Soirée Cadavre Exquis : « l’antidote radical aux concerts formatés »

.

Dans le cadre du raffiné festival de la Red Bull Music Academy, communément appelée RBMA ces dernières années, une soirée de créations improvisées était programmée au Cabaret Sauvage : la soirée Cadavre Exquis. Mais c’est qui Cadavre Exquis, me direz-vous…optez donc plutôt pour un « c’est QUOI ».

Le cadavre exquis est un procédé d’écriture collective par lequel plusieurs auteurs juxtaposent des fragments successifs, sans pouvoir lire les fragments rédigés précédemment par leurs acolytes. ©Dico

Le jeu dadaïste littéraire se décline également en musique, mais avec une ouverture sur l’improvisation. Et heureusement! car il aurait été difficile et peut-être inaudible de jouer une partition pré-écrite et non modifiable sur scène, compte-tenu de l’esprit plutôt avant-gardiste de chacun de ces talentueux artistes. Imaginez Chassol donnant le la à Jacques, Gaspar Claus, Moodoïd, Ala.Ni, Mélissa Laveaux et 10 autres sur la scène centrale d’un cirque sonore !

Curieux, on est passé sous chapiteau pour profiter de cette soirée boeuf, se faufilant dans le cercle d’un public majoritairement musicien lui-même. En même temps, pas sûr que toute personne aurait apprécié l’expérimentation, plutôt pour audimat averti, et mettant en exergue certains instruments peu communs…

[Pour agrandir, cliquez sur les photos officielles RBMA de Philippe Levy]

Cette formule inaugurée au RBMF[estival] en 2013, mais qui n’avait encore jamais été présentée à Paris, Télérama la décrit comme un antidote radical aux concerts formatés.
L’expérience est à la fois unique et plurielle, portant son lot de longues expectatives vaines comme de joyeux entrains, de moments de complicité comme de carambolages.
En tant que maitre de cérémonie, Chassol a choisi d’atténuer le risque en organisant chaque performance en alternance : chaque artiste se doit de jouer deux morceaux de 5 minutes, à la suite, mais pas avec le même binôme. Ce qui permet aussi de découvrir deux façades du même musicien.

Notre organisateur pianiste ouvre donc les réjouissances accompagné de la magnifique voix d’Ala.Ni. 

Notre favori de la soirée fût sans doute le saxophoniste jazz Thomas de Pourquery, espiègle en rebondissements dans ses défis lancés au batteur Mathieu Edward, puis ayant la malicieuse idée de passer au chant mi-crooner mi-comique lors de l’arrivée de la harpiste Serafina Steer. Car chacun sait que la harpe n’est pas l’instrument le plus en vogue du moment, et même si Serafina la joue particulièrement grinçante puisqu’électrique, son duo suivant avec Christine Ott aux ondes Martenot décontenança une partie du public, sûrement par son approche trop expérimentale. La partie fumeuse du public que l’on retrouva dehors en tout cas.

Suivirent les marmonnements ethniques de Ghedalia Tazartes, parfois entrecoupé d’harmonica, accompagné par les beats et samples de Low Jack pour une atmosphère sombre et mystérieuse. Ces deux là avait déjà joué l’improvisation l’année dernière sur un Tapage Nocturne, alors invités par la Maison de La Radio. (Mais c’est de la triche alors ?)

Cette soirée particulière marquait également le retour des live sampling de l’ovni Jacques, successivement en duo avec Lucie Antunes  à la batterie préparée puis avec Moodoïd à la guitare. Moodoïd qui par la suite donna la réplique à Julien Gasc au clavier, qui « se sentait stupide ».

Le morceau le plus entrainant est à ma mémoire le piano de Christophe Chassol contre les ruptures de saxo de Quentin Rollet, génial. Mais le meilleur moment d’entre tous fut le bouquet final, lorsque Chassol rassembla tous ses invités et s’essaya à trois reprises de les guider pour une cacophonie joyeuse et libérée. La joie était alors plus visuelle que sonore, mais quelle joie de participer à ce moment privilégié !

Serait-ce pour garder ce privilège qu’aucune caméra n’était invitée pour cet évènement si exceptionnel? Dommage, ce sont de telles rencontres qui font aussi l’histoire de la musique.

– Julie Lesage –