indus

GTT au Badaboum pour une soirée païenne

 

On est jeudredi, la reprise des concerts intéressants s’annonce et s’amplifie avec le mois de mars, notamment pour les artistes méconnus ou confidentiels. La fermeture de certains lieux aurait-elle ouvert une brèche à d’autres en terme de programmation ou est-ce juste un besoin, une envie de diversification de ces derniers ? Quoi qu’il en soit, me voilà au Badaboum, pas une salle où je viens souvent assister à des concerts, quasiment jamais en vérité, et pourtant ce sera cette fois la 2eme en 10 jours (la dernière pour Boy Harsher et Kontravoid). Ne jamais dire jamais. D’autant que la soirée s’annonce riche en rythmiques rituelles, façon danse de la pluie ou du soleil (on est en mars, hein), le Dieu Pan requérant en offrande l’attention de nos oreilles…

USE / IL TAPE SUR DES TAMBOURS ET CA LUI PLAIT BIEN

Zut, il a déjà commencé, je pensais tomber sur Society of Silence pour me chauffer, mais là ça tape déjà fort. En effet, j’entre dans la salle sur C’est si lisse avec sa sirène d’alarme qui fait toujours son petit effet (le public a encore bien failli évacuer la salle), ses aboiements et ses coups de marteaux pilons sur les toms et cymbales. Je vous présente Nicolas Belvalette, dit Usé, from Amiens – Picardy, fondateur et bruitiste dans Headwar, complice de Jessica93 et Noir Boy George dans Roberto Succo, et actif dans d’autres formations aux noms saugrenus (Les morts vont bien, Sultan Solitude…), 1 EP (Marilou) et 2 albums au compteur (Chien d’la casse et Selflic chez Born Bad Records).

Usé est réputé pour ses sets fiévreux basés sur un bric-à-brac d’éléments de batterie et une guitare bricolée sur lesquels il tape rageusement, consciencieusement tel un stakhanoviste de rythmiques tribales modernes de parkings désaffectés. Comme à son habitude, il démarre vêtu d’un polo aux couleurs pastel édulcorées pour finir torse nu en jogging troué, tout investi de la rage qui anime sa “musique”, entre noise, indus acoustique, et chanson ironique et désabusée. Entre deux coups de boutoir à baguettes, Nico viendra chanter ses plus belles chansons d’amour dans la fosse (Marilou et  Danser un slow avec un flic), jètera négligemment son micro sur ses cymbales quand il ne crache pas à droite à gauche, en bon chien d’la casse.

Quand on pense que l’apothéose a eu lieu, il nous balance l’air de rien un petit Billie Jean de derrière les fagots, nous envoyant des miettes virtuelles et finissant par se castrer en frappant fort son micro situé au niveau de l’entrejambe. Fin bizarre, presque mystique, le premier rite est achevé, place au suivant.


GUM TAKES TOOTH / PAN DANS LES DENTS

Je ne connais que depuis peu, quelques semaines pour tout dire, et pourtant ce duo venu de Bristol, composé de Jussi Brightmore aux sons électro et au chant, et Tom Fug à la batterie (acoustique et pads électroniques) sont actifs depuis 2009 semble-t-il. C’est pour nous présenter leur 3e album Arrow qu’ils ont fait le chemin jusqu’ici, ledit album m’ayant bien retourné les conduits auditifs, d’où ma présence pour en savoir plus.

La scéno est assez minimaliste avec une batterie acoustique équipée d’un ou deux pads de déclenchement à ma droite, et un gros gros panneau de commandes composé de contrôleurs Behringer (4 BCR j’ai l’impression) commandant un setup Ableton Live sur ordi sans aucun doute ainsi qu’un rack d’effets, à ma gauche donc. Finie la pause geek.

Le duo démarre par une mise en bouche calme, berçante, Cold Chrome Hearts nous soulève doucement de terre pour nous emmener dans leur monde fait de bidouillages électroniques, tantôt caressants, tantôt rugueux, où le rythme souvent tribal a une franche prédominance.

On découvre aussi cette voix éthérée, trafiquée, un peu glitchy, qui à ma première écoute m’avait fait penser à celle de PVT. Je trouve une filiation forte entre ces 2 groupes, pour la voix donc, mais aussi le goût de l’exploration sonore, électroacoustique.

Ainsi le prochain track provoquera les 1res vraies secousses corporelles, battant plus énergiquement, à l’image de The Arrow et No Walls, No Air, titre au goût proche de ceux de  Deux Boules Vanille, en plus acide. Et là on commence à passer un vrai bon moment de transe. Le duo nous emmènera aussi sur des franges plus sombres des plages numériques avec Slowly falling, intermède drone ambient ronflant, digne d’un film de SF, ou encore A still earth, morceau à la limite d’un black métal électronique, on pense à du Sunn O))).

Ils termineront sur Fight Physiology qui sera étiré à son extrême jusqu’à un final techno pour clôturer ce 2e rite chamanique, pour notre plaisir… et notre frustration car le set nous aura paru court. J’ai écouté par la suite leurs autres productions et il semble que ce live reprenne uniquement le dernier album. Mais ce n’est peut-être qu’une impression car le temps défile vite quand on est en suspension.

Petite critique personnelle, j’aurais apprécié soit des images en fond, soit une ambiance plus gloomy (et tant pis pour les photos), les éclairages se montrant peu convaincants.

SOCIETY OF SILENCE / PAS VUS PAS PRIS

Je pensais les avoir ratés, mais en fait, ils étaient programmés en dernier plutôt qu’en toute première partie, “relégués” au comptoir DJ sur le côté plutôt que sur la scène (ce qui ne met pas vraiment non plus en valeur). Et c’est dommage, car après les deux lives précédents pour lesquels la majorité est venue, il n’est plus resté grand monde pour profiter de leur techno pourtant bien de qualité. Et j’avoue comme les autres, je suis parti rapidement. Faut dire que ce lieu n’a pas ma préférence pour les concerts : trop typé (petit) club, avec sa salle basse de plafond (mais aux chouettes néons), son long bar trop près de la scène (bavardages et bousculades assurés), ses couloirs, son fumoir, ses toilettes, l’impossibilité de sortir prendre l’air, et la Bud à 5€ le demi, bref un club parisien quoi. Prompte aux rencontres alcoolisées des fièvres du samedi soir, cette salle a quelque chose d’incongru pour des concerts rock, l’assemblage ne s’est pas fait dans ma tête en tout cas, mais ce n’est qu’un avis personnel (quoique partagé par d’autres), et la soirée fut tout de même intéressante, à défaut d’être exceptionnelle.

Texte et photos © Alexis Cangy

Nouvelle matière à clubber: retour aux basiques indus

On était au concert neo-clubbing de la sensation percussive Nova Materia à La Maroquinerie

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Au fond de la cave à cuir suintant, l’atelier musical est des plus intrigants. A gauche, devant un carillon de tubes d’acier, attend un plan de travail de métal noir, auquel sont fixés blocs de pierre et pièce de bois, à droite, les cordes sont à l’horizontal, jouxtant touches d’ivoires, alliages dorés de cymbales et peaux tendues de bongos. Ca fait beaucoup de matière pour deux personnes.

On aurait pu y faire entrer les mandarins de Céleste Boursier-Mougenot et laisser faire, mais les deux tourtereaux qui entrent en scène ont un tout autre esprit, punk et revêche. It Comes, leur album à sensation froide paru en septembre dernier chez Crammed Discs, se joue enfin en live, quelques jours à peine après leur révélation aux Trans.


[Follow You All The Way /extraits]

Nova Materia a le désir de faire sonner le brut, grattant, frappant, martellant leur matériel peu ordinaire. En résulte une transe indocile qui redéfinit le clubbing indus par les basiques, une musique primitive de celles qui libèrent, et ce pour deux publics distincts : une moitié de fosse chilienne très chaleureuse, qui jappe sans cesse et s’évertue à copier les vocales de leur compatriote Eduardo Henriquez, l’autre moitié, plus parisienne, qui préfère s’exprimer uniquement par le corps, osant de grands mouvements libres et artistiques.

[Cliquez sur les photos d’Alexis Cangy pour les agrandir]

Le duo issu de l’ancien groupe post-punk Pánico fait monter le rythme tranquillement à coups de ting, scratch, clang, clac, brrrr, zzzzzt. Leurs deux faciès de caractère ne se lâchent pas du regard, construisant ensemble une conversation question-réponse, autant dans les tintements que par prises de parole, celles-ci parfois scandées en expressions mystérieuses. Leur musique a beau sembler froide et menaçante, la fosse se ressent comme brûlante, entre fête sombre et désinhibition, réceptacle des vibrations de la lourde boîte à rythme, des boucles de l’Electro Harmonix,  et des étincelles sonores que lance ce tandem extraordinaire.


[Nov Power]

Sur Follow You All The Way, les murmures de la française se rapprochent de ceux de Kazu Makino chez Blonde Redhead, avant qu’un rythme disco ne prenne possession vaudou de votre corps, et que les sonorités s’allègent avec tintements plus joyeux. 

Alors que nos corps tressautent sur ce tintamarre, le visuel expérimental n’est pas loin d’être hypnotique. On aime lorsque Caroline Chaspoul frotte en cercle sa pierre rugueuse. Quant au carillon géant, il semble répercuter son propre écho à l’envi. Certaines sonorités se révèlent complexes, vibrant comme une courbe à l’intérieur des métaux après choc, on s’étonne également de la multitude de procédés existants pour varier les ondes sur une simple feuille de tôle. Le concept néo-indus vous ambiance et au vu des applaudissements entre chaque morceau, le public est unanimement conquis par le Nov Power.

L’ultime titre dansant Kora Kora invite tout le public à frétiller. L’harmonie bruitiste est telle, que le bruit sourd d’un micro tombé malencontreusement (par faute de vibrations) fait corps avec la série de percussions du morceau sans déranger aucunement la performance. Le tapage nocturne passe de minéral à électronique; et si Blixa Bargeld cantonnait ses expérimentations à un auditoire connoisseur, Nova Materia démocratise aujourd’hui le vacarme percussif en techno à réverbe ravissante.
Du krautrock à la warehouse, nouvelle matière à clubber.


[Extrait de Speak in Tongues pour le teaser]

Je vous laisse, vais acheter un carillon pour ma maison.

Julie Lesage – 

 

Un bestiaire alternatif garanti DIY sans OGM au FGO ? OMG !

 

On est en juin et il commence à faire chaud. Certains se mettraient déjà bien à poil mais ce soir j’opterai plutôt pour des plumes, celles d’un canari maléfique par exemple, ou encore celles de ces trois formations qui ont décidé d’écrire des chansons différemment.

Bernard Grancher and the GBBG

Bernard Grancher et son acolyte de circonstance, Yan Hart-Lemonnier, sont assez rares sur Paris pour que cela constitue une assez bonne raison de venir ce soir, au-delà du fait que chacun figure en bonne place parmi les disques que j’écoute régulièrement.

Les gars d’la compta
Tels des cadres du service comptabilité un brin excentriques évadés d’un apéro-plage à la Baule, ces férus de bidouillages électroniques contrariés se présentent en chemisettes blanches impeccables, pantalons rouges simili cuir et… pieds nus (je n’ai pas vérifié s’il restait du sable). Ca leur va plutôt bien.

Le cocktail GBBG c’est un peu Boris Vian et George Perec remixés par Gary Numan et Aphex Twin, avec une pincée de Plastic Bertrand version 2.0.
Avec déjà 3 albums au compteur, Bernard Grancher (qui semble affectionner les éviers double bac autant que Duchamp affectionnait les urinoirs) déroule son répertoire de chansons électro-pop aux textes grinçants de trivialité décalée et parfois d’amour. Entre le regret d’avoir cassé la machine à fabriquer La famille idéale, une ode à La femme, l’observation des Chèvres (parabole sur Panurge et ses moutons), et les joies de l’héritage, il dégobille l’absurdité du consumérisme, de la « normalité » et des humains en général avec une attitude assez rock n’roll pour un mec en chemisette.


Merci Bernard !
La qualité des jeux de lumière sublime le tout tandis que les beats de Yan commencent à faire leur effet sur mon petit corps en manque de déhanchements. « Allume le moteur » clame Bernard dans l’un de ses derniers morceaux, et en effet, aucun retard à l’allumage n’est à constater en ce début de soirée, avant d’enchaîner sur les errements bizarroïdes qui vont suivre.

Les Trucs

En tapant Les Trucs dans une barre de recherche, on se fait vite suggérer “Les trucs de fille”, “Les trucs rigolo”, “Les trucs qui font peur” ou encore “Les trucs à faire à Paris”. Et bien disons qu’en l’occurrence, voir Les Trucs au FGO Barbara à Paris ce soir-là, ce fut un peu tout ça à  la fois ^.^

J’irai chanter chez vous
En effet, si poser du matos sur des praticables au milieu du public afin de favoriser un contact direct avec ce dernier n’est plus inhabituel, la surprise viendra plutôt des tenues du duo, entre Devo et Antoine de Maximy, et leur présence scénique.

Appareillés tels des Ghostbusters revenus d’un futur improbable, pédale d’effet et interrupteur à la ceinture, des “machins” (pour ne pas dire des “trucs”) noirs dans le dos servant d’alimentation aux cols de cygne éclairant leur visage, Charlotte Simon et Toben Piel sont venus présenter leur 3e album “Jardin du boeuf” (c’est d’ailleurs officiellement leur release party).


Wir sind die roboten
Les Trucs se définissent comme des êtres mi-humains mi-robots, reprenant ainsi l’héritage de leurs aînés de Düsseldorf (je vous laisse deviner lesquels). Leur set tient plus de la performance que du live cadré. Avec une énergie généreuse et communicative, ces humanoïdes nous serviront une choucroute électro expérimentale vitaminée aux saveurs lointaines de cabaret déstructuré qui remue le poitraille et les guiboles pour le plus grand plaisir de fans absolus comme d’enthousiastes curieux, comme moi. Pour être tout à fait clair : ça y est on est chaud bouillant pour la suite.

Infecticide

Ceux qui m’ont déjà accompagné les voir savent que je ne jure que par eux pour perdre 10 litres d’eau en moins d’une heure. En effet, ces pieds nickelés de la chanson française (hu hu) proposent une formule explosive, propice au lâcher prise incontrôlable, voire à l’hystérie la plus totale.

C’est toujours avec fébrilité que l’on découvre leurs costumes (fin 2017, un super-héros au cerveau à l’air libre, accompagné d’un lutin et d’un homme des cavernes, il y a quelques mois ils étaient grimés en livreurs à vélo “Infectifood”, et caetera et caetera). Je suppose que ce goût inaltérable pour les déguisements décalés, bizarroïdes, parfois ridicules, vient du fait que 2 d’entre eux au moins sont comédiens de métier.

La ferme aux animaux
Ce soir nous aurons donc droit à un poussin avec des dents au regard revanchard, un cochon bad boy nonchalant et un mouton terrorisé (Jacques de Candé est à chaque fois magique dans le rôle du personnage brimé, persécuté, ou simplement viscéralement anxieux).

On peut y voir éventuellement le prolongement d’une forme de tradition de la scène alternative française fin 80’s / 90’s qui mettait un point d’honneur à s’habiller n’importe comment pour dénoncer les maux de nos sociétés avec des paroles “rigolotes”, ou pas (ex : Ludwig Von 88). Sauf que chez Infecticide, les textes sont réduits à leur plus simple appareil, évoquant avec d’autant plus de violence rentrée, “froide, dure, sèche”, la bêtise – je pense que c’est le terme le plus approprié – qu’ils cherchent à dénoncer. Tout porte à croire que ces dingos ont décidé de faire de la régression un art à part entière qui fait à la fois réfléchir sans y penser, ou peut-être l’inverse, mais surtout danser et se marrer. Car il s’agit bien de cela avant tout, comme me l’a un jour confié Thomas Suire, chanteur-bidouilleur du trio : Infecticide, c’est leur terrain de jeu privilégié, de l’auto-dérision à l’état pur entre potes qui n’ont pas envie de se prendre au sérieux (sans pour autant ne dire que des conneries).

Régalade générale !
Nettement moins drôle, mais tellement libératrice, leur musique, comme leurs textes, est plutôt dépouillée mais assez puissante pour retourner une salle entre EBM (on pense notamment à DAF), psycho-billy et techno ascendant cold-wave indus (?!). Bref, un tas de trucs qui ont l’air froid comme ça et qui, en fait, font salement danser les gens qui s’en foutent et aiment se jeter les uns sur les autres en souriant. Ainsi parmi leurs inénarrables classiques (Comme une gomme, Bagarre générale, Prehistoric, Pourquoi pourquoi, Une petite motte de peur, Petit tricheur), se glisseront leurs plus récents Qui a mis le feu à la voiture de la police ! et surtout Un monde en forme, plus terrible et hilarant que jamais.

Et le concert de filer à une vitesse qui me surprend toujours. Et j’ai encore perdu des litres d’eau en 45 mn, appareil photo pendouillant au bout du bras. De fait, grâce (encore une fois) aux belles lumières en fond de scène, j’ai eu parfois l’impression que le volatile que je photographiais était un Ziggy Stardust venu d’une dimension parallèle, sûrement une hallu dûe aux endorphines.

Pour conclure d’une façon qui comme moi ne tient peut-être pas bien debout, si “Le rire est le propre de l’homme” comme le disait Rabelais, alors Infecticide en sont les Animaux Sauvages 😉

Texte et photos A. Cangy
[Cliquer pour agrandir]

Bernard Grancher (w/ Yan Hart-Lemonnier)

Les Trucs

Infecticide

 

APTBS : A place to bury your ears…

 

A Place To Bury Strangers (APTBS pour les intimes) est passé au Trabendo nous présenter son nouvel album Pinned (aïe !), tout frais sorti chez Dead Oceans. Ca n’affiche pas complet et pourtant la salle est comble, entre fans surexcités et novices prêts à se laisser tenter, sans se douter qu’en fait on va tous se faire bousiller en moins de temps qu’il n’en faut pour épeler le mot N.O.I.S.E.

En effet, dignes rejetons de la scène No Wave bruitiste de la côte EST des USA, les APTBS ont un certain AFD (Appetite For Destruction), leur rock incandescent puisant autant dans le post-punk énervé, la dark wave moite, l’indé noisy, le psyché saturé, voire le shoegaze qui s’ignore et autres joyeusetés fuzz.

[Il faut dire qu’ils fabriquent eux-mêmes à la main leurs propres pédales fuzz, delay, et reverb (mais avant tout fuzz) destinées en général à ravager complètement le signal de toute source sonore passant par là. Elles sont d’ailleurs commercialisées sous la bien nommée marque Death by audio (vénérée par les expérimentateurs qui ont les moyens]

Dès le premier morceau, on prend trois baffes pour finir plaqué au sol et malgré tout, on en redemande. Une fumée digne The Fog nous enveloppe bruyamment et nous voilà plongés dans une pénombre rugissante à réveiller quelqu’un qu’on viendrait d’enterrer (haha). Et une première basse fracassée à terre alors qu’on ne s’est même pas relevés !

On enchaîne direct avec Never coming back du dernier opus qui met tout le monde d’accord avec son mantra qui fout la transe. Ainsi les morceaux s’enchaînent dans une fureur digne d’une comédie musicale façon Mad Max Fury Road.

Lia Simone Braswell, batteuse émérite, nous octroiera une pause syndicale avec un instant vocal puissant et bluffant, accompagnée d’une « simple » cithare. Mais rapidement la basse gonflée à bloc de Dion Lunadon, la batterie massive et la guitare maladivement rageuse d’Oliver Ackermann reviendront au galop nous envoyer à la face leurs harmoniques suffocantes.

Au bout d’une heure de ce déluge sonore, le trio se rassemble subrepticement au milieu du public, comme dans une coquille, pour un set plus électro indus, le temps de trois morceaux dont certains sur la face bonus du dernier album.
Puis de retour sur scène après cet interlude rafraîchissant comme 30 mn passées dans un sauna, la tempête reprend de plus belle, en plus punk, plus rapide, rugissant encore, plus fort. Cette fin de set prend des allures d’expédition punitive en vue d’une destruction définitive des conduits auditifs, ça pogote et slamme à tout va dans la fosse. La conjonction des planètes n’était décidément pas du côté des photographes, avec cette atmosphère alternant brouillard RVB, ténèbres enfumées et flashs stroboscopiques décidés à engendrer une nouvelle génération d’épileptiques dopés au bruit blanc réverbéré.


[Et oui, à un moment je tombe mais ne lâche rien ! ;)]

Après une grosse montée d’adrénaline répétitive pour le dernier track, tout s’arrête, pas de rappel, fin, the end. On se retrouve, tout penauds, au bar, sonnés et assoiffés. Les « Comment ? », la main en pavillon contre l’oreille, fusent de partout, moitié pour la blague, moitié sérieusement.

Le groupe semble bien être ce dont il se vante : le plus bruyant de Brooklyn et certainement de tout l’univers. D’ailleurs ils devraient s’appeler A place to bury your ears…

// AFTER (work) //
Prévenus d’un after en mode DJ set au Supersonic, nous nous y rendons gaiement. Et là, surprise, les mecs passent des trucs qui n’ont rien à voir, de la variét’ internationale 90’s entrecoupée de sons rock noise, qui au final nous aurons aidés à finir la soirée en dansant en toute insouciance, on en aura profité pour leur taper un high five dans la jovialité la plus totale. C’est bon de rire parfois… aussi.


[Oliver – à droite – Hamster Jovial et ses louveteaux]

Texte et photos : Alexis Cangy / exceptée photo « pénombre » ©Marine Renard

Gonzaï Night Octobre 2017 : entre chaud et froid

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Pour sa première de l’automne à la Maroquinerie, Gonzaï nous a concocté une soirée à l’image de la météo : entre chaud et froid. Hasard du calendrier voyant approcher Halloween, ce fut l’occasion d’apprécier des artistes mi-anges mi-démons lors d’une grande messe à vrai dire plutôt païenne. Au menu : Casse Gueule, La Mverte, Matias Aguayo & the Desdemonas

CASSE GUEULE : pas tant que ça…

Avec un blase pareil, on se dit que ça risque d’être bancal, à défaut d’être bankable…
Et bien non et si un peu quand même, mais c’est comme ça que c’est bon. Seconde fois qu’on les voit en quelques mois et l’affaire semble bien rodée. Les synthés analo, posés dans la fosse entourés de néons, pilotés par deux savants fous, l’un en kilt un brin viking surexcité, l’autre en blouse scientifique, genre concentré, accompagnent cette grande bringue sérieusement déjantée qui fait office de chanteur.

Vêtu de son inénarrable combinaison bleu de travail, Jonn Toad, de son petit nom, sillonne les quatre coins de la fosse en chantant comme un ado en pleine mue vocale ses textes lucides sur notre condition d’humains ridicules (l’album s’appelle Dictature et mendicité, hein). Sans rien lâcher de son déhanché approximatif mais maîtrisé, Jonn vient régulièrement planter son regard dans celui d’une personne choisie au feeling ou au hasard, presque nez-à-nez (on y a eu droit aussi), comme pour être sûr que le message rentre bien dans le crâne, tandis que ses acolytes s’escriment au rythme de non pas une mais deux TR-707 (!). Tantôt pop-wave-80 tantôt EBM/indus, on s’amusera (oui on s’amuse beaucoup à un live de Casse Gueule) à reconnaître parfois l’adaptation musicale de quelques gloires du rock d’antan (Born to be wild des Steppenwolf – Né comme ça -, ou encore le Highway Star de Deep Purple – Quatrième voie -).
Bref, on pense un peu à du Début de Soirée cynique sous speed, et pour un  début de soirée, ça démarre plutôt bien.

LA MVERTE : la mort vous va si bien…

“- Tu fais quoi ce soir ?
 – Je vais voir La Mverte et d’autres groupes à la Maro…
– Ah ouais, La Muerte c’est le groupe belge gothic-blues des années 80, là ?
– Euh non, “là” c’est La Mverte avec un V.
– Avec un V ?!
– Laisse tomber, Viens, tu Verras bien…”
Cela fait un moment que nous le suivons, dans le sillage de son vaisseau-mère Her Majesty’s Ship. Après 2 EP impeccables (Through the circles et A game called Tarot) l’attente était grande d’entendre et voir jouer son premier album 
The Inner Out et disons-le tout net : dans les 2 cas, Alexandre Berly fait mouche ! A écouter les paroles des premiers titres du LP (qui aura bien usé le diamant de ma platine cette semaine), on pourrait se dire que ce dandy sombre à moustache est plutôt dans le questionnement romantico-existentiel (« Where am I, how to know, should I dive », « I Don’t know why I’m Still trying… »).

Et pourtant… Aux commandes de ses bécanes, on trouve un personnage plutôt sûr de sa proposition, sereinement habité par ses compos avec l’humilité qu’on lui connaît. Tant au chant qu’à la basse, La Mverte n’hésite pas à se mettre en avant pour nous partager son électronica façon italo disco maculée de Giallo bien sanglant (ah ces sons d’orgues, ces leads piquants et ces nappes au LFO inquiétant), sorte de croisement entre Bottin, DAF, Zombie Zombie et Carpenter (avec une pincée de Moroder – Rien ne se perd-) qui se seraient réunis pour faire de la musique de club. Se risquant parfois à un grand écart entre ses 2 stands de machines avec une aisance presque gracieuse, le garçon gère son set délicieusement sombre et sensuel de mains de maître (ce qui n’est pas sans rappeler un certain A. Rebotini) pour faire danser un public a priori déjà acquis, sinon conquis.


A noter : son compatriote de label et ami, Yan Wagner viendra enfoncer le clou là où ça fait du bien en venant chanter Crash course.

MATIAS AGUAYO & the Desdemonas : rites et chansons

Nous ne nous amuserons pas à retracer le parcours pour le moins intraçable de cet artiste protéiforme, Gonzaï le fait très bien ici…

On s’est en revanche un peu penché sur le cas de ce projet en écoutant l’album Sofarnopolis à plusieurs reprises et deux choses en sont ressorties : on a là affaire  à l’atmosphère particulièrement envoûtante, voire menaçante, mais aussi à quelques moments de creux où l’on aurait peur de sombrer dans l’ennui. Un sentiment mitigé donc, à vérifier en live.

Chemise chatoyante et keytar bricolée en bandoulière, Aguayo nous embarque dans son monde fantomatique, tissant une mythologie organique entre rêve halluciné et cauchemar complaisant, relativement éloigné de ce qu’il fait d’habitude, sachant qu’il n’a pas vraiment d’habitude. Soutenu par des Desdemonas bien enfiévrés, on voyage dans des méandres luxuriantes et moites, entre dub tribal, krautrock tropical et coldwave psyché langoureuse. A la tête de sa tribu perdue dans la jungle du temps, Matias se déhanche et chante comme une diva enchanteresse, faisant claquer des castagnettes sexy ou encore jouant de percussions synthétiques.
Au moment de Cold Fever, sorte de cold dub tout droit venu des catacombes,  de Nervous, en mode rumba Brechtienne extravagante ou du très tribal Boogie Drums, on est clairement sous le charme. La formation aura donc choisi les morceaux les plus entraînants du répertoire et c’est bienvenu (même si un morceau n’a clairement pas retenu notre attention). Et on se prend à regretter de ne pas avoir assisté à ça avec des prods pour être totalement dans le trip, tout en se disant que cette musique EST le prod (McLuhan, sors de ce corps) et qu’on est ravi de s’être immergé au sein de cette procession dont la bande son ressemble à un lointain écho de nos musiques post quelque chose de 1977 à 2017.

Encore une fois, la programmation de l’équipe Gonzaï, ne laissant personne indifférent.e ni indemne, nous aura fait voyager parmi des paysages musicaux hors des radars habituels, et c’est bien le moins que l’on pouvait en attendre en ce premier jour de vacances de Toussaint…

Textes et photos : Alexis Cangy
Remerciements : Gonzaï

“Let’s Limbo !” – Chronique d’un festival pas comme les autres

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Limbo, ce n’est pas seulement cette danse du bâton (avec l’accent), provenant des Caraïbes, très présente dans les navets 80’s et 90’s, qui consiste à défier les lois de la gravité en passant dessous, courbé en arrière. C’est aussi (surtout ?) un festival de musiques alternatives, au sens large, qui se tient normalement sur 3 soirées le dernier week-end de janvier depuis l’année dernière. Bien pratique pour les festivaliers curieux qui, il faut bien le dire, n’ont pas grand chose à se mettre dans les oreilles ce 1er mois de l’année. C’est donc Kongfuzi et MyFavorite qui s’attèlent à palier ce manque inacceptable en se chargeant de la programmation.

Pour son 2e Petit Bain, le Limbo Festival aura donc convoqué la fine fleur – trop – méconnue de l’indé français, américain et londonien à savoir ce qui suit…

Roberto Succo – ça pique, ça pique

Du nom du célèbre serial killer italien ayant sévi surtout en France, ce trio ad hoc composé de noms plus ou moins connus de la scène indé noise cold française, — de gauche à droite Noir Boy George (?!), Usé (?!) et Jessica93 (Wouais !) —, est finalement reprogrammé ce soir (leur date de la veille avec Girl Band ayant été annulée) et ça envoie direct du lourd !

Après une courte intro d’orgue saturé un brin lugubre, nos joyeux drilles ont décidé de détruire minutieusement nos tympans et tout ce qui se trouve à 10cm autour, dès le 1er morceau, comme à peu près tout le long du set.
Une boîte à rythme (vieille Boss DR-880 qu’on aurait pas cru capable de ce genre de sons) crache une rythmique cold sur laquelle Jessica martèle sa basse ultra saturée tandis qu’Usé, vite torse nu, martèle son kit assourdissant de batterie / guitare (qui chutera à 2 ou 3 reprises pendant le set), chacun donnant de la voix tour à tour.

Energique, cradingue, déterminé, le tout forme un puissant drone de déferlement sonore assez jouissif il faut bien l’avouer, mais qui peut s’avérer usant (hihi) aux non-initiés. Nous on remet ça quand vous voulez les filles 😉

 

Ulrika Spacek – un drôle de blase pour auditeurs pas blasés

Une belle brochette de guitaristes bien alignés de part et d’autre de la batterie et un grand écran projetant de belles images abstraites et vintage. Visuellement on se retrouve à la fin des 60’s, toile de fond typique des concerts psyché-expérimentaux du Floyd aux Velvet et consorts. On a clairement changé d’ambiance avec ces gentils garçons délivrant un set plaisant, entre krautrock à la cool et pop psyché à tendance tantôt shoegaze tantôt grunge, sans jamais sonner désuet, ce qui permet à leur musique de rester inscrite dans notre époque.

Photo Ulrika Spacek

Principalement instrumentaux, certains morceaux sont tout de même chantés nous ramenant vaguement (Airportism) vers du Radiohead pré- Kid A / Amnesiac, notamment dans le timbre de la voix.
Bref, cette pause est la bienvenue après le déluge de tout à l’heure, à découvrir.

Alex G – Retour vers le futur dans les naillenetises

Certainement la formation la plus accessible de la soirée, mais la plus typée aussi. Alex et ses drougs proposent une pop rock indé dans la plus pure tradition 90’s américaine (casquette-cheveux-longs-chemise-trop-large), tendance balades plutôt que morceaux vénères (même si le leader sautille à tous bouts de champ).
Le songwriting comme les arrangements sont solides, sincères et généreux, indéniablement, autrement dit sympatoches.
On se sera bien laissé aller à remuer doucement la tête et taper distraitement du pied mais on n’était pas venu pour cette musique-là. Un groupe à prendre au sérieux néanmoins pour les amateurs du genre… La preuve : le public a plutôt apprécié.

Heimat – Deutsche Balinische Freundschaft

Photo HeimatPour les non-germanophones, Heimat est l’équivalent de “homeland”, autrement dit le “pays du chez soi”, la patrie en somme. Ecoutés rapidement mais attentivement sur Bandcamp quelques semaines auparavant, on avait accroché à cette électro bizarre et exotique, dorlotée aux samples instrumentaux typés Asie du Sud Est et gamelan balinais (concoctés par Olivier, l’homme électronique des formidables Cheveu), en soutien du chant en allemand (Jawhol !) de la charmante et envoûtante Armelle.

Les morceaux sont plutôt sombres et lancinants, à la limite de l’indus par moments (synthé-orgue dissonant à souhait), assez minimalistes aussi mais soutenus pas des basses bien joufflues (en live, moins sur EP). Avec ce côté post-punk de l’Est pas loin de la comptine martiale un peu flippante, le chant à la scansion toute germanique fait de l’oeil à Nico plutôt qu’à Nina Hagen, avec un soupçon de Catherine Ringer si on se laisse un peu emporter. Malgré cette froideur apparente, la chanteuse est souriante entre les morceaux, intimidée apparemment.

A noter quelques bugs informatiques qui auront un peu gâché le plaisir, ce qui n’enlèvera rien à l’envie de les suivre malgré tout.

Kas product – The clou of the soirée…

Légendes vivantes de la new wave indus alternative française ayant marqué au fer rouge le début des 80’s, pour ceux qui ne connaissent pas.

On démarre en ombre chinoise avec une intro instrumentale type film d’horreur de série B qui annonce le prochain morceau où l’on retrouve la voix de diva intacte (puissante, maîtrisée et vénéneuse) de Mona Soyoc. Et c’est parti pour une longue loghorrée tout le long du set, grand messe underground 80’s sous speed. Spatsz, son compère, gère (chevauche ?) les sons, entre boîte à rythmes, synthé et ordi, croisement de San Ku Kaï et de Albator (!). La dame nous rappelle qu’elle est une vraie frontwoman, joue du synthé, de la guitare, de la cymbale, tire au revolver (?!), sans parler du chant (et si encore), impeccable, nerveux, engagé, on hallucine !

Photo Kas Product

Et le moment tant attendu arrive enfin : So Young But So Cold, hymne d’une génération 80’s dark désabusée ravit les plus vieux et met une claque aux plus jeunes.

Globalement, nous retiendrons des compositions pêchues mais soyons francs un peu datées. Néanmoins le plaisir est total face à cette ferveur et cette générosité offertes en pâture à son public (la belle amazone vétérante façon Métal Hurlant, souriante et sûre d’elle, prend volontiers des poses théatro-rock pour le plus grand plaisir des “mecs” et des photographes…). On leur souhaite encore une longue vie sur scène.

Rubin Steiner – c’est pas un Drame

Reprenons un peu nos esprits avec un Rubin Steiner détendu et échappé de son projet Drame pour un DJ set qui nous offre une montée kraut vers électro tendance techno bien analogue et bien envoyée (parfois chaloupée), avant de découvrir…

Shopping – les soldes c’est terminé

On avait hâte de voir cette formation from London en live ! Dès le 1er morceau on est replongé dans les années post-punk-funk originelles, sautillant, mordant et décomplexé. Au 2nd, on ne peut s’empêcher de penser aux Slits (cover I heard it through the grapevine), Delta5 (Mind your own business), et autres ESG (Tiny Sticks). Avec ce trio basse-guitare-batterie-voix-féminines qu’on trouve au rayon frais à la coupe, on savoure la même énergie, la même joyeuse désinvolture que leurs ainés, tout ce qu’on aime.

Pas grand chose à ajouter tellement on a voulu profiter du set au maximum, sans le regard critique qui aura fini par s’émousser face à la fatigue, les bières et surtout le plaisir (et aussi un peu l’approche du dernier métro qui nous aura empêché de tout voir mais presque). Dès qu’ils repassent, on y retourne !


On notera au passage l’amabilité de Rubin Steiner, fan du groupe semble-t-il, qui, replacera, là, une cymbale qui aura volé ou, ici, des câbles trop emmêlés pendant le set, la grande classe.

Avec tout ça, on a envie de dire “A Limbo ouais, A Limbo ouais, A Limbo ouais…” et à l’année prochaine 😉

PS : un grand merci à Modulor pour nous avoir permis de participer à cette grande soirée…

 

Toutes photos & vidéos © Alexis Cangy