Snapped Ankles : le génie pousserait-il à la recherche du chaos ?

L’ALBUM DU MOIS : Stunning Luxury

Samedi 23 mars, Snapped Ankles présentera avec insolence son nouvel album de frénésie totale à La Maroquinerie. Pré-écoute et analyse.

En ces temps de marches régulières pour le climat et la planète, chacun essaie de se rapprocher tant que faire se peut de mère nature. Le groupe anglais Snapped Ankles, lui, ne donnait pas dans la demi-mesure dès 2017 à jouer post-punk et krautrock en arbres [Come Play the Trees, 1er album], comprendre en costumes DIY représentant un mix entre hommes sauvages camouflés et monstres païens des bois dans un décor scénique sylvestre.

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Mars 2019, le groupe pousse l’expérimentation sonore un cran plus loin, sans compromis, à la frontière entre génie et cacophonie, et double son utilisation de percussions expérimentales sur son deuxième album intitulé Stunning Luxury. Celui-ci commence justement en rythmique avec Pestisound (moving out), sorte de mise en jambe annonçant que les « chevilles cassées » [Snapped Ankles] se sont fait virer de leur warehouse de l’est londonien, avant le deuxième morceau Tailpipe qui, lui aussi, déménage.

Fidèles à leur message écologique, les garçons t’invitent à sucer les pots d’échappement dans une ambiance à la fois frénétique et menaçante. Dès ce deuxième morceau, on reconnait l’esprit DIY des anglais avec leur manie d’utiliser, en plus des Roland SH2 et SPDS, des drum-synth et log-synth : samedi soir, vous les verrez ainsi taper sur des bûches de bois équipées de vieux oscillateurs de synthés  pour des percussions inattendues et effets thérémine.

La machine énergique est lancée, on voyage avec Letter from Hampi Mountain, comme si les Liars revenaient d’Inde avec un Sehanai en malle [flûte traditionnelle], pour nous faire sautiller telle une tribu les bras en l’air. « Wait, wait, wait, we were tired, » ben oui forcément, les paroles de Rechargeable ne sont ici pas très élaborées, mais qui a les neurones pour faire de la prose quand « it’s almost daylight » ? Le beat électronique en accélération recharge autant les batteries qu’une BO de Trainspotting en after. « we need, need, need a pulse » Je pense qu’en live on va bien le sentir le « pouls »…

Et c’est là que la cacophonie commence…

Jouer à répétition basse et synthé, ajouter à cela une mélodie entêtante type jeu vidéo de Delivery Van et Three Steps to a Develoment, bidouiller toutes sortes de percussions expérimentales, y rajouter la psyché barrée de Skirmish in the Suburbs, et la tonalité lancinante de Dial The Rings on a Tree…  ne peuvent amener qu’à deux résultats :
la transe ou la fatigue mentale.

En effet, le quatuor futuro-tribal héritier des Neu! persévère tellement dans son unicité « punktronica agri-culturelle » et sa « recherche de l’effrayant et de l’imprévisible » [affirmé en interview] qu’il perd un peu de l’articulation qui permettait d’écouter Come Play the Trees de bout en bout, au risque de perdre l’accessibilité de sa seconde oeuvre. Chaque morceau-bijou de celle-ci est une expérience auditive innovante qui challenge tes sens sans répit. Pas forcément l’album que tu mets pour un dîner entre amis donc : trop dense, trop intense. [j’ai tenté, my bad]

A la sortie du single Drink and Glide, la communauté artistique feuillue annonçait qu’elle allait « prendre l’apparence des agents qui ont causé sa disparition: promoteurs immobiliers et autres courtiers qui enflamment le marché avec la promesse d’un luxe époustouflant, afin de pouvoir combattre leur conduite de l’intérieur« . On espère quand même voir le bois de leur écorce lors de leur prochain gig sur-vitaminé (samedi donc).

Stunning Luxury de Snapped Ankles ne s’écoute pas forcément en toute circonstance, vous éviterez le lendemain de cuite, par exemple, c’est un conseil Wise. On vous donne par contre rendez-vous samedi à La Maroq, pour offrir toute votre énergie à cette frénésie bucolique, lâchant en vous cette nécessité de faire parfois du n’imp. >> voir billetterie

P.S.1 : Leur nom « chevilles cassées » vient de cette scène affreuse du film Misery
P.S.2: J’ai trop hâte.

Julie Lesage
*Merci David S. pour l’étude du log-synth

Stunning Luxury est disponible chez Leaf Label (ben tiens on l’avait pas vu venir).

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