chronique

Plaza Francia Orchestra

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2001: le tango argentin se popularise grâce à Eduardo Makaroff et Christoph Müller, unis avec un troisième homme sous le nom de Gotan Project, dont le premier album connaît un succès planétaire.

2018: le monde suffoque entre la canicule et l’omni présence de la chanson urbaine de bas étage.  C’est ce même été que le duo rapporte un peu de noblesse à la musique actuelle avec un nouvel album pour son projet Plaza Francia devenu Orchestra.

Une fraîcheur et légèreté de saison, nommée d’après une place de Buenos Aires, qui arrange cette fois-ci le tango avec des sonorités électroniques et quelques featuring de voix féminine dont Madame Catherine Ringer, déjà apparue sur leur premier album révélé disque d’or en 2014. La composition est beaucoup plus riche avec une formation orchestrale, habillant l’accordéon d’une harmonie, dépassant le jeu solo coutûmier des rues pavées, fleurant parfois jusqu’aux grooves disco avec le titre Te Prohibo, ou alourdissant Càbala d’une ligne de basse rock.

(On passera rapidement sur la grosse exposition du single grâce à la chorégraphe Fauve Hautot de Danse avec les Stars, parce qu’on aimerait pas non plus faire l’apologie de la télé…)

Dans ce nouvel album, on dénote également une volonté de faire cotoyer le tango originel avec une pop métissée, qui accompagnerait la voix de la cap-verdienne Lura, le tango renoue avec les percussions, mais c’est plutôt dans la douceur de Tranquilo que l’on aime se lover.

Bizarrement, c’est à l’écoute de Plaza Francia Orchestra, que mes souvenirs divergent vers le manga Noir…mais çà c’est une autre histoire.
Il vous sera possible de découvrir l’orchestre Tipica le 27/11 !

– Julie Lesage –

Plaza Francia Orchestra est disponible // Because Music

GodForsaken Roads – Black Strobe

Godforsaken roads black strobe wisesound
On vous l’a annoncé Black Strobe sort son deuxième album aujourd’hui même. On l’a écouté en avant première la semaine dernière à 9h au bureau et on s’est pris une grande claque (attendue), on a eu envie de danser sur les tables. Alors voilà, nous ne sommes que le 6 octobre, mais c’est tout de même certain : GodForsaken Roads est notre Album du Mois.

Alors que WhoMadeWho s’assagit dans le miel (en studio seulement, les live sont encore pêchus), Black Strobe casse la baraque et nous rassure sur l’hiver : on aura de quoi se défouler sur de nouveaux morceaux électro-rock. Merci.

La couverture de ce nouvel opus illustre Arnaud Rebotini dans une église. Pour l’occasion, l’Homme (souvenez vous de la bande sonore de la pub Eau Sauvage de Dior…) a rasé sa belle moustache-fureur. Le ponte de la techno française mêle à nouveau ses influences rock et blues à ses synthés. Ou comment ammener des sonorités passées du western américain vers le futur. Aucun morceau à jeter, tout du bon. Un peu plus accessible et moins sombre que le précédent Burn Your Own Church, avec toujours cette même référence à la foi.

L’album commence fort avec deux morceaux assez furieux, un peu à la Depeche Mode avec Broken Phone Blues. On revient ensuite vers le rythm’n blues avec He keeps on calling me. La guitare de Mathieu Zub sonne le Bayou. Il est important dans un album de reprendre son souffle, et le quatuor a plutôt bien construit son oeuvre, nous accordant quelques répits entre deux danses endiablées. Ici, on sait déjà que les « Ohohoho » souderont la fosse de chacun de leurs concerts. For Those Who Came on Earth thru the Devil’s Asshole, est majestueuse dans la montée des synthés « cuivrés » sur le refrain, un je ne sais quoi de religieux la-dedans. Black Strobe fait aussi un hommage et transforme le country Folsom Prison Blues de Johnny Cash en électronique flippante et pesante, sans aucune guitare.

On reconnait bien sûr la patte de Rebotini sur From The Gutter et Going Back Home, la disco, même, s’invite sur le dancefloor. Mais ce qui fait la signature, c’est bien cette voix grave hyper masculine. Papa est haut et il ne fait pas du gâteau. Comme si Nick Cave passait à l’électro, en articulant à la française.

Le communiqué du groupe s’attarde sur le fait que Rebotini a beau impressionner par sa stature physique, il en reste doux à l’intérieur. Swamp Fever en est peut-être l’illustration, s’inscrivant en douceur dans les morceaux traditionnels américains. Les textes aussi suivent le fil habituel des vieux morceaux de blues, décrivant la solitude, le hasard de la vie ainsi que le poids de l’existence… et l’amour bien sûr, qui ne parle pas d’amour? Du coup, on imagine un peu l’intérieur du repère de Montmartre du géant: plein de vinyles de country et, trônant au milieu, des synthés parés pour les gros sets de techno en club parisien. Pas banal.

En bref: du blues ramené à l’ère électronique et disco. Pas d’invention sensationnelle pour l’histoire de la musique, mais une alchimie pleine d’énergie et excitante, qui fera l’affaire de nos soirées.

Connu pour faire trembler les scènes, il sera accueilli comme un roi cet automne lors de sa tournée à Amiens, Nancy, Biarritz, La Rochelle, Ris-Orangis, Roubaix, La Roche-sur-Yon, Mons…et Paris alors ? Parce que les concerts privés de Suiten 7 sont un peu trop….privés, on réclame ardemment notre date !

Nos préférées :
Monkey Glands
For Whose Who Came on Earth thru The Devil’s Asshole
Dumped Boogie

Blonde Redhead – Barragan

Barragán Blonde Redhead WiseSound

Je me souviens très bien du titre 23 de Blonde Redhead. Depuis, les albums suivants ont été écoutés avec légèreté peut-être inattention, les occupations étaient autres. Les années ont passé, et puis cet automne, on apprend le retour du trio sur scène à Paris le 22 septembre prochain. Bon j’ai ma place pour Sohn le même jour au Café de la Danse, mais tiens ce soir je vais écouter distraitement leur nouvel album, sorti le 02, juste pour voir. Après une intro sur gazouillis d’oiseaux, le neuvième opus Barragan (du nom de l’architecte) commence tout doux avec Lady M et ses percussions de cuisine, mais c’est à partir du troisième que je dresse l’oreille telle un doberman : Dripping, mais ca passe super bien ca ! un petit côté dream pop de chanson groovy entre copains, avec les chants de Simone Pace. Blonde Redhead ne démord pas de son ambiance mystérieuse, mélancolique et qui vous enveloppe dans un cocon, en grande partie grâce au murmure feutré si particulier de Kazu Makino.

The One I Love est d’une absolue tristesse. Désir insatisfait et dépression accompagnés au clavecin. L’électronique complètement absente renforce le sentiment de solitude, jusqu’à ces bruitages étranges de fin. Le titre suivant No More Honey me fait à nouveau lever la tête de mon ordi, je suis baladée par les riffs de guitare d’Amadeo Pace si profonds que la voix de Mikano ne fait que les effleurer. La matière brute côtoie les volutes oisives. Mind to be Had est le morceau le plus long de l’album, également le plus rock. Il tranche un peu avec les autres par les vocales de Simone Pace au nez pincé (oui deux Pace, des jumeaux de surcroît), celles-ci n’arrivent qu’au bout de 3 minutes d’un morceau que l’on croyait instrumental. La track se répète et devient ennuyeuse sans se développer.

Barragan est un album romantique à écouter dans son intégralité pour son ambiance atmosphérique et nonchalante, parfait en bas volume pour finir un dossier du boulot tard le soir à domicile ou pour une lecture du dimanche, il repose l’esprit. En effet, aucun tube, aucun morceau hallucinant ne se détache vraiment de l’œuvre globale. Certains morceaux se ressentent même un peu trop minimalistes et vides. L’album du trio Newyorkais, enregistré et mixé par Drew Brown (Radiohead, Beck, …) s’inscrit dans une recherche indie rock, parfois même jazzy rock, expérimentale et minimaliste.

 

Lost de Trentemoller

trentemoller-lostLe troisième album de Trentemoller était très attendu. Lost sort le 23 septembre et nous surprend. Exit la techno danoise, Anders Trentemoller nous offre cette année un album très éclectique, accessible à un public élargi, s’essayant à la « chanson » pop, electro-pop, electro-rock en plus de ses créations électroniques purement instrumentalistes.

Qui dit « chanson » dit voix, pour ce nouvel opus enregistré à Copenhague, le compositeur s’entoure de pointures locales : Marie Fisker, Sune Rose Wagner des Raveonettes ; comme internationales : Low, Jana Hunter, Jonny Pierce de The Drums [en écoute sur la WiseList #Hiver2013], Ghost Society, Kazu Makino de Blonde Redhead, …

 Anders garde l’esprit cinématique, l’ajout de couches de son, et une ambiance très sombre pour un album contemporain où les genres ne sont plus identifiables. Le travail se ressent minutieux et expérimental. Il faudra tout de même écouter l’album plusieurs fois tant il est copieux. Les Inrocks le qualifie d' »invulnérable » et en effet, on l’aime du début à la fin, sans trouver la moindre critique négative à sortir. Ah si ! Peut-être une question: quelqu’un a-t-il compris le visuel de la pochette ?

 Dans les préférées, on vote pour Still on Fire cette déferlante de rythme qui pousse à jouer le morceau en boucle au moins 3 fois pour en être rassasié, Gravity, et Deceive, même si les ondes ont préféré faire la promo de Candy Tongue (facile…).

Liste des morceaux de l’album:
01. The Dream (feat. Low)
02. Gravity (feat. Jana Hunter of Lower Dens)
03. Still On Fire
04. Candy Tongue (feat. Marie Fisker)
05. Trails
06. Never Stop Running (feat. Jonny Pierce of The Drums)
07. River Of Life (feat. Ghost Society)
08. Morphine
09. Come Undone (feat. Kazu Makino of Blonde Redhead)
10. Deceive (feat. Sune Rose Wagner of The Raveonettes)
11. Constantinople
12. Hazed