SUPERORGANISM – SUPERORGANISM

 

Pépites Catchy DIY.
C’est avec ces deux mots et cet acronyme qu’on pourrait être tenté de définir les titres du premier album éponyme du collectif multiculturel et multi-national Superorganism. La plupart des animateurs de ce groupe connu aujourd’hui comme un octet viennent de différentes régions (Angleterre, Australie, Nouvelle-Zélande) mais sont tous maintenant basés à Londres. Sauf Orono Noguchi, la chanteuse, japonaise de nationalité et basée dans l’état du Maine, à l’époque de la création des morceaux (le succès aidant, il y a du y avoir quelques déménagements ces dernières semaines…).

Visiblement auteurs de prestations remarquées et remarquables lors du dernier festival South by South West (SXSW) d’Austin (qui avait lieu à la mi-mars), ils poursuivent donc sur la voie du succès et de l’acclamation critique dans le sillage de cet album où la première écoute de chacun des 10 titres qui le composent se solde par une envie immédiate d’appuyer sur la touche « repeat ».
Dur dans ce contexte de déterminer des préférences. Je reste tout de même hypnotisé à chaque écoute de Something for your M.I.N.D, titre avec lequel j’avais découvert le groupe l’année passée. Les collages, les différentes couches sonores, cette façon de suspendre le morceau avec de vrais silences qui viennent couper la rythmique, la richesse et la variété des sons employés, tous ces éléments en font un titre à part pour moi dans l’album.

Mais comme peut l’être également considéré le suivant dans l’ordre de lecture, Nai’s March, où l’on aborde gentiment les rives de l’expérimental et du récit acousmatique.
Les montages sonores (de sons qu’on ne considère pas comme musicaux à la base mais qui le deviennent de par leur agencement en rapport avec le reste de la musique) sont d’ailleurs légion. On nous raconte une autre histoire, parallèle ou complémentaire, notamment sur Relax ou même dès le morceau d’ouverture It’s All Good ou bien encore, de façon bien plus évidente et directe, dans celui qui clôt l’album, Night Time.

Il faut enfin évidemment parler de cette voix. Orono Noguchi a une de ces voix nonchalantes, à la limite du « je m’en foutisme », qui peut faire penser à une voix enfantine, peu affirmée. On peut même se poser la question: « Se sent-elle concernée par ce qu’elle chante ? »
Mais une fois l’écoute terminée (et plus encore avec des écoutes répétées), force est de constater qu’elle a au contraire clairement imprimé un style et une identité forte à tous les titres de l’album et rend la musique de Superorganism immédiatement reconnaissable.

La cerise sur le gâteau (oui, un poil à la crème dont l’excès pourrait bien écoeurer mais quand même, c’est tellement bon la crème) réside peut-être dans ces quelques phrasés, sur diverses chansons et dès les premières phrases de It’s All Good, où la jeune interprète se mue, le temps de quelques secondes à peine, en une Jennifer Charles évidemment sensuelle et suggestive. Il ne s’agit bien sûr pas là du climat éminemment connoté des créations du duo Elysian Fields mais ces ponctuations vocales rendent encore plus complexes et appréciables les compositions du groupe.
Surtout quand on sait comment ils ont travaillé à l’élaboration de l’album: plantés les uns et les autres à divers endroits de la planète pour leurs études et rajoutant des pistes chacun leur tour à des compositions qui prenaient donc forme au fur et à mesure. La production des morceaux (dans le sens de la texture des sons, le choix des matières, des sons musicaux) fait donc partie intégrante de la composition du morceau. Il ne s’agit pas là d’un enrobage de chansons composées au piano ou à la guitare sèche pour tenter de les faire coller au son du moment.
En travaillant de cette façon, non seulement ils créent leur propre son mais ils tendent amplement à déterminer le son du moment. Les p’tits gars ont bien rigolé; Orono a créé ses p’tites comptines… Ils vont donc conquérir le monde !

Superorganism (Vinyle / CD)
chez Domino Records.

– Boris Chapelle –

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