QOTSA?
Je venais juste de finir la tournée avec les Queens, on était tous en break et avec Tyl’ on a décidé de travailler toutes ces démos qui n’étaient jamais sorties de nos chambres. En fait ce qui prend du temps c’est la tournée d’un nouvel album comme avec les Queens auquel il faut y dédier une année entière. Mais lorsqu’on voit les potes, on se met toujours à jouer ensemble, ca vient naturellement.

Et les autres, travaillez-vous également sur d’autres projets?
Tyler: Pas vraiment, ah si je fais un peu de compo lounge sous le nom de Mister Goodnite.

Choisissez l’un de vos morceaux et racontez m’en une histoire.
Michael: Un truc inhabituel sur Creeps, qui représente bien la magie de la séquence de prod’: J’étais en train d’enregistrer la guitare pour ce morceau, d’essayer maintes fois de trouver le bon son et notre ingénieur s’est soudainement mis à crier sur cette guitare car il n’en pouvait plus de frustration. Voici l’explication de la première chose que vous entendez sur Creeps: ce cri est stupide, ne veut rien dire et c’est pourtant devenu un élément essentiel de la chanson, c’est épatant!

3 artistes que vous affectionnez particulièrement?
Michael: Benjamin Hugues est une grande source d’inspiration pour nous.
Tyler: Sparks, on étaient avec eux il y a quelques jours, ils sont adorables.
Michael: Je pense qu’on crée une musique spécifique, mais un qui le fait à grande échelle c’est Tame Impala. On a tourné avec eux, ils nous inspirent beaucoup. Parce qu’ils l’ont fait! Ils ont démocratisé la psych-pop et maintenant beaucoup de gens en écoute.

Mini Mansions sera en concert le 30 novembre au Divan du Monde, si vous aussi vous avez appris a apprécier la psych-pop ne les ratez pas !

J.L.

Interview MAESTRO

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Encore un énième projet du génial Mark Kerr. Après avoir chanté pour Bot’Ox, il met de côté ses talents de batteur de Discodéine et revêt la peau de chanteur pour un groupe parisien un peu barré mêlant disco et synth-pop: MAESTRO. Tout d’abord éberluée/excitée par l’écoute album, je découvre au pavillon Ile De France de Rock en Seine que c’est en live que MAESTRO rime avec trio et brio. Le groupe était également au programme des chouettes découvertes du MAMA festival à Pigalle.
Retour sur les beaux jours lorsque je tapais la causette à Mark Kerr, Frédéric Soulard et Antoine Boistelle, simplement assis à la cool sur la pelouse:

Vous venez de jouer, c’était super, on a bien dansé! Et vous comment l’avez vous ressenti?
Mark et son adorable accent écossais: Merci! C’était sympa: combien de fois on a joué en journée?
Frédéric et ses beaux yeux bleus: On a vraiment kiffé, finalement y’avait beaucoup de monde pour cette petite scène. D’habitude, on connait la moitié de la salle, que ce soit des potes ou des gens du même circuit que nous. Ici, c’est agréable de jouer pour des gens qui sont venus danser ou écouter des sons inconnus. Ils nous ont donné de l’énergie, parce qu’on en avait besoin , on était un peu fatigué de la date de la veille (rires de Mark), à Genève.

Mark Kerr, on te connait pour le jeu de batterie des Rita Mitsouko et de Discodéine. Et puis tu as commencé à chanter, notamment pour Bot’Ox, un de mes premiers interviews, où Benjamin (Cosmo Vitelli) te décrivait comme hyper créatif. Est-ce le résultat de Bot’Ox qui t’as donné envie de monter ton propre groupe où tu laisserais la batterie pour le chant ?
Mark: Disons que passer au chant m’a aidé à être moins timide, moins caché derrière la batterie. J’avais déjà des démos mais personnelles.
Fred: En fait, tous les gens qui connaissaient ces démos avec voix essayaient de convaincre Mark « vas-y on essaie de faire des trucs », Benjamin le premier. C’était euh…nécessaire. (sourire)

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Vous venez de sortir un album intitulé Mountains of Madness chez Tigersushi Records, qui porte plutôt bien son nom. Même sa couverture porte un visuel malade. Vous êtes un peu partis dans tous les sens sur cet album !
Fred: Oui c’était lié à la nature du projet. On est assez occupés ailleurs donc l’histoire Maestro s’est créée sur la longueur. L’album n’était pas prévu, mais maxi après maxi, on a assumé produire des titres qui sont, somme toute, complètement indépendants. C’est vrai que c’est un album plein de couleurs, j’espère qu’on y dénote tout de même un fil conducteur. On voulait aussi revendiquer la variété de nos influences. J’aime bien quand les albums vivent, composés comme la scène 90 de Pavement, avec 25 morceaux barrés et très courts. 

Pourriez-vous choisir un de vos morceaux justement et m’en conter l’histoire?
Fred: Y’en a une qui raconte un peu notre rencontre avec Antoine, sur la tournée de Vitalic. Moi j’étais jeune papa donc je me couchais tôt, les autres se couchaient très, très tard. Et dans ma couchette, j’entendais les potes et Vitalic qui chantaient « Méchant….Mééééchant… ». Du coup en hommage à ce tour en bus, on s’est dit qu’on allait faire un morceau qui s’appellerait Méchant, et y’a que çà comme paroles. On aurait dû inscrire cet hommage sur le disque d’ailleurs.

Et comment se passe la compo alors entre vous?
Mark: Très mal. 🙂 On partage les idées, moi mes boucles, maintenant on a Antoine en plus à la batterie, Fred surtout c’est le head maker.
Fred, modeste: Non pas du tout. Le but est que Marc ait envie de chanter dessus, sinon on met ces arrangements de côté ou on fait un morceau exclusivement instrumental. On s’intéresse à toute nouvelle forme, on s’attache à être libres. On a pas de contrainte financière car on a d’autres projets à côté pour gagner notre vie, du coup on expérimente avec des influences du kraut des années 70, pour le kiff. 

C’est marrant car on reconnaît bien la pâte Discodéine dans le jeu électronique.
Fred: On vient un peu tous du même endroit, puisque j’ai aussi bossé avec Joakim et produit le 2e album de Poni Hoax. La manière de produire les boucles vient de cette époque 2008-2010, avec un peu plus de MPC. On aime beaucoup ces boucles répétitives, plutôt chic que bourrines. Même si en live il faut bourriner un peu pour envoyer un electro-choc sur le public.

Parlons du clip de Darlin’ Celsa, on y découvre notre part de sadisme quand on veut voir jusqu’au bout toutes ces façons possibles d’exploser un visage, de trucider un ennemi…
Fred: Oui ca nous a fait beaucoup rire. On cherchait depuis longtemps un réalisateur pour ce morceau, et lorsque Parachute, un collectif très jeune et hyper talentueux, nous ont présenté l’idée, on l’ a trouvée mortelle du premier coup. 
Mark: En plus c’est vraiment çà l’histoire du morceau. Y’avait un fille dans ma classe at school, I wanted to sleep with her, but she slept with all the other guys so I wanted to kill the other guys. Voilà.
(rires)
Fred : Simple et efficace! Et du coup, il ne le trouvait même pas assez trash le film!
Mark: et ce qui est drôle, c’est que tous les potes font figurants dans ce film. Y’a Pilooski, Joakim, Etienne Jaumet, …
Fred: Ca a représenté énormément de travail, rien que pour chaque animation différente sur chaque portrait.

J’ai l’impression que Paris est une petite famille de musicos qui se connaissent tous et créent tous les uns avec les autres?
Fred: Déjà on n’est plus tous jeunes, donc finalement oui. Paris regorge de super musiciens, on fait partie de bandes qui fonctionnent presque comme des jazz bands. Hier soir par exemple, Mark jouait de la batterie avec Joakim et chantait ensuite avec Maestro. Il y a pas mal de consanguinité. 

Dites-moi, sur Facebook, Maestro a écrit « No Poseurs, please » avec l’affiche de Rock en Seine. Vous m’expliquez?
Fred: ahah! C’est Mark çà!
Mark: Ah it was just un blague, I wasn’t serious. J’aime bien les « poke »: « Serious music lovers please, no posers »
Fred: C’est vrai qu’il y a tellement de personnes, notamment chez les jeunes, qui sont très Facebook carriéristes, selfie de selfie de…
Mark: En plus c’est moi le vrai poseur, just one poser is enough !
(rires)

MAESTRO sera en concert aux Bars en Trans, pendant les Transmusicales de Rennes
le 5 décembre au Bar’Hic
On vous tiendra bien sûr au courant de leur prochains concerts sur Paris dans l’agenda WiseSound.

Leur facebook: https://www.facebook.com/maestrotheband?fref=ts

Interview The Maccabees

[Photo cover: Mike Massaro]

The Maccabees, groupe pritannique rock du South London, a 11 ans et sort un  4e album intitulé Marks to Prove It. Une bonne occasion pour aller leur poser quelques questions. Orlando Weeks, chanteur et leader du groupe, m’attend près d’une table de jardin. La serviette autour du cou, il se remet de son concert sous un soleil de plomb. Nous sommes à Rock en Seine. Je pose mon portable (explosé) sur la table pour commencer l’enregistrement:

Ah. Moi aussi j’ai cassé le mien.
Ah oui? Toi aussi tu étais ivre?
Oui, et j’étais en vélo.
Aïe, moi je dansais, en hauteur.
« Move fooler. »

Tu viens de jouer pour Rock en Seine. Ce n’est pas facile d’être le premier artiste de la Grande Scène à 15h en plein cagnard. Comment te sens-tu?
Pour une fois, je me sens bien! D’habitude j’ai plutôt l’impression d’être maladroit sur scène, surtout devant tant de monde, mais avec ce public qui s’est condensé au fur et à mesure de l’écoute, j’étais à l’aise.

Vous venez de sortir un nouvel album intitulé Marks to Prove It. Peux-tu nous expliquer les paroles de la chanson éponyme?
C’était un jour ensoleillé à Londres, moments rares en Angleterre, c’est bien connu. Et je traversais un parc peuplé de londoniens déshabillés, ne gardant parfois pas grand chose. Les gens arborent leur bronzage en revenant de vacances, pour montrer combien ils ont dépensé pour la destination. Aujourd’hui, il y a aussi ces posts instantanés sur les réseaux sociaux. Je pensais à ce besoin de toujours tout prouver. C’est comme si rien n’existait à moins que tu ne le photographies. La chanson est partie de ce constat.

Pour votre concert, vous avez affiché en background la couverture de ce nouvel album, pourquoi cette photo?
C’est le Faraday Memorial, architecture moderne de Rodney Gordon dans les années 50 . Cette photographie [prise par Davis Busfield] exprime tout ce qu’on voulait dire: le mémorial est négligé par les passants dans le quartier malfamé de Elephant & Castle à Londres et pourtant, à travers cette photographie, on a une vision complètement différente de ce monument: une architecture du futur se révèle tout en conservant un aspect rétro. Nous avons voulu nous servir du pouvoir d’un album pour suggérer une vision différente, et j’en suis plutôt fier.

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Si tu choisissais un de tes morceaux?
Je n’écoute pas vraiment notre propre musique, une fois que c’est sorti, je passe à autre chose mais ce serait Pioneering Systems, parce que l’on ne l’a encore jamais joué live. J’aimerais beaucoup nous voir la jouer tous ensemble en harmonie avec Rebekah chantant sa pop flottante, je suis curieux de savoir si on peut en sortir un assez bon son pour l’inclure en concert.

Ah tu parles de Rebekah Raa, c’est cette pianiste qui était avec vous 5 sur scène ? Cette collaboration est toute récente!
Oui on n’avait jamais travaillé ensemble avant cet album. Elle jouait avec l’un de mes meilleurs amis pour le projet Rainer et tourne avec nous en ce moment, elle est fantastique. Elle se marie bientôt, j’espère qu’elle pourra nous suivre sur la tournée.

Tu as dit être très heureux de jouer le même jour qu’Interpol aujourd’hui. Vous avez prévu de vous rencontrer?
Aaah j’ai toujours été trop nerveux. Quelquefois je peux être audacieux et dire « hello » à Paul, mais je suis carrément fan de ce groupe brillant, et je préfère rester à ce statut entretenant une distance formelle, pour garder mon admiration intacte.

Avez-vous déjà joué en collaboration avec d’autres groupes de passage sur scène?
Oui on a eu l’opportunité de jouer avec Jamie T, Edwin Collins, Orange Juice. J’adorerai jouer avec Randy Newman. Je ne l’ai jamais vu en live, mais s’il est quelque part aux alentours et qu’il veut jouer au piano, il est le bienvenu! On en prendra un deuxième ou Rebekah viendra chanter avec moi, on s’arrangera!

3 suggestions de groupes à écouter?
J’ai vu deux super groupes au festival Pukkelpop:

Statue

et après il y avait un groupe belge brillant appelé Evil Superstars

On a également joué avec Raised by The Wolves, un groupe très cool à Washington DC:

Merci Orlando.

Pour clore cet interview, il est tentant d’y apposer ma propre « Mark to prove it » 🙂

The Maccabees

Interview Steeple Remove

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Ce soir au Point Ephémère, le long du canal Saint Martin, Steeple Remove joue en première partie de Fujiya & Miyagi. Une soirée formidable comprenant 2 concerts, 2 interviews, quelques pas de danse et quelques éclats de rire.

Vous êtes un groupe de Rouens créé en 1996 qui adule le shoegaze, le krautrock de CAN mais aussi Kraftwerk,  Steeple Remove bonsoir. Bientôt 20 ans de carrière, avez vous toujours vocation à « déplacer les clochers »? (référence au nom du groupe)
Arno Van Colen (clavier, chant): Bonjour, oui plus ou moins, on essaye de continuer à faire de la musique selon notre propre vision. Déplacer les clochers, je ne sais pas, c’est un sacré programme. On mélange les genres, on n’a pas de vraiment de style si précis que çà finalement : il y a de la noise, du post-punk, du krautrock, on essaye de ne pas appartenir à une chapelle musicale en tout cas.

Après 6 ans d’absence, vous sortez votre 4e album chez Gonzai Records. Un changement de label vers une identité plus provocatrice qui secoue les consciences?Position-Normal-Steeple-Remove-Wisesound
A.V.C.: Il faut dire que pendant ces 6 ans, on n’a pas rien foutu. On a composé un album, Position Normal, on l’a enregistré, fait des concerts, etc…Ce qui nous a pris le plus de temps c’est de trouver une nouvelle structure. Avec Gonzai Records, on est effectivement sur la même longueur d’onde. Bester Lang nous a d’ailleurs fait jouer auparavant avec Fujiya & Miyagi. Au départ, il voulait appeler la collection de disques Les Invendables, puis il a changé avec Not For Sale. On est sa première signature, le seul groupe à qui il a sorti un vinyle. Côté production, Axel Concato a réalisé un véritable travail de titan, sans lui l’album n’aurait tout simplement pas vu le jour.

3 morceaux de cet album Position Normal figurent sur la B.O. de l’excellente série dramatique Les Revenants, auprès de morceaux de Mogwai. En êtes-vous fiers?
A.V.C: Bien sûr, c’est super. Ça s’est fait il y a 2 ans, déjà. Une autre aventure de nos 6 ans dits « d’absence ». C’est vrai que ça nous a donné vachement de confiance pour continuer à défendre ce disque.
Walter Thomas (batteur) : Oui, c’est agréable d’être reconnu à ce niveau là.
A.V.C. : Ça voulait dire qu’on ne s’était pas planté dans la production du disque, dans le choix des morceaux.
W.T. : On attend Les Revenants 2 🙂
A.V.C. : Je crois que ça va être un peu plus compliqué, ils n’ont plus d’électricité apparemment.🙂 Ce sont des musiques in, là en l’occurrence nos morceaux passent dans un bar.


Silver Banana – Steeple Remove

L’un deux est Unclean, c’est le morceau qui m’a fait m’intéresser à vous. J’adore cette transformation du morceau psyché originel de Psychic TV en une version ultra sexy à votre sauce, qui irait très bien sur un strip tease masculin je trouve 😉 Pourquoi cette reprise?
A.V.C.: En fait, ça faisait plusieurs années qu’on le jouait
W.T. : et avec deux notes ! (rires)
A.V.C.:  Le seul interet qu’il peut y avoir à faire une reprise c’est d’en faire une adaptation personnelle et je pense que notre morceau n’a pas grand-chose à voir avec l’original. J’aime par exemple la reprise psychédélique des  Butthole Surfers qui n’a rien à voir avec l’originale de Donovan, un chanteur sixties. On s’en fout presque que ce soit une reprise dans ces cas, car le morceau se réadapte. S’il y a une raison pour Unclean, c’est que notre premier label s’appelait Sordide Sentimental, dont les artistes phares étaient justement Psychic TV, Genesis P-Orridge, Throbbing Gristle.  Nous étions très fiers  d’avoir réussi à signer sur le même label que nos références même si c’était le label français. Ce sont nos origines musicales.
David Beneult (basse, clavier, charme) à Arno: Quand tu nous l’a proposé, il ne pouvait qu’être adapté à notre sauce car je n’avais pas la référence de ce morceau là. C’est marrant de découvrir l’original par la suite.
W.T. : Après je ne sais pas si c’est sexy…
A.V.C.: Mais bien sur qu’il y a une dimension sexuelle dans la musique de Psychic TV, d’ailleurs il était tellement sexuel qu’il s’est transformé en femme, faut le savoir…

 

Unclean – Psychic TV
The Hurdy Gurdy Man – Buttholes Surfers
Hurdy Gurdy Man – Donovan

 

 

Pouvez-vous choisir l’un de vos morceaux et m’en conter l’histoire?
W.T.:  Tu te rappelles quand t’as vomi…(rire) Le dernier morceau de l’album s’appelle Home Run, c’est notre plus vieux morceau, on l’a posé sans le réenregistrer, brut de nos débuts. Ce morceau-là, c’est un peu le point de départ de plein de choses. Mais ce n’est pas pour boucler la boucle, on n’a pas encore fini!

Ce soir vous assurez la première partie de Fujiya & Miyagi. Leur chanteur David Best a encensé ce nouvel album qu’il trouve génial, …
A.V.C: parce qu’il a bon goût (rires)
Laurent Garnier vous introduit dans ses playlists et podcasts, …
A.V.C.: Il va nous faire jouer dans son prochain festival d’ailleurs, à Lourmarin. Le festival Yeah, plus axé rock. Laurent Garnier est un garçon adorable, hyper enthousiaste, une fraicheur dans ses échanges: « On va faire la fête ensemble, je suis super content que vous veniez, faut que vous restiez! » Ca va être le camp de vacances.  (rires)
Cela vous surprend-t-il d’être adoubé par des artistes du monde électronique?
A.V.C.: Non ils sont en connexion avec ce que l’on fait, on a les mêmes influences puisque le krautrock est la base de la musique électronique. On part juste sur d’autres sonorités, mais Kraftwerk fera toujours l’unanimité dans le coeur des groupes. Quand on aime vraiment la musique comme Laurent Garnier,  il n’y a pas de petit groupe ou grand groupe, ca n’existe pas.
W.T.: et puis ca s’associe bien en festival finalement le rock et l’électro!
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Malgré ces divergences de style, qu’est-ce qui vous unit ce soir pour partager la scène avec Fujiya & Miyagi?
A.V.C.: On leur a proposé cette date en tant qu’amis, David a bien aimé l’album, ça leur a fait plaisir de venir, Le Point Ephémère est une bonne salle, on a partagé le matériel aussi, ils ont joué sur notre batterie. Et ils sont adorables, on a joué ensemble à Londres et Brighton également. Eux sont aussi des fans de CAN au départ,  David a un chant très proche de celui de Damo Suzuki. Nous sommes deux groupes qui ont joué avec lui, on en a parlé ensemble comme des enfants de leur idole. Bon il est moins connu que Bono mais pour nous c’est pareil. C’est un truc de musiciens.

Vous avez joué régulièrement en Angleterre. Diriez vous que le public anglais est plus apte à vous suivre que le public français ?
A.V.C.: Non pas forcément. Par contre, c’est vrai que les chroniques anglaises sont plus précises par rapport à ce qu’on fait. Je pense qu’en France, on est plus dans la pop-rock, sur de la musique essentiellement basée sur la mélodie du chant.

Je me suis posée la question si je devais faire des interviews un peu plus fun comme d’autres le font, osant vous demander votre style de sous-vêtement, ou ce que vous avez dans les poches, au plus intime. Puis je suis tombée sur votre interview vidéo des Terrasses du Jeudi, que vous avez pris pour foutage de gueule…
A.V.C.: Mon dieu
W.T.: Aaaaaah tu l’as vue sur YouTube, paf on arrive dans le vif du sujet!
Mieux vaut éviter l’idée donc?
A.V.C.: Oui je pense oui, après tout dépend de l’heure et de l’état de l’interviewé, et je crois que ça a beaucoup joué dans la qualité. Là tu nous prends au corps, on est encore en état de répondre. On a préféré oublier ce moment.
Malheureusement , il est encore en ligne:

Enfin dernière question, citez moi 3 artistes que vous affectionnez particulièrement:

W.T.: Tussle
D.B.: Damo Suzuki, car c’est vrai que, sans lui qu’est-ce qu’on ferait?
A.V.C.: Et moi je suis un grand fan de Suicide.

Merci Steeple Remove et bon retour vers Rouens !

Interview Fujiya & Miyagi

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On a rencontré David Best, le chanteur et leader de Fujiya & Miyagi, ce groupe au nom rapprochant le maître de Karaté Kid à une marque de tourne-disques. David arrive décontracté, et nous murmure ses souvenirs d’enfance, ses coups de coeur et le grand virage de son dernier album.

En 2000, vous utilisiez déjà l’électronique dans vos compositions funk-pop. En avance sur votre temps, vous avez surpris l’auditeur et étiez fiers de cette différence. Maintenant que tout le monde mixe l’électronique à l’électrique et l’acoustique, les genres musicaux se mélangent et n’ont plus de frontière distincte. Aujourd’hui trouvez-vous votre musique proche d’un autre groupe ?
C’est un peu retors n’est-ce pas? Tu veux toujours être excitant et frais, mais tu n’arrives en tant que nouveauté qu’une seule fois. Quand j’étais jeune, on recevait les news musicales une fois par semaine. Aujourd’hui, de nouveaux groupes apparaissent toutes les heures grâce à Internet. J’ose espérer que nous jouons depuis assez longtemps maintenant pour exister dans notre propre petite bulle. On essaye d’être plus fort que la tendance. J’adore l’électronique et j’adore la combiner à d’autres styles, on essaie ensuite de changer ou de s’adapter, mais la mode ça va et ça vient. Sans doute en ce moment nous ne correspondons pas à la tendance, on sera peut-être à nouveau « in » dans deux ans, et qui sait si on sera ensuite respecté quand on aura 50 ou 60 ans.
Parler de groupe similaire, c’est vraiment difficile. Certains nous ont comparés à Hot Chip pour le sound system à notre arrivée, mais à l’écoute je n’ai pas trouvé cette similitude. Il y a un autre groupe qui a commencé un peu plus tard, Metronomy. Ils sont vraiment bons dans l’utilisation de l’électronique et sur le live, mais ils sont quand même un peu plus « poppy ».

Vous avez été connus notamment grâce à l’utilisation de Collarbone dans une pub pour Jaguar. Ces jours-ci, on entend Hu sur la pub Fortuneo Bank et même dans un épisode de Breaking Bad. A propos de ce titre d’où vient ce son Hu ?
Je lançais déjà ce « hu » dans plusieurs morceaux précédents, et je crois que j’avais besoin de faire une chanson centrée dessus. Après c’est juste un son sans aucune histoire ou humeur. Un peu comme le « Be hop a lula » de Gene Vincent que mon père écoutait en conduisant, ou comme le « hey man, huh » de James Brown. Ce « hu » est plutôt funky, il s’intègre d’ailleurs très bien dans le passage de Breaking Bad !

Vous êtes de grands fans du krautrock 70s et des funky 80s. Auriez-vous été plus heureux de jouer à cette période, vivant en Allemagne par exemple ?
C’est une bonne question. Si nous jouions en 7O en Allemagne, cela pourrait être complètement différent. Je suis un fan inconditionnel de CAN, ils sont toujours dans mes pensées. Je pense qu’on ferait sans doute du CAN du coup, ou comme ces groupes british progrock de la même époque… oui nous serions heureux.

Après le sombre et calme Ventriloquizzing, on est plutôt réveillé par votre nouvel album Artificial Sweeteners où résonnent électronique, acid, disco et même techno ! Avez-vous ressenti le besoin de s’inscrire dans la tendance globale électronique, de se frayer un passage sur le dancefloor pour aller à la rencontre d’une génération plus jeune ?
C’était plus du fait que l’album précédent Ventriloquizzing était sombre, dense, grincheux voire même misérable. Quand tu chantes ces chansons encore et encore pendant 2 ans, ça te tire vers le fond. Donc nous étions très contents de laisser ces morceaux pour se tourner vers le dancefloor, vers plus de fun. Quand Steve (Lewis, au clavier) était plus jeune, il sortait en rave illégale et avait donc dans son bagage l’acid-house avec laquelle on a commencé à écrire. C’est pas comme si on voulait être plus populaire mais plus le besoin d’un nouvel entrain.

Avez-vous senti une évolution de votre public avec Artificial Sweeteners ?
On est sur le circuit depuis si longtemps, on voit l’audience prendre de l’âge. Ahah, dit comme çà, ça fait vraiment branleur. Le public vieillit avec toi donc tu veux que les jeunes viennent aussi. J’ai 2 fils, je ne sors plus vraiment. L’audience que nous avions il y a 10 ans ne sort peut-être plus non plus. Par exemple, je trouve merveilleux de voir des jeunes se déplacer pour The Fall, que j’adore, alors que c’est un groupe des années 70. Donc si le fait d’augmenter les BPM et d’introduire plus d’électronique attire une nouvelle génération, eh bien tant mieux, mais ce n’est pas contrôlé.

Mathieu FoucherPhoto: Mathieu Foucher

En juin dernier, je vous ai vus au Nouveau Casino. Beaucoup de gens dansaient, voire même suaient sur des morceaux comme Tetrahydrofolic Acid. Ce qui est plutôt nouveau, comment ressentez vous cette nouvelle énergie depuis la scène ?
Je voulais obtenir une réaction physique positive, et quand tu vois les gens danser depuis la scène, c’est comme une communion avec ton public, un accomplissement: « YES ! », et ensuite tu te relaxes et continue à jouer. C’est mon moment favori dans la définition « être un groupe ».

Le changement s’opère aussi dans les textes qui apparaissent plus colorés et moins revendicateurs. On dit souvent « Avec l’âge, on oublie la colère », êtes-vous d’accord?
Je l’espère. Je crois qu’au niveau des paroles j’essaie d’être positif, mais tout ce qui sort est finalement sarcastique. C’est difficile d’écrire une chanson joyeuse, puisque quand tu l’écris, tu es forcément dans une rétrospective, tu cherches le fond des choses et des actes.

Pourrais-tu choisir une chanson et nous en raconter l’histoire?
Un de nos morceaux préférés, Minestrone qui est sur Ventriloquizzing parle d’une légende près de Brighton…
Ah oui, que si tu tournes plusieurs fois autour d’un arbre, le diable apparaîtra. Vous l’avez déjà beaucoup raconté cette histoire dans de précédents interviews. Une autre anecdote un peu moins connue?
Mince, on a donc fini avec celle-là…euh, Ankle Injuries raconte mon enfance. Je l’ai écrite en me remémorant le chemin de mon école et ses buissons. Je ne sais pour quelle raison, les gens laissaient des magazines pornos sur ce chemin. J’étais petit et … « What’s that? ». Cela m’a un peu effrayé, c’est comme si j’avais perdu d’un coup mon innocence dans un buisson…
Ah, ma route à moi était parsemée de vomis à 7h du mat…(pour ceux qui connaissent la rue de la Cueille à Poitiers)
Aaah, c’est probablement pire!

Dans Vagaries of Fashion, vous parlez de cette tendance à tout consommer vite. On mange vite, on travaille vite, on change très vite d’intérêt pour chaque nouvelle chose et on écoute vite également. Cela vous effraie-t-il concernant l’industrie de la musique?
Je ne peux pas vraiment me plaindre, je suis toujours là. Cela bouge vite et il faut t’adapter à cette inconstance, essayer de nouvelles pistes pour toujours exister.

Ce soir vous jouez avec Steeple Remove en première partie, comment avez vous connu ce groupe de Rouens?
On a joué ensemble il y a peut-être 10 ans. Ils ont joué avec Damo Susuki le chanteur de CAN pour une soirée spéciale. J’adore leur dernier album Position Normal, il est vraiment génial.
(interview de Steeple Remove prochainement en ligne)

Enfin dernière question, mais très importante: qu’avez-vous écouté récemment?
En ce moment de l’italo-disco, le genre de truc un peu lunatique des années 80. Certaines sont affreuses, mais si tu cherches il y a des pépites. Comme On And On de Decadence, Life with You de Expansives ou encore, attends je cherche dan mon portable, …C’est brillant car c’est à la fois mélancolique et joyeux. Bon, le nom est Suicidal (rire) de Amin Peck. Il y a une version disco.

Finalement j’en ai encore:
Et si vous repreniez Serge Gainsbourg dont vous êtes un grand fan?

J’y ai pensé. Mais je ne veux pas juste faire une cover, à quoi bon? Je me demande ce que lui aurait fait s’il avait traversé le temps car il est parti du jazz, puis a murmuré sur des sons funky, puis est passé au reggae..aurait-il été vers l’électronique? J’aurais pensé à de la minimale, mais c’est un rêve, je ne peux même pas parler français.

En parlant de murmure, vous aussi vous murmurez dans toutes vos chansons. C’est un peu la marque de fabrique de Fujiya & Miyagi. Avez-vous déjà essayé de crier ou murmurez-vous aussi sous la douche?
Non je ne peux vraiment pas chanter physiquement, je ne serai jamais ce qui s’appelle un chanteur. Moi, j’étais joueur de guitare, j’ai juste commencé à chanter tout bas un jour avec Steve, ça sonnait bien et nous voici toujours avec ce même murmure 15 ans après. Avec ma voix, je suis incapable de faire autre chose.

Merci beaucoup David, pourrez-vous passer un message à votre batteur Ed Shivers ? Qu’il continue de jouer avec autant de joie, son sourire est vraiment communicatif !
Ah, il sera content de l’apprendre, c’est vrai qu’il sourit tout le temps.

Fujiya & Miyagi point Ephémère WiseSound M Foucher

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[Crédits photos live: Mathieu Foucher]

Interview Bantam Lyons

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Bantam Lyons, groupe Brestois installé à Nantes et au nom d’un personnage secondaire du roman Ulysses de James Joyce, nous a fait totalement chavirer à l’écoute de son EP, notamment avec When Lips Turn Purple. Du coup, on est parti les interviewer pendant les Trans. Le réveil semblait bien difficile pour le quatuor en ce samedi après-midi, d’ailleurs c’était un peu pareil pour tout le monde. Vous le ressentirez peut-être sur cette interview. Qu’importe, ce qui est certain c’est que le chant de Loulou ne vous laissera pas indifférent.

Précédemment dans les médias, on a défini votre univers  comme une alternative post-punk/ post-rock avec des références telles The Cure, Muse, Arcade Fire, Radiohead, Clap Your Hands Say Yeah!, etc…Quelle comparaison vous flatte le plus et laquelle est erronée selon vous?
Loic Le Cam (chant, guitare): Parmi celles-ci, aucune ne me flatte particulièrement
Maëlan Carquet (chant, basse): Radiohead un peu quand meme. Muse ou même Placebo, ça nous attriste. On penserait plutot à des groupes comme les Walkmen ou Slowdive. On aime beaucoup Clinic aussi. C’est sans doute l’EP qui a entraîné ces comparaisons dans la presse, par sa façon d’être mixé et masterisé.

Cet EP se nomme I Want to Be Peter Crouch. Dérision, empathie, ou gros foutage de gueule ?
L: Ahah, je dirais ironie et tendresse, c’est un joueur de foot qu’on aimait bien quand on était jeune, il ne ressemblait à rien mais tentait des trucs assez techniques, il réussissait dans un gros club comme Liverpool alors qu’il aurait jamais dû avoir cette carrière.

Sur le visuel de la pochette on voit un ciel très lourd, Bantam-Lyons-I-want-to-be-Peter-Crouch-WiseSoundplombé de nuage noir, qui pourrait donner le cafard. Loulou, je me permets, ton chant tient du lyrisme. il s’élève, puissant mais extrêment sensible. Tes paroles teintées de mélancolie proviennent-elles d’expériences douloureuses?
L: C’est une photo que mon frère a pris à Zurich. Certains morceaux sont marqués par des périodes difficiles qu’il m’arrive de ressasser par le chant oui. Après, c’est plus une forme de catharsis: pour évacuer le côté noir, rien de mieux que de l’exprimer.

Pouvez-vous choisir un de vos morceaux et m’en conter une histoire?
[gros blanc]
Vous avez l’air fatigué, vous vous etes couchés tard ce matin?
Nicolas Soulâtre (clavier): oui un peu, on aura sûrement besoin d’un pichet de café tout à l’heure.
L: Ah si! le morceau Away From The Bar:  Juste avant un concert, on s’est rendu compte qu’on y avait pas encore ajouté des paroles, alors on les a écrites en 2 minutes chrono, juste avant de monter sur scène. Deux phrases qui se répètent « Est-ce que tu t’en vas du bar, je vais dormir dans la voiture », c’est le résumé de pas mal de soirées loose.

Sur toute la programmation des Trans, y a-t-il un groupe que vous voulez absolument rencontrer?
N: Baston
Samuel Roland (batterie): Sapin
M: Mais çà, c’est plus les Bars en Trans
L: Jambinai
N: Oui Jambinai parce qu’on a échangé un peu avec eux par e-mail. En fait, ils ont sorti un disque avec grosso modo le meme artwork que notre premier EP. Quelqu’un sur Twitter leur a dit: « Mais c’est la même cover que Bantam Lyons! » Ils nous ont alors contactés en s’excusant et proposant de changer leur morceau. Nous on leur a répondu que ce n’était pas grave. Donc oui, ce serait cool de les rencontrer.
[a ce moment précis on entend justement Jambinai qui arrange ses instruments au studio FIP]

C’était quoi hier votre concert préféré?
N: Baston


Citez moi 3 artistes que vous affectionnez particulièrement:
Pete and the pirates

Neil Young

Sudden Death Of Stars

Je vous laisse vous préparer à votre live. L’EP fait seulement 3 titres, vous avez de quoi faire plus long?
M: On va jouer 8 morceaux pour à peu près 40 minutes, on a quelques vieilles tracks en stock.
Pas de nouveauté inédites alors?
M: Non, les nouveaux morceaux, on travaille encore dessus pour l’instant. 

Bantam Lyons Trans Wisesound

[Crédit photo: Carla Rondeau]

Interview Grand Blanc

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C’est euphorique et tout excité que Grand Blanc descend de la scène des Transmusicales,  une atmosphère qui délie les langues, surtout celle de Benoit le chanteur, et offre quelques exclus pour un entretien à la fois grave et délirant, à lire sur plusieurs degrés.

Bonsoir Grand Blanc,  quatuor originaire de Metz vivant aujourd’hui à Paris, votre nom fait-il appel au requin, à la panne d’inspiration ou à la petite ville du Michigan ?
Luc Wagner (percussions, arrangements) s’installe
: ni l’un ni l’autre, Grand Blanc est un nom qui veut rien et tout dire, chacun y prend ce qu’il veut. Il faut plutôt le prendre comme un nom propre à la sonorité intéressante, reflétant le travail de nos textes.
Camille Delvecchio (clavier, chant) tire sur sa cigarette post-live avant que la sécurité ne la lui prenne: En fait, on est tous de Metz, sauf le bassiste, qui est de Mantes-La-Jolie. On est venu sur Paris pour les études.
L: Le groupe est né dans nos chambres à Paris, mais c’est la scène musicale messine qui nous a donné la chance de faire des concerts.
C: L’aventure a vraiment démarré l’année dernière en septembre, lorsqu’on a reçu un mail d’Entreprise notre label, ça a été un peu le catalyseur.

album Grand Blanc Wisesound

Votre musique est très alternative, elle sonne coldwave, rock et électro à la fois, sur laquelle sont apposées deux voix: le timbre caverneux à la Bashung de Benoit David et la voix innocente de Camille Delvecchio. De quel univers vous revendiquez vous, car tous le monde vous met un peu partout!
Vincent Corbel (basse, guitare) nous rejoint:
Ca reste facile de parler de coldwave parce qu’on sent l’influence des années 80…
Benoit David, le chanteur apparaît enfin: Bonsoir ! Je suis le mec qu’il manquait et je suis ravi!
Bonsoir Benoit!
C:
ahah il est encore tout excité!
B: « Ravi que ca vous plaise! »
C: « C’est quand qu’on baise ? »
B: C’est une chanson de nos amis les Blind Digital Citizen.
C: On aime bien s’imiter mutuellement. Eux quand ils nous voient, ils font « je suis l’homme serpent! »
[Pour la petite histoire, c’est Blind Digital Citizen qui a fait écouter Grand Blanc à son label Entreprise.]
B: Il faut absolument aller les voir! Louis le batteur a le jeu de batterie le plus incroyable du monde et en plus il est beau gosse! François Devulver est un prophète, Jean est un…
C: un fou!
B: post apocalyptique marxiste. Florian est roux, …

Revenons-en à votre univers à vous, nous disions?
V: oui donc on parle facilement de Bashung et de coldwave mais on s’influence aussi de hip-hop, de techno, en ce moment de phrasé rap
B: de trap
C: de garage et de punk un peu aussi
V: On espère qu’un jour, il y aura un nom pour la génération scène française qui démarre avec Fauve et qui finira, qui sait, peut-être avec Grand Blanc?
B: Ouais mais pour çà, faudrait qu’on meure très jeune, ce que je peux faire c’est mourir à 27 ans dans un avion si tu veux.
V: Oui un succès à la Joy Division ce serait cool! Finalement, on peut parler de nos influences mais ce n’est pas vraiment ce que l’on crée.

Et les paroles, enfin du plaisir à écouter français! Pour tout vous dire, il m’arrive de ressortir vos textes sur réseaux sociaux .
V: On peut t’envoyer l’émoticône Croix de Lorraine si tu veux pour aller avec !
B: Bah c’est très gentil, mine de rien les textes, je les écris à partir de poésie et on essaie ensuite de faire un truc plus populaire. Et la poésie, ça a une propriété très particulière, c’est que ça se retient et ça se cite, donc ça veut dire que je foire pas totalement mon coup. Le but d’un poème, c’est un peu d’avoir la punchline, comme dans le rap mais sans les contraintes, seize [mesures] et autres formes imposées du rap.

V: Oui au final les bases de  Samedi La Nuit se posent dès « saturday ca te dit », par exemple.

B: On va peut-être le dire quand même? A propos de Samedi La Nuit: l’idée est tirée d’un morceau de My Sister Klaus qui s’appelle Chateau Rouge. Le chanteur lance « château rouge, château rouge, château rouuuuge! » et le « Saturday ça te dit » est à peu près calé sur le même flow. On avait entendu çà en vacances avec Camille, je le faisais un peu à la Indochine au début, plus sobre. Donc voilà: My Sister Klaus- Chateau Rouge, c’est le début de Samedi La Nuit initialement. Tu le sais, t’es la seule, t’as une info exclusive, je suis un peu bourré…

Profitons-en pour parler de cette poésie alors : une poésie noire, remplie d’anxiété peut-être en rapport avec la conjoncture ?
B: Par rapport au fait qu’on va tous mourir peut-être.
Cette anxiété la ressens-tu personnellement dans ton environnement?
B: Ca dépend, mais oui on est tous des anxieux, de manière différente. Moi je sais que j’ai eu pas mal de crises d’angoisse qui sont juste des formes de bug. En fait, si tu veux, l’écriture de Grand Blanc ne met pas en scène l’anxiété pour dire « il faut bader », elle est justement exprimée pour être canalisée. Et d’ailleurs, on est un peu fâché parfois dans certains interviews et articles, où on nous décrit comme dark, tristes, on ne l’est pas! C’est juste que la tristesse et l’anxiété, elles sont là et nécessaires. Il y a des gens qui font un travail pour faire oublier la mort et Patrick Sébastien le fait super bien, mais nous notre travail c’est de dire « oui on va mourir mais on peut vivre heureux avec çà ». Faire face , mettre l’anxiété au milieu et lui tordre le cou, ce qu’on dit et fait littéralement sur scène dans une mise en abîme.

Pouvez-vous choisir un de vos morceaux et m’en conter l’histoire?
B: Montparnasse, c’est un texte qui est unique
V: absolument unique
L: j’en ai chialé comme un ouf tout à l’heure sur scène et ça m’a complètement déstabilisé
B: Il est absolument unique pour moi et pour nous car c’est un texte qui ne nous va pas trop. C’est une chanson qui est un peu hors set, et même si on ne sait pas pourquoi, qui tient. Le petit frère de mon père est décédé d’un cancer, c’était le plus jeune de la fratrie, ça a fait beaucoup de mal à ma famille. Après avoir enterré mon oncle  au cimetière Montparnasse, je suis rentré, j’ai fait une insomnie, j’en faisais pas mal avant. C’était la première fois que j’écrivais un texte directement dans sa forme suite à un événement vécu, parce qu’il fallait que ça sorte. Le truc était fini en quelques heures avec la mélodie.

Quand tu écris du coup, tu penses généralement d’abord au texte puis à la mélodie ?
B: Non ca vient ensemble. Mais par contre je pense d’abord à la forme. Quand je dis « maladie vénérée », ça rappelle maladie vénérienne,  « vénérer les maladies vénériennes » se pose. J’écris çà parce qu’il y a, concrètement, une conduite à risque des jeunes aujourd’hui, et ce n’est pas une inconscience, c’est qu’ils cherchent tous la merde. Donc je fais des jeux de mots, et lorsque le jeu m’appelle, je me demande ensuite pourquoi et quel sens j’en garde. Sauf avec Montparnasse: j’avais un truc à dire, je l’ai dit et du coup j’ai trimbalé cette chanson 3 ans avant qu’on monte le groupe. Et un jour, on l’a joué pour allonger un set. Je me souviens, c’est la première fois que les autres m’ont dit: « mais mec putain ça marche çà! ». J’ai mis beaucoup de temps à accepter que ce que je faisais pouvait être perçu comme « bien », j’étais très pudique et çela m’a fait beaucoup de bien sur cette chanson. Donc l’anecdote c’est çà, c’est la seule chanson qui nous a été donnée, on n’a rien fait. Moi j’ai juste eu une insomnie, je me suis réveillé le matin, y’avait un truc sur ma table.

Vous venez juste de jouer, comment ca s’est passé, comment vous l’avez ressenti ?
Grand-Blanc

V: Super bien
B: Le public était incroyable
V: C’est un concert pour lequel on s’est préparé à mort, on était un peu stressé, notre label et notre tourneur aussi. C’est pas qu’on avait quelque chose à prouver, mais c’était un peu l’aboutissement d’une année de travail. Du coup on est très content que rien n’ait foiré.
L: Il y a eu beaucoup d’émotions pendant. Et on a eu beaucoup de promo juste avant donc on a pas eu trop le temps de s’en rendre contre.
B: compte
L: s’en rendre compte, pardon.
B: aah c’est une erreur que beaucoup de gens font.
L: Donc oui beaucoup de promo, on a juste eu une heure pour manger un truc, boire une demi-bière.
B: 3 bières et demie…
L: On avait dit qu’on arrêtait de tout dire!

Pourriez vous me citer 3 artistes que vous affectionnez particulièrement?
B: Bashung, obligé.
L: Les Smith, suis méga chaud, pour le côté lyrique.
C: John Maus!
B: pour la reverb oui
C: On peut en mettre un 4e? Dashiell Hedayat

Une dernière: Quand et où se revoit-on sur Paris?
B: On sait pas encore mais ce sera sûrement dans une salle qui commence par un P.

Merci à vous Grand Blanc pour le partage de ces émotions post-concert, et merci à Lucie Chérubin pour l’organisation de cet entretien.
La date a été confirmée ultérieurement:
Grand Blanc sera au Point Ephémère le 23 Février 2015 avec leurs amis Blind Digital Citizen.
Une date à réserver!

[Crédit photo: Guillaume Lechat]

Interview Forever Pavot

Forever Pavot, commençons par le début, ce nom parait un peu trop explicite pour que ça parle essentiellement de drogue. D’où vient-il ?
Un de mes meilleurs amis de La Rochelle, Mathieu, était venu chez moi à Paris un jour avec une vieille trousse d’écolier, qu’il avait sans doute acheté dans une brocante ou un vide grenier, et tu sais quand on est au collège, on s’amuse à écrire dessus, genre Peace and Love, etc. Il y avait Flower Power  très mal écrit au Tipp-Ex que j’ai pris pour  Forever Pavot, ca nous a fait rire, et cette histoire est restée.

Tu viens de sortir ton album Raphsode, chez Born Bad Records, dont le single Joe & Rose passe sur les ondes. Ta musique est assez particulière, entre sunshine pop, sixties et musique cinématique à l’italienne. D’où vient cette passion ?  Forever-pavot-wisesound
 J’ai fait beaucoup de musiques différentes dans ma jeunesse collège/lycée, dont du punk-hardcore, du métal. Puis j’ai commencé à m’intéresser au sampling des artistes Hip-Hop tels Wu Tang Clan. Cela venait souvent de musiques de films, de musiques progressives, de jazz, de rock psychédélique, plein plein de trucs, et conquis, j’ai commencé à collectionner les disques et à rechercher les sons un peu plus obscurs et pointus, notamment de cette période fin années 60, début 70, qui me parlent au niveau de la production et du choix des instruments.

Emile Sornin, tu composes seul et représente à toi seulForever Pavot. Comment se passe ta composition ? Te places-tu dans une ambiance particulière, où écris-tu avec un message particulier en tête ?
En fait, je suis assez boulimique de compositions et d’enregistrements. Je dois enregistrer une à deux morceaux par semaine, je fais beaucoup de choses. Je n’’ai pas tellement de recette ou de règle, ça dépend des instruments que j’utilise en base, souvent les orgues et autres claviers. J’écris les paroles ou choisi le nom  du morceau bien après, je m’imagine une petite histoire parcourant les notes, cherchant ce que ça m’évoque. Je me dis jamais « Tiens aujourd’hui je vais composer une chanson sur des pirates! »

Peux-tu choisir un de tes morceaux et nous raconter son histoire ?
Joe & Rose est une chanson que j’ai faite avec Catherine Herchey, qui a d’ailleurs dessiné la pochette. Elle chante aussi sur Raphsode. Ce sont deux voix qui se mêlent: la sienne et la mienne, un peu à l’image de certaines chansons de Gainsbourg. Il s’amusait à fondre les voix, à passer du féminin au masculin. Ca parle d’un couple qui se reproche l’un à l’autre d’être trop superficiel. Ils répètent la même chose tous les deux, s’accusent l’un l’autre, essaient de se convaincre de la même chose. C’est une histoire vécue ? Pas du tout non, je ne pense pas, je suis assez énervé par les gens superficiels en général.

Tu as une formation plutôt audiovisuelle et tu as déjà réalisé de nombreux clips notamment pour Alt-J, Naive New Beaters, Disclosure. Qu’en est-il des clips de Forever Pavot, je n’en ai vu aucun ?
Justement j’en ai fait un, mais c’est un petit car on avait pas beaucoup de budget, donc j’ai fait ça avec mes proches et mes amis. Il va sortir, là suis en train de le terminer, la semaine prochaine je pense, pour Joe & Rose.

Clip Disclosure: Grab Her by Emile Sornin

Tu joues sur scène dans quelques minutes, en première partie de Tahiti 80. Du coup en live, quelle va etre ta formation ?
Là, on va être cinq: Cédric Laban à la batterie, Antoine Rault à la guitare, ce soir Maxime Daoud à la basse, mais c’est pas tout le temps lui la formation change un peu, et Arnaud Seche, qui fait la guitare, les percussions et de la flûte traversière. Ce sont des gens pour qui j’ai fait des clips en fait. Arnaud, Maxime et Cédric ont un groupe Good Morning Bleeding City de braincore, métal hyper vénère, avec lequel j’ai travaillé avant de leur proposer de m’accompagner sur Forever Pavot.

(en effet c’est violent…, rien à voir avec Forever Pavot!)

Mais alors qu’elle est ton activité principale? Passes-tu plus de temps à réaliser des clips ou à jouer de la musique?
En ce moment c’est la musique, on va tourner en Angleterre et en Suisse. Mais cet été j’ai fait deux nouveaux clips qui m’ont pris beaucoup de temps. C’est la première fois que la musique marche vraiment donc là je vais devoir m’organiser un petit peu. C’est tout nouveau pour moi.

As-tu déjà eu des propositions pour d’autres projets musicaux, cinématographiques ou de spectacle ?
Cà, c’est un truc qui me plairait vraiment, j’ai très envie de faire de la musique de film, et ça se voit je pense… Après je n’ai jamais travaillé à la commande, donc ça peut être très intéressant comme très difficile. J’ai aussi des projets à long terme dont je ne peux parler encore, pour lesquels je ne suis pas encore prêt.

Peux-tu nous citer 3 artistes ?

Un groupe de Paris que j’aime beaucoup qui s’appelle Calypso qui sont des amis à moi.

Un artiste suisse qui s’appelle Anthony Cédric Vuagniaux qui fait de la musique en studio. Il est également très influencé par la musique cinématographique,  il fait d’ailleurs des trucs assez incroyables.

Et le dernier …Aquaserge, avec Julien Gasc, mais je le dis tout le temps, ce sont ces artistes qui m’ont donné envie de faire cette musique là. La première fois que je les ai vus en concert, j’ai compris ce que je voulais faire. Voir des musiciens en transe sur une musique complexe mais belle, ça m’a vraiment marqué ce concert. C’était il y a environ sept ans et depuis ce groupe me troue le cul à chaque fois qu’il fait quelque chose, c’est fantastique, et humainement ce sont des mecs super. C’est un peu difficile d’accès non, surtout au niveau des chants ? C’est difficile mais faut les voir sur scène, c’est génial. Après les formations changent, leur batteur est parti chez Tame Impala qui est un gros truc maintenant. Leur style a aussi évolué mais ce sont des mentors pour moi. C’est de la musique de musiciens, en terme de mélodie c’est hyper riche.

Merci beaucoup Emile, on te souhaite une chouette tournée!
Et moi je suis repartie guillerette après un bon concert, avec Le Passeur d’Armes dans la tête en boucle:

Prochain concert : 11 Mars 2015 au Point Ephémère, à ne pas manquer!

Photo: Greg Dezecot

Interview Chapelier Fou

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Louis Warynski aka Chapelier Fou, tu fais en ce moment la tournée promotionnelle de ton troisième album d’expérimentation alliant électronique et acoustique, Deltas
. Le signe Delta signifiant le changement, qu’annonce ce nouvel opus ?
Ce qui est le plus marquant pour moi, c’est de ne plus être seul en live. Du coup pendant l’enregistrement et la composition de Deltas, je me suis permis vachement plus de trucs, plein de claviers, plein d’instruments qui arrivent en même temps, ce que je m’interdisais de faire avant.

Cette formation à 4 avec violon, violoncelle, alto et clarinette est-elle spécifique à Deltas ou est-ce un projet à long terme ?
Je ne sais pas. On s’entend extrêmement bien, y’a une putain de dynamique entre nous. Bon il est trop tôt pour y penser mais ça pourrait être vraiment cool de bosser le prochain album ensemble, au niveau de l’enregistrement et de l’arrangement. La composition reste mon projet.

Bravo pour ton clip de Tea Tea Tea, il est vraiment superbe, notamment avec la rythmique.

Certains disent que ta musique est pointue. Le prends-tu comme « qui tient du génie » ou plus comme « difficile d’accès » ? Tu as d’ailleurs tendance à casser le rythme voire même le style à l’intérieur de tes morceaux. Est-ce un besoin de surprendre tes auditeurs, ou une recherche perpétuelle abolissant les enclaves?
Je pense pas que mes morceaux soient difficiles d’accès , je vois autant des gens du grand public, que des gens qui vont être touchés par le travail sur les sons, sur des trucs un peu barjo dans ma musique…Ce qui me motive, c’est justement d’expérimenter, trouver des approches originales et intéressantes. Donc des trucs un peu prise de tête, oui, mais le résultat ne l’est pas forcément. L’important est qu’on ait l’impression d’avoir des motifs musicaux à qui il est arrivé quelque chose, un peu comme des personnages finalement, aux différentes facettes selon les contextes …

Ce nouvel album Deltas a-t-il un décor ? Les tracks partagent-elles un même fil conducteur?
Non pas du tout. J’ai pas cherché à unir les morceaux entre eux comme ça avait été le cas sur Invisible où il y avait vraiment un putain de lien entre tout, avec des sons récurrents. Là, non, j’ai galéré pendant un moment, j’étais coincé, j’avais l’impression que je tournais en rond. Et quand je me suis un peu débloqué, ça s’est assez fait dans la joie, le bordel, donc j’ai pas cherché du tout la moindre unité. Au contraire, j’ai fait trop de morceaux que j’ai ensuite virés. Après on travaille bien sûr l’enchaînement pour que ça se tienne, au ressenti.

Peux-tu en choisir un morceau, et nous conter son histoire ?

Le premier morceau, qui s’appelle Pluisme est le seul qu’on ne joue pas en live et c’est lié un peu à son histoire. Ce morceau là c’est vraiment un morceau fleuve, hyper dense où y’a vraiment de tout. Y’a du violon, du bouzouki, de la boite à rythme, de l’ordinateur, des synthés, du piano, franchement je pense que ça a été enregistré en un an cette histoire. J’en ai fait des versions et des versions, au moins 80 avant de trouver un équilibre dans les trois parties, avec des ruptures mais aussi une continuité. Je me rappelle par exemple des voix qui sont chantées comme ça « ha-ha-ha » en inspirant et expirant. J’ai enregistré toutes les voix en un après-midi, et j’étais mais complètement défoncé d’hyperventilation, c’était vraiment ultra dur, complètement fou cet après-midi là, je ne captais plus rien et j’ai passé à peu près 2 ou 3 heures à respirer comme un lapin, un challenge ce morceau, … et donc forcément un morceau comme ça,  je ne pouvais le mettre nulle part sauf en premier, en espèce de fausse intro majestueuse.

Ta musique a été utilisée pour la publicité de Google Web Lab, d’autres projets t’ont-ils été proposés récemment ?

Ouais j’en ai plein. Question publicité, les morceaux je les avais déjà fait et on m’a demandé de les utiliser, ça n’a pas un grand intérêt artistique, ça file un bon coup de pub et un peu de thune. Celle-ci j’ai accepté parce que je savais que ça ferait beaucoup de vues, faudrait être con pour refuser. Bon après tu reçois des trucs, tu peux pas tout accepter.
Là j’ai bossé pour deux artistes, Béatrice Lartigue et Cyril Diagne, pour une installation à Londres: Les Métamorphoses de Mr. Kalia. C’était hyper intéressant je pense même que je vais faire un mini album. Je rebosse avec eux sur une installation avec un piano mécanique en ce moment, et également sur des applications iPad. Sinon, cela fait un moment que je travaille par intermittence sur une musique de film d’animation tourné à Prague: Little From the Fish Shop. Et j’expérimente aussi pour moi, en projet solo.

Un artiste très occupé donc. T’imagines-tu un jour répondre à la demande d’un chanteur? Ta musique si particulière serait relayée au second plan, derrière une voix,  et donc ne pourra sûrement pas être une création aussi effervescente et aussi riche qu’aujourd’hui…
J’adore les contraintes: celle de bosser pour quelqu’un et avec ses textes peut être intéressante. J’aime bien me mettre au service de l’art des gens. A l’électronique ou au quatuor à cordes, y’a moyen de faire quelque chose d’original, j’attends que cela se présente à moi. J’ai un autre projet par contre plus personnel: je ferai les instruments et ce sera moi qui demanderai pour chaque titre un chanteur différent.

La dernière question de tous nos interviews: peux-tu nous citer trois artistes que tu affectionnes particulièrement ?
Y’a un autre messin qui s’appelle Mr Fred A avec qui j’ai joué et dont on a commencé à enregistrer le premier album, et ce mec-là en plus par ricochet est en train d’enregistrer les démos que mon frère fait. 
https://myspace.com/mrfreda/music/songs

Après je sais pas, y’en a plein, je regarde mes disques mais c’est encore plus déstabilisant,
du Animal Collective forcément,

et Sonic Youth qui pour moi est un des groupes majeurs les plus importants.

Merci à Louis Warynski et à Martingale Music.

Tournée de CHAPELIER FOU:

07/11/14 – RIS ORANGIS (91) – Le Plan – Club
08/11/14 – MONS (BE) – L’Alhambra
19/11/14 – NIMES (30) – Paloma (w Asgeir)
06/12/14 – BULLE (CH) – Ebullition
09/12/14 – PARIS (75) – Bataclan (en 1e partie d’EZ3kiel)
31/01/14 – CHAUMONT (52) – Le Nouveau Relax
06/02/15 – ENGHIEN-LES-BAINS (95) – Centre des Arts
13/02/15 – CHOLET (49) – Les Z’éclectiques – Le Jardin de Verre
27/02/15 – BRUXELLES (BE) – La Rotonde
28/03/15 – VANNES / St AVE (56) – L’Echonova
14/04/14 – PARIS (75) – La Gaîté Lyrique

Interview Daniel Avery

[crédit photo: Steve Gullick]

Bonsoir Daniel, tu sors juste de ton set pour les Plages Electroniques où tu jouais en Back2Back avec Erol Alkan. Celui-ci t’as proposé de signer sur son label Phantasy il y a trois ans. Vous jouez souvent ensemble, quelle est votre relation?

_ Nous sommes amis depuis longtemps. Je pense que nous venons du même environnement musical. J’ai toujours respecté Erol en tant que DJ, et l’histoire avec son label, c’est qu’il apparaissait naturel que ce soit « the place to be ». Nous avons de très bonnes relations, nous travaillons tout le temps ensemble. Je pense que nous sommes très complémentaires.

L’automne dernier, ton premier album Drone Logic a fait un sacré buzz sur la sphère électronique. Ta musique semble bâtir un pont entre la techno et l’electro-clash des années 90 directement vers l’image d’un futur sombre peuplé de machines. Comment décrirais-tu tes créations, essaies-tu de faire revivre cet héritage ou recherches-tu de nouvelles sonorités et vibrations?

_ Je suis plutôt tourné vers le futurisme. Bien sûr, j’ai des références du passé mais j’ai toujours eu un regard vers l’avant. Je n’ai jamais voulu « sonner vieux », je suis définitivement plus intéressé à pousser les sonorités aussi loin que possible. C’est d’ailleurs l’idée et par là même la raison de mon travail en studio. Mon principal objectif est cette recherche constante vers l’avant.

Pourrais-tu choisir l’un de tes morceaux et nous en raconter l’histoire ?

_  Need Electric, qui est sur l’album. C’est le premier morceau que j’ai fait pour Erol (ndla: Alkan). Nous étions amis depuis longtemps, je commencais à prendre confiance en studio. C’était il y a deux ans et demie, trois ans. On s’est rencontré en ville à London, il m’a parlé de son label Phantasy. Et quelquefois, tu ne peux l’expliquer, mais il se passe quelque chose en studio. Tout s’est passé très vite. Je ne sais pas d’où c’est venu, ni de quelles références, mais ca s’est juste passé: Need Electric a été créé en moins d’une journée. Je l’ai jouée à Erol, qui l’a aussitôt aimé. J’ai signé sous son label un mois plus tard. Aujourd’hui, trois ans après, nous jouons ensemble. Ce morceau est vraiment important, il marque le début d’une nouvelle vie pour moi.

Tu tournes sur pas mal de festivals cet été. What’s next? Peux-t-on attendre un nouveau projet sous peu?

_ Oui il va définitivement y avoir un nouvel album. Je ne sais pas encore quand. Pour le moment, je tourne encore pas mal sur Drone Logic. Mais je viens juste de monter un studio à London, mon propre studio, enfin. Donc j’ai commencé à travailler sur de nouveaux morceaux, ils sortiront bientôt. Je me sens inspiré, l’environnement électronique bouge beaucoup en ce moment et beaucoup de choses intéressantes se passent, les lives aussi t’encouragent. J’ai hâte de retourner en studio, voir ce qu’il peut s’y créer.

Andrew Weatherall t’a recommandé en tant que jeune DJ innovant à suivre. Aujourd’hui, tu es suivi par des milliers de fans à travers l’Europe et au-delà, peux-tu à ton tour nous recommander quelques talents à découvrir ?

_ Yes.
Il y a ce gars appelé Ghost Culture. Il a quelques singles sur Phantasy, son album sort cette année. C’est un nouveau producteur londonien très intéressant, c’est plus qu’un producteur, il va aussi avoir un live show. Il est un peu au croisement de David Bowie, Arthur Russell, avec des sons électroniques comme Depeche Mode, ou Matthew Dear. J’aime beaucoup ce genre de travail.

Il y a aussi l’allemande Helena Hauff, elle fait dans l’acid-techno,  sans aucun compromis. C’est une DJ fantastique, je pense qu’elle va vraiment sortir quelque chose de spécial.

Oh et une autre femme DJ, Xosar. Elle est américaine mais vit à Berlin, et produit dans  la house et la techno psychédélique analogique.

Et un autre: Barnt. Un allemand. Je ne connais pas trop ses références, il produit une musique électronique psychédélique. Son album va bientôt sortir, j’adore ce qu’il fait. Voilà finalement ca en fait 4.

Nos lecteurs ont la parole sur nos interviews, Victor nous a envoyé une question: Tu as joué au Festival Officiel de Dour il y a quelques semaines, comment c’était?

_ « Dour was crazy! » Tout le monde m’avait prévenu que ça allait être fou, et ca l’a été. L’Europe a été réceptive à mon travail, particulièrement la France et la Belgique. Le rendu public est très important lorsque tu es DJ,  et la foule a vraiment été cool avec moi, j’ai ressenti cette énergie partagée. Ce sont les meilleurs gigs, lorsque tu donnes de l’énergie qui t’es retournée par le public, créant quelque chose de communal, un transfert dans les deux sens. Donc oui, Dour a été extrêmement fun !

Thank you again Dan ! See you on September 25th at the Rex in Paris !

Interview Bot’Ox

BOT’OX : formé de Benjamin Boguet, aka Cosmo Vitelli et de Julien Briffaz, partie d’un autre duo électro nommé [T]ékël.
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Comment s’est formé ce duo à la fois électro et rock ?
B.B : On ne se connaissait pas avant de faire de la musique ensemble. On s’est rencontré tout bêtement parce qu’il s’était installé dans un studio pas très loin du mien. C’est un endroit où beaucoup de monde passe. Là y’a Birdy Nam Nam qui sont en train de partir, y’a Jackson et Para One, Club Cheval… Donc Julien était à côté, en recherche de collaboration, il m’a proposé plusieurs fois de produire des morceaux, ça s’est très bien passé dès le départ et c’est devenu un projet principal.

Aviez-vous la nostalgie de vos débuts rock indé : Benjamin avec Perio, Julien avec tes premières collaborations avec Loic Le Guillou avant [T]ékël ?
J.B : On voulait revenir à des instruments. Benjamin était guitariste au départ et moi batteur, on s’est dit que ça pouvait être intéressant de le faire paraitre dans notre musique. Beaucoup d’artistes fonctionnent en ajoutant des bandes de samples et nous, l’idée c’était de recréer nos propres samples, de pouvoir les retravailler. Quand tu fais de la musique électronique, t’es majoritairement derrière un ordinateur, c’est pas passionnant. Là ça permet de retourner en studio, de se bouger un peu, d’être avec des musiciens, ça développe aussi un certain côté social.

Comment vous répartissez-vous le travail ? Chacun apporte-t-il sa touche prédéfinie ?
B.B : Ce n’est pas extrêmement défini mais je suis le guitariste bassiste du couple et Julien est plus batteur à la base, donc tout ce qui est rythmique, ça passera plus par lui. Il a un bagage technique que je n’ai pas. Il mixe les morceaux, j’ai plus tendance à apporter une écriture pop. On se répartit entre écriture et production.
J.B : Je pense que c’est pour ça que notre association fonctionne. On n’a pas du tout les mêmes qualités, si j’ose dire, moi je ne suis pas un mélodiste. Ma conception de la musique s’est construite sur des histoires de rythme lorsque je n’étais que batteur. Ensuite, le côté ingénieur du son m’a intéressé, j’ai voulu ajouter cette corde à mon arc et du coup je peux me charger d’un ajout de synthé, etc. Benjamin c’est la compo. Souvent, il se pointe avec une suite d’accords et je fais en sorte de l’arranger. On est bien complémentaire, et ça tombe bien.

L’album se traduit-il comme l’image de la chronologie d’une seule nuit blanche avec ses descentes et montées… ou est-ce que chaque morceau offre une image différente de nuit en discothèque ?
J.B : Je pense que c’est plus la première version. Tu passes par plein d’états différents dans une nuit blanche et on voulait essayer d’illustrer tous ces états. Après y’en a qui sont plus complexes que d’autres, où effectivement tu peux t’imaginer que c’est une nuit entière en soi, mais le but final c’était de donner une image curieuse d’une longue soirée à travers plusieurs morceaux.
B.B : Idéalement on aimerait qu’il y ait une cohérence, qu’on puisse le voir comme effectivement une nuit qui prend différente formes au fil des morceaux. On aurait aimé peut-être qu’il y ait moins d’écart entre les morceaux, c’est sans doute notre bémol sur le disque. Un écart souvent dû au fait qu’il y ait des interprètes différents, ce qui donne des couleurs très différentes. On voulait aussi qu’ils aient chacun une existence autonome, d’ailleurs on les a sortis en single, progressivement, avec des vidéos et remix.

Toutes ces boites de nuits photographiées dans la pochette de l’album ou sur les précédents EP sont-elles vraiment à l’abandon? Est-ce le fruit d’une fastidieuse recherche sur les routes françaises ?
J.B : Toutes les premières ont été trouvées sur Google Maps, j’allais les voir une par une et prendre des photos. Parfois il y a eu de bonnes surprises, comme lorsqu’on est arrivé sans le savoir sur un site en destruction, c’était parfait.sans-dormir-entouré
B.B : Y’en a qui sont abandonnées, y’en a qui sont pas très en forme mais qui ne sont pas fermées. La pochette de l’album a été trouvée par un follower de Facebook. Après un check de ses photos sur iPhone, on s’est déplacé avec notre photographe, c’est en Loire Atlantique. Mais c’est vrai que c’est difficile d’avoir des infos sérieuses car parfois on débarque et les clubs n’existent plus, les bâtiments ont été détruits. C’était pas la solution de facilité, ça nous a pris du temps. La photo de l’album est une grosse discothèque des années 80, où tous les gens des petites villes ou des villages aux alentours se retrouvaient pour sortir le samedi soir. Il est bizarre cet endroit, ça ressemble pas vraiment à un club, ça ressemble à un espèce de monstre qui avance dans la campagne et je crois que c’était un peu vu comme ça par les riverains d’ailleurs, ça s’appelait le Nautilus.
J.B : en vrai, elle est encore plus impressionnante. Elle fait un peu vaisseau menaçant avec un côté désincarné.

Avant l’album, plusieurs EP ont été publiés en mode teaser, puis l’album est sorti au mois de novembre dernier, puis l’ajout d’un 2e CD de bonus Tracks pour une édition deluxe. I’m A Cliché a l’air d’être passé maître dans l’art du marketing !
B.B : Si seulement ! On avait beaucoup de matière et comme on ne veut pas faire d’album fleuve, on a tendance à sélectionner d’une manière extrêmement excessive tout ce que l’on rend public. Mais après l’album, on s’est retrouvé avec pas mal de trucs finis, masterisés, et on s’est dit qu’il y avait des morceaux qui auraient mérité d’être dans l’album et que c’était dommage de les garder dans notre cave, donc voilà on a fait cette autre version. C’est pas pour décliner à l’infini les formats, c’est juste pour rendre publique la musique. D’ailleurs, ça s’est fait un peu en catimini, si on avait voulu faire un coup de marketing, on aurait sorti un autre disque.
J.B : Les EP étaient aussi l’occasion de faire une vidéo par single et de proposer plusieurs remix. L’occasion de proposer plus de contenu original qui pourrait durer un peu plus dans le temps.

Le clip de The Face of Another, dessin animé réalisé par Florence Lucas, est très osé. Le choquant est-il aussi du marketing, Florence avait-elle carte blanche ou le clip traduit-il un certain esprit trash ?
B.B : Florence a eu carte blanche, c’est une amie illustratrice, on essaie de faire des choix cohérents donc on sacrifie tout à l’esthétique qu’on veut véhiculer et non pas à l’impact qu’on veut avoir sur les gens.
J.B : Le sexe ça fait longtemps que ce n’est plus vraiment choquant. A mes yeux, le clip de Goodbye Fantasy est beaucoup plus dérangeant. Ce qu’on aime chez Florence c’est son trait. Elle a travaillé toute seule dessus à Berlin, elle s’est beaucoup investie et on a rien changé à l’original. Ce qui m’interesse aussi en tant qu’artiste, c’est d’essayer de marcher là les autres n’ont pas été, de se renouveler et de proposer des choses qui sortent de l’ordinaire. Tout l’univers de Florence est très intriguant.

Sur les titres Goddbye Fantasy et Unfinnished business, vous avez posé la voix de Mark Kerr. On l’a aussi entendu chez Discodéine. Comment cette collaboration s’est-elle créée, c’est vous qui êtes allés le chercher?
B.B. : Il était sur le premier album, c’est un ami depuis près de 10 ans. C’est un excellent chanteur, batteur de formation qui joue avec plein de groupes. Certes il chante pour Discodéine, à l’origine il joue surtout de la batterie pour eux.
J.B : En fait il y a peu de bons musiciens à Paris, et en plus, ils sont souvent étrangers. Il doit y en avoir 20 donc tu les croises tout le temps, et lui on s’est toujours dit qu’il avait un truc en plus parce qu’il est multi-instrumentiste, il chante, il écrit des bonnes chansons, il a un vrai talent complet.
B.B : On bosse principalement avec les mêmes personnes, après je ne suis pas fan des voix que l’on retrouve dans tous les projets, je trouve ca dommage. Mark a besoin de faire plein de choses différentes et je le comprends totalement. Quand on a bossé avec Anna Jean sur le premier album avec Blue Steel, à part un groove elle n’était nulle part. Maintenant elle chante partout, c’est totalement légitime et en meme temps c’est un peu frustrant pour nous car ca rend un peu moins singulier le featuring, la collaboration.

Comment s’écrivent les textes ? Par rapport aux morceaux déjà prêts ? Qui les écrit ?
B.B : Pour chaque album, on choisit juste un thème culturel : la culture de la voiture sur le premier, la culture de la nuit et des soirées en boites pour le second. On ne cherche pas à faire valoriser notre projet avec la notoriété de collaborateurs, c’est plutôt un projet familial.
J.B : Il s’avère qu’on les a laissé faire et qu’on s’y est retrouvé. Déjà, on trouve les mélodies et on les impose aux chanteurs, donc faut leur laisser une certaine liberté. Avec Johnny Dangerous (ndl : des Foremost Poets), c’est particulier, on ne l’a jamais vu, on ne s’est même jamais parlé. On s’envoit juste des mails. Après discussion, il te renvoie 40 pistes et tu fais ton shopping dedans, un ricain méga pro !

Les influences de Bot’Ox ?
J.B : Cette question est difficile parce que l’éclectisme n’est pas une posture, c’est la réalité : notre bibliothèque doit compter au moins 12 000 vinyles. Je crois vraiment qu’on n’a pas de barrière, avec un goût pour les trucs qui sortent de l’ordinaire et qui sont un peu bizarres, donc ça donne une collection de trouvailles sans Marvin Gaye ou Mickael Jackson.

Une recommandation ?
J.B: Throbbing Gristle par exemple. Un groupe culte qui a un peu inventé l’indus, avec une démarche ultra personnelle, une carrière moins flamboyante, mais une création qui est restée sur le long terme. La musique qu’on écoute pour se détendre hors boulot, est plutôt ancienne. La période des années 75-80, une époque où y’avait cette espèce de mélange entre des techniques modernes et les instruments, du 50/50, qui produisait une musique parfois plus novatrice que les morceaux de notre décennie. Surtout quand tu vois la manière dont est faite la musique aujourd’hui : avec omniprésence de l’ordinateur, et un son plutôt agressif.

Sur la construction de l’album, vraiment éclectique qui passe de la pop à l’électro, ça m’a fait un peu penser au dernier album de Trentemoller, qui nous avait habitué à la techno au départ et qui maintenant introduit des morceaux instrumentaux très rock comme vous le faites, inclus dans une construction complètement hétéroclite.
J.B : Oui, j’ai l’impression que tous les producteurs de musiques électroniques intéressants finissent par recouper ça à un moment ou à un autre, que ce soit Trentemoller, Matthew Dear, Caribou. Quand tu fais de la musique, tu aimes une guitare, tu aimes une boite à rythme, tu aimes un synthé, tu aimes une basse, tous les sons sont chouettes à exploiter. Dire « je ne fais que de l’électronique » ou « que de l’acoustique », ca ne veut rien dire. Aujourd’hui, les gens font de la musique en incorporant tout ce qui leur plait, il n’y a plus ce côté subversif que la techno pouvait avoir il y a quelques années, lorsqu’elle créait encore une dichotomie dans la société. Par contre il y a ce danger de ne plus entendre que de la musique lisse, à culture de masse. C’est hallucinant comment la musique électronique est montrée par les médias ; au cinéma, les scènes en discothèques sont révélatrices et ridicules. C’est pour ça qu’on a aussi voulu montrer une autre vision de la discothèque et la réalité de la fête.

Votre musique est très cinématique. On ne peut pas écouter un morceau de Bot’Ox sans s’imaginer un décor et un dynamisme au travelling. Vous avez travaillé sur des bandes originales de films, comme le thème pour Mineurs 27. D’autres projets cinématiques sont-ils en cours ?
B.B : Non ca c’est une grande frustration. On l’a fait effectivement avec Mineurs 27, on l’a aussi fait en one shot live avec un film de Carl Theodor Dreyer : La Passion de Jeanne d’Arc, à l’auditorium du Louvre. Malheureusement, ce sont des films peu connus du public, on était content de notre musique et hélas, on a pu voir à ce moment-là à quel point le monde du cinéma est trash. La musique de film, c’est un truc pour lequel on pense avoir une forme de fluidité, on arrive à s’adapter de manière assez naturelle au monde de l’image. Donc pas de projet actuellement mais ca viendra !

Samedi 29 mars, vous jouez à la Gaîté Lyrique avec David Shaw. Comme vos morceaux sont très éclectiques, electro, avec ou sans collaboration vocale, rock. A quoi doit-on s’attendre ? J’imagine que vous serez plus de deux sur scène ?
J.B : Je suis batteur mais je ne suis pas un génie de la batterie, et comme on a un batteur qui est vraiment fantastique et qu’on ne peut pas lâcher, je préfère m’éclipser de ce côté-là. On aura Benjamin en tant que guitariste, un bassiste, Mark chantera tout ce qu’il peut chanter et jouera aussi de la guitare et on aura aussi un clavier. On jouera pratiquement tout le nouvel album plus des anciennes. Sur scène, y’a une énergie encore un peu plus rock que sur le disque donc faut s’attendre à un truc un peu plus pêchu.

Cool ! Du Grands Boulevards qui dure 10 minutes !
Qu’en est-il de votre aura internationale ?
J.B : On est à moitié connu au Mexique, on ne sait pas trop pourquoi et on a un bon succès en Amérique du Sud. Un peu aux EU aussi, mais le cœur de notre auditoire pour l’instant reste la France.

J’ai quelques questions supplémentaires de la part de nos lecteurs :

Victor, entrepreneur à Lille : Arrivez-vous à vivre de votre musique ? Si oui comment ? Et à quel moment avez-vous décidé de vous y consacrer totalement ?
B.B : C’est marrant, ces questions. Depuis que j’ai 25 ans, oui je vis de ma musique : je suis DJ, je fais des concerts, notre musique est exploitée à droite à gauche, à l’image, on fait des travaux de productions pour d’autres groupes aussi, on fait plein de choses différentes. Mais oui, on s’en sort ça va.
J.B : On sent le mec qui a envie de faire mais qui flippe. Oui on vit de notre musique. Il faut savoir qu’on a une très faible visibilité sur l’avenir, c’est ça qui est un peu stressant finalement. La musique c’est un risque à prendre et encore plus quand tu essaies de faire une musique vraiment personnelle, que tu ne fais aucune concession sur l’éventuelle commercialisation de ton oeuvre. C’est un choix important.

Adélie, étudiante à Bordeaux :  Une date sur Bordeaux ?
B.B: On est passé à l’I-Boat l’année dernière. On discute d’une autre date.

Caroline, entrepreneur à Shanghai : A quand la tournée en Chine ? Je veux vous voir !
B.B : On ne rêve que de ça, qu’elle nous voit, mais la Chine c’est un peu compliqué pour le moment.
J.B : Une petite tournée en Chine, ça ferait kiffer tout le monde, mais maintenant on approche tous de la quarantaine, il faut que ce soit organisé, donc je compte sur Caro pour nous trouver ca !

Merci de m’avoir donné un peu de votre temps. On se retrouve samedi 29 à la Gaîté Lyrique !
J.L.
[Photo à la une de  Marco Dos Santos]

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