Mordus de cuivres, par une MEUTE allemande / Interview

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Elle fait un tabac à chacune de ses manifestations, réconcilient les âges et invite joyeusement à la fête. Meute est une fanfare allemande pas comme les autres, elle déambule dans les rues, aux festivals, mais aussi dans certains clubs de nuit, comme on a pu déjà la voir programmée aux Transmusicales à 4h du matin ou encore à La Clairière.
C’est que les 11 musiciens ont choisi un répertoire bien particulier: ils reprennent des morceaux techno, de Âme à Laurent Garnier, avec une formation de 2 trompettistes, 3 percussionnistes (1 grosse caisse et 2 caisses claires), 3 saxophonistes (1 saxophone basse, 1 saxophone baryton, 1 saxophone ténor), 1 marimba, 1 sousaphone, 1 trombone.

Ces gars sont en représentation permanente, dans les rues comme dans les salles, avec leurs beaux costumes rouges à la Spirou. On a tout de même réussi à chopper Philip, Sebastian et Thomas pendant leur marche sur Solidays.

Comment s’est fait le casting de cette fanfare ?
T: On est une bande d’amis en fait avant d’être un groupe de musique. On n’a pas passé d’annonce, ca s’est fait naturellement, par les connections. On se connaît depuis l’adolescence, par les études de musique à Hambourg, ou par différents projets précédents.

Le march band a-t-il un leader à sa tête ?
P: Oui c’est Thomas. C’est lui qui a eu l’idée du projet initial.
T: Tout le monde est assez libre en fait, chacun fait ce qu’il veut sur scène à partir du moment où il suit la musique.

Vraiment? On a pourtant l’impression que votre set est presque chorégraphié.
S: Oui c’est l’impression qu’a le public. Mais ca s’est plutôt développé au fur et à mesure des gigs, selon qui joue quelle partie avec qui. On en a parlé bien sûr car il faut prendre en compte la différence entre la rue et la scène, mais c’est loin d’être chronométré comme les fanfares américaines. On doit aussi faire attention sur les quais de métro bondés par exemple,  on se déplace verticalement: souvent les 2 deux les plus aigus devant, et les basses sur le côté.

[Découverte de MEUTE aux Transmusicales de Rennes. ©Nicolas Joubard]

Vous étiez aux Transmusicales il y a 2 ans, le festival rennais est connu comme le marché des programmateurs. Est-ce que ca a été un tremplin pour vous?
S: C’était notre première fois en France, et depuis on ne fait que revenir pour de nouvelles dates. A Paris, nous avons joué à La Clairière par exemple, c’était chouette.
T : Et à La Machine du Moulin Rouge, c’était dément, vraiment fou.
P: Oui j’y retournerai bien!
S: Et on joue dans beaucoup de régions différentes aussi pour les festivals.

Comment choisissez-vous les morceaux technos que vous allez travailler: par vote à main levée, ou vous travaillez tout et ne prenez que les meilleures, …?
S: Thomas a un don unique pour reconnaître un morceau qui va donner quelque chose en fanfare, une proposition viendra de temps à autres d’un autre membre, ou alors on écoute ensemble de l’électro…
T: Occasionnellement (rire)
S: Comme hier soir par exemple (rires)

Y a-t-il une règle obligatoire côté technique pour qu’un track soit jouable, comme le fait d’avoir assez de pistes différentes pour être joué par les 11 membres, par exemple, ou ne pas être trop répétitif?
P: Tout le monde ne joue pas tout le temps, ce qui nous donne une chance pour construire des ruptures et engager une certaine dynamique pour élever le morceau au niveau d’énergie supérieur.
S: Lorsque le morceau est vraiment succin, on peut aussi jouer en choeur, ce qui n’est pas plus mal car certains instruments sont monophones. S’il est répétitif, on peut le commencer bas puis jouer de plus en plus fort.

Donc vous expirez fortement dans vos trompettes toute la journée dans les rues tout en dansant, puis remettez le couvert la nuit tard dans les festivals et clubs sur des spectacles hyper dynamiques.
Une vie saine s’impose-t-elle pour avoir assez de souffle ?

S: Oh oui. On a un programme de fitness spécial!
T: (rires) On court tous les jours !
P: ahah, honnêtement c’est vrai qu’on fait toujours la fête, on donne beaucoup sur scène…
S: Y’a des parties ? Mais j’ai jamais été invité ??
P: …mais des fois on fait attention. Il nous arrive de considérer jouer dans les rues et finalement on se rétracte pour garder notre énergie et mieux jouer le soir, surtout quand on a plusieurs soirées de suite en été, la saison des festivals. On n’a pas encore joué dans les rues de Paris par exemple.

J’imagine que vous jouez également plus en été qu’en hiver dans les rues, difficile avec des mains gelées non?
P: On a joué à Bruxelles une fois il faisait sérieusement froid. Mais ce n’est pas bon pour les instruments de subir le froid, ni la pluie d’ailleurs, et ce n’est pas fun non plus.
T: Mais parfois c’est le contraire, on avait rien prévu, sans sound system rien, et on se met à jouer là où on ne nous attendait pas, pour un pur moment.

Alors justement, ca vous est déjà arrivé de causer des problèmes de traffic qui demande intervention de la police ?
T: ahah oui ça nous est arrivé à Francfort et Hambourg aussi! A Francfort, le mouvement a bloqué le tram mais ca n’avait pas l’air de les déranger, personne ne se plaignait, c’était cool.


[Quand Laurent Garnier monte sur la scène à la 51e minute
pour The Man with the Red Face. 💞]

La réaction la plus folle dans les lieux publics?
S : Celle des enfants! Ils vivent la musique de manière intense. C’est comme une transe. On aime quand les familles stoppent leur promenade pour danser avec nous.
T: Oh ! et au Texas, durant le SXSW festival, dans les rues d’Austin: on n’aurait pas pu choisir de meilleur public spontané! C’était comme une ambiance de concert filmé avec un casting de public, ils étaient vraiment à fond.

11 personnes « on tour », vous louez une villa en AirBNB ou chacun a sa chambre à l’hôtel?
S: On est même plus que çà en tout: on se déplace à 16. Mais on dort dans notre énorme bus.
T: Mais on apprécie beaucoup quand on dort à l’hôtel ! On a pris un airBNB à Lisbonne l’année dernière. Avec toutes nos dates en France, c’est vrai qu’on pourrait en prendre une, limite avec piscine pour l’année prochaine.

Tiens, en parlant de maison et piscine, il y en avait une pour le backstage des artistes au festival Yeah! [C’est là que j’ai interviewé BRNS, en maillot de bain] Vous avez eu la chance de pouvoir y jouer avec l’auteur d’une de vos reprises, Môsieur Laurent Garnier. Avez-vous souvent des connections avec les producteurs originaux ?
T: Oui, on en a rencontré pas mal. On a aussi partagé la scène avec Stephan Bodzin, on a rencontré N’To qui joue aussi ce soir à Solidays pour les 5 ans d’Hungry Music, peut-etre qu’on le retrouvera après. On a également joué au micro-festival de Âme, Lost in a Moment, un peu le même concept qu’au Yeah!
S: On a aussi revu Laurent Garnier. On était pas loin de Paris, il nous a invité au 30 ans du Rex.

Ca donne envie d’y aller non?
Voici leurs prochaines dates:

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– Julie Lesage –