Alpes

Gonzaï Night : Allo l’éther ?

Pour sa première de l’année, Gonzaï nous a emmenés d’emblée en vacances d’hiver avec sa thématique cosmo-alpestre, entre godilles, schuss et ascensions vertigineuses, façon hors piste…

Hyperculte : hyperbien !

Il est des groupes dont on attend beaucoup en live tant leur musique semble taillée pour la scène et tellement rares les chances de les voir passer nous obligent à rester vigilants pour ne pas les rater. On espérait vaguement voir le duo helvète débouler à poils, autrement dit en fourrures intégrales, comme sur la pochette de leur LP survitaminé écouté presque en boucle ces derniers temps. Si la déception est mince de les voir accoutrés comme tout le monde, le plaisir de les écouter est grand.
Formation minimale s’il en est, Vincent  Bertholet à la Contrebasse + effets et Simone Aubert à la batterie kraut chauffent la Maro à l’aise pendant une petite heure en enfilant les perles de leur opus. Sur fond d’ambiances dronesques et noise, les deux acolytes balancent leurs textes espiègles, poétiques ou prophétiques (“Choléra”), nous invitant tantôt à une révolte festive, tantôt à une fin du monde hallucinée (“j’ai envie d’y foutre le feu”), ou encore à l’aube désinvolte d’une nouvelle ère, au choix. La batterie martèle ses rythmiques post-punk-mötörik (“Ca galope ça galope ça galope…”) non dénuées d’une certaine finesse (triplettes enlevées sur le charley), tandis que l’imposante contrebasse cale ses lignes pour se répéter à l’envi et nous mener vers la transe, c’est trippant.
Cette musique a quelque chose d’évident, de fluide et de sincère, le côté répétitif se faisant bousculer par les textes tirées au couteaux, aiguisant d’autant nos sens.
“Je n’veux pas me résigner” – nous non plus. A hyper-bientôt alors…

Turzi Electronique Experience : voyage voyage…

Baignant dans les expérimentations synthétiques depuis un bon moment, un certain nombre d’EP, remixes et LP au compteur, le versaillais est venu rendre hommage à la tête d’affiche, en toute humilité. Voyons donc ce que propose ladite expérience.
Ténébreux en veste militaire de l’ère communiste, Turzi s’installe négligemment mais consciencieusement au centre de son cockpit instrumental. Guitare en bandoulière, notre capitaine d’un soir déploie une longue nappe sonore visant à nous faire quitter la pesanteur terrestre : attention décollage.
Une fois sorti de la stratosphère, notre course aux étoiles prend rapidement sa vitesse de croisière avec une électro analogique et modulaire, qui n’est pas sans rappeler la kosmische musik germanique et la frange française de ces sonorités spatiales (R. Pinhas/Heldon ou les dernières compilations Cosmic Machine notamment).
Après avoir barroudé un petit moment dans ce mode un peu convenu, on rencontre une zone de turbulence, la Tr-808 martiale nous chahute et la reverbe touffue nous rappelle paradoxalement la menace du vide intersidéral.
Aux commandes de sa console, Turzi tient bon et reprend le cap. Notre voyage galactique reprend son cours et l’on se sent installé durablement dans un long morceau voué à s’étirer dans le temps tout en tentant d’abolir celui-ci. Il n’y aura aucune interruption. Et pour cause, de son propre aveu, il s’agit d’une totale improvisation (d’où les gestes et enchaînements parfois un peu hésitants).
Puis très vite on se retrouve à frôler un trou noir ou un trou de ver, on ne sait pas encore, le suspens est total, un synthé grave et rugueux renforçant l’impression de plongée dans l’inconnue. Notre guide fonce alors tête baissée pour le traverser, c’est une fuite en avant en mode techno sombre et organique, comme un tesseract réduit à  sa plus simple dimension, ouvrant néanmoins la voie à de nombreux possibles…
Ouf, on en sort toutefois indemne, on aperçoit la lumière au bout du tunnel. La dernière tirade synthétique commence comme un générique de fin de film SF 80’s de série B, puis le son s’étoffe, toutes machines et guitare dehors pour un final incandescent. On arrive à destination de cette longue quête intergalactique… mais où exactement, nul ne le sait, le passage spatio-temporel est resté ouvert…

Alpes, vers l’infini et l’au-delàààà…

C’est d’abord l’histoire d’une rencontre, celle d’un musicien-inventeur, Patrice Moullet, et de sa muse, Catherine Ribeiro, grande brune poétesse et chanteuse engagée. Les deux amants-artistes seront à l’origine d’un free rock expérimental prog psyché à textes qui aura discrètement marqué toute une génération d’esprits libres et libertaires. Pour l’histoire complète, voir l’article détaillé qui leur a été consacré par Gonzaï. Quoiqu’il en soit, finalement Catherine tombe à l’eau (façon de parler), qui reste-t-il sur le bateau ? Patrice L’homme-machines. En effet, créateur des “Omni” (Objets musicaux non identifiés), ce dernier poursuit le projet seul, et s’illustre dans différents domaines, installations sonores, projets d’aide aux handicapés plus récemment, etc. Mais revenons à nos moullets… euh à nos moutons.
C’est un autre périple auquel nous convie donc Alpes ce soir, avec ses machines bizarroïdes qui nous intriguent depuis le début installées en fond de scène, et ses deux acolytes du moment (Odile Heimburger, soprane et violoniste, et Alice Pennacchioni, pianiste de formation, qui sera ici  aux commandes du Percuphone). Coiffé de son bonnet, le monsieur tire les cordes de son Stretch pour nous plonger dans une tempête solaire, tel un dieu tisserand (tyran ?), ouvrier manipulant son outil avec application, artisan d’un outre-monde sonore. On se sent par moments comme dans la Horde du contrevent de Damasio.

Au morceau suivant, nous découvrons le Percuphone, sorte de hang/multipad en forme de soucoupe multicolore. Mêlant samples synthétiques, d’instruments classiques ou acoustiques, ou courts échantillons, violon et chant live, les deux jeunes femmes se répondent et virevoltent, façonnant ainsi progressivement un langage littéralement inouï.
Les tableaux alterneront ainsi tout au long de la soirée, le monsieur maniant son soleil d’argent pour produire des drones tantôt méditatifs tantôt techno-furax, ou encore jouant d’une sorte de « trancheuse à jambon » (désolé pour l’analogie) qui s’avère être un clavier avec seulement quelques touches ; ces dames célébrant sans vergogne des rites païens exotiques et protéiformes.


Improvisation ou non, certaines pièces sont un peu hermétiques il faut l’avouer, pas loin d’une avant-garde oecuménique et utopique, à la fois contemporaine, à la fois organique et foisonnante, voire anarchique. 
Plutôt que les Alpes, nous nous retrouvons donc à grimper l’Himalaya ou l’Everest, tellement les influences se devinent provenir de partout dans le monde et au-delà, étant donné l’esperanto musical proposé. Et comme il se doit l’ascension est tout à la fois galvanisante et éprouvante. A la sortie, on aura besoin de reprendre son souffle.

Ce soir-là, à n’en pas douter, nous avons gravi des sommets, souvent jusqu’aux étoiles. Et même si nous n’avons pas tout apprécié (à sa juste valeur s’entend, tant l’atmosphère était riche et saturée pour nos oreilles peu acoutumées aux contrées visitées), une chose est sûre, ces cîmes-là n’étaient pas de ce monde et nous ont fait nous sentir bien petits…
Merci Gonzaï pour cette première ascension sans concession.

– Alexis Cangy –

[Photos : Alexis Cangy]

WiseList #53 Actus musicales

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[Image : l’immortalisation des Teds, ces « premiers existentialistes du marché de masse », par Chris Steele-Perkins est republiée dans un magnifique ouvrage par Dewi Lewis]

Playlist des meilleurs titres de l’actu ci-dessous

LOUNGE
On se réveille en 2017 avec une « cup of coffee » made in Boubou, comme si on avait passé la nuit à l’hôtel Costes. Hier soir on s’est fait la série Marseille avec Depardieu et Magimel, autant vous dire que le générique oriental d’Orange Blossom résonne encore dans la tête, et on se rappelle ce violoniste fou qui sautait partout sur scène lors de leurs concerts. Après 2 ans de travaux pour Cassius, Katy Perry et Duke Dumont, Hal Ritson revient avec son projet The Young Punx et y invite la voix soul vintage de DTale. Afin de prendre un nouveau départ pour cette nouvelle année, on se fera un retour sur une belle chanson de Alpes et on continuera sur le nouveau super titre que Kazy Lambist a offert au Perchoir pour sa compilation de bar.

POP
Le trio néerlandais Bombay a sorti un doux morceau en fin d’année sous le nom de King of The Cornershop. A Berlin, alors que notre parigot FKJ passait de la basse au clavier au saxo tout en faisant les choeurs, Tom Misch posait une voix soul pour un effet des plus groovy, une belle collaboration comme en permettent les studios Red Bull. Côté bon plan, Incredible Polo jouera gratuitement son electro-pop à Bastille le 26/01.

ROCK
On adore le crew féminin Juniore et ses chansons françaises sur guitare 60’s, ca tombe bien parce que leur single Panique annonce un premier album pour février! Une belle envolée de synthés qui nous fait perdre la tête, c’est l’effet de la Codeine pour Shorebilly, projet solo d’un membre de Syd Matters et H-Burns, sur son premier album Wipeout. Ils sont chinois, de Chengdu, ne sont pas connus chez eux, mais leur punk-wave a fait du bruit aux Transmusicales. On espère que les ST.OL.EN (Strange Old Entertainment) y ont trouvé une production pour les introduire en Europe! Côté hexagone, le road clip californien de Macadame pourrait bien révéler le duo Hotel comme la nouvelle french pop 2017. En Californie justement, les jumeaux The Garden se vexent à coup de riff post-punk et rock’n roll qui te font secouer la tête. En même temps quand t’es signé chez un label qui s’appelle Epitaph / Burger Records, tu vas pas faire du classique…Dans les sorties, on devra également s’attendre à un nouvel album pour Pearls qui revient après 2 ans avec Superstar, et le plaisir coupable des ambiances rock électroniques de Giirls (voir chronique album) qui se remet en selle.

HOUSE-TECHNO
On a trouvé un Thomass Jackson bien dark sur une petite compile EP nommée Darker it gets, Clearer we see, la compile du label et club-cave La Dame Noir où se trémousse un sacré mélange sur le vieux port de Marseille. Le duo de Calais You Man est toujours aussi doué pour nous faire danser et l’a prouvé avec Who we are, lors de son passage avec Owlle à La Boule Noire. Griefjoy nous surprendra toujours, au milieu de leur électro-pop adolescente apparait Godspeed (sur l’album éponyme), une expérimentation électronique qui laisse la place à une mélodie piano entêtante. Lors de notre rencontre à Miami avec Andhim, le duo nous avait parlé de leur désir de monter un label allemand avec leur Superfriends, c’est chose faite, le symbole triangle est bien ancré, et Tosch en est le premier résultat avec une collaboration de Piper Davis pour ce titre. Nous clôturerons enfin cette playlist par un mix incluant Mijo, Thomass Jackson à nouveau et La Royale.

Bonne écoute !

Wiselist #27

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[Scandale oublié: Pendant plus de 20 ans, les bananes des Antilles ont été cultivées sous chlordécone]

Pop
Entrée en matière avec Incredible Polo, et A/T/O/S (à prononcer A Taste Of Struggle), deux jolis titres sortis en 2013. En revanche, Tample et Pauline Drand font partie des petits nouveaux groupes pop qui sortent leurs premiers EP. Vous reconnaitrez sans nul doute la chanson suivante, Juniore est juste parfaite pour une transition entre la chanson et le rock.

Rock
We Fell to Earth est un groupe londonien soutenu par Trentemoller. C’est sûr, on y retrouve bien son univers, malheureusement on n’en entend plus parler. On retrouve en suite la pop plurielle à la Django Django de  Gap Dream et on s’offre un Eagles of Death Metal puisqu’ils débarquent au Trianon le 9 juin! Big Up spécial rock français à suivre: on vous présente les niçois Stereogramm qui vont défendre en tournée leur tout premier EP prévu pour l’automne dont Sunshine est le premier single. Un autre album hautement attendu: c’est celui de We Are Match d’Alençon, parce que cette nouvelle track Speaking Machines est une bombe! Et encore des niçois: Alpes, programmés au Yeah festival de Laurent Garnier. L’Amérique nous apporte, elle, la torture jouissive de The Soft Moon,  que l’on conseille d’aller voir aux Nuits Sonores ou à la Maroquinerie (voir agenda) Vous me  goûterez bien dans la foulée l’intriguant Vessel, le pont rock-électronique de cette WiseList.

Electronique
Vox Low s’appuie sur le rock de Date With Elvis et s’émancipe vers l’électro par un remix. LA découverte du mois c’est Nimino, London 19-year-old student, tout ce qu’il fait est bon, il mériterait bien une chronique album d’ailleurs…Son flow s’infuse presque dans le morceau suivant des beatmakers français Cotton Claw.
Pour un peu de frivolité disco, Hercule & Love Affair est toujours le partenaire idéal, on l’inclut ici sur un mix Chaz Jankel. Barton Bug est un duo electro-pop strasbourgeois tout juste repéré par les Inrocks Lab. Suivant les beaux jours, on retourne vers notre amour deep-house avec Joachim Pastor, collègue d’N’To (voir interview N’To) qui remixe Sébastien Léger. Vijay remixe Feder, Hot Coins t’emmène en voyage au rythme d’une basse, François 1er te fait planer et Actress te rattrape pour t’enfouir dans des profondeurs inconnues.
On est toujours en train de chercher cette track de Trentemoller que l’on a adoré au Yoyo  et à défaut de l’avoir trouvée, on a découvert encore pas mal de pépites dont ces 2 derniers remix: . Alors oui on sait, vous en bouffez du Trentemoller avec WiseSound. Mais comme on n’a toujours pas reçu de plainte…