SLINT FAIT SON PROPRE HOMMAGE

Le titre n’est pas un reproche, loin de là, car le groupe autrefois visionnaire le peut!

La salle est pleine à craquer, on va enfin pouvoir écouter l’album post-rock qui nous a fait chavirer sur des notes sombres et mélancoliques pendant des années. Douce entrée en matière avec For Dinner…, il est bien difficile de reconnaitre les jeunes hommes de 1991, dans ce brouillard bleuté. Les cheveux ont poussés, tous portent des lunettes, on se prend un bon coup de vieux, c’est cadeau.

Plusieurs critiques se sont plaint de l’absence de présence du groupe sur scène. En même temps, Slint crée une ambiance plutôt contemplative. On ne fait pas de cabrioles sur Spiderland ! Pas d’improvisation non plus, l’album sera joué dans son intégralité. Tout est plutôt misé sur la précision, la technique et le rendu de l’atmosphère. Dave Pajo, sacré comme un des meilleurs guitaristes des années 90 s’y applique, envoyant des riffs saisissants dans notre poitrine.

Chaque morceau est lourd et poignant. Le « parler » calme et noir de Brian mute en hurlements désespérés pour le refrain ou la fin de la plupart des morceaux. Puissant. Le public d’afficionados indie rock est silencieux et respectueux, il boit chaque note. Il est juste unanime quand vient le temps des applaudissements, et pousse un cri de joie à chaque fois qu’il reconnait les deux premières notes d’une chanson qu’il a écouté en boucle dans sa chambre il y a, pff, longtemps. C’est presque dans une admiration religieuse, sourire en coin et larme à l’oeil, que nous descendons dans les abîmes de Washer, track ultime et magnifique de l’album. Sachant que deux jours avant, Slint était à Primavera, on se sent vraiment privilégié dans la petite salle de la Gaîté Lyrique, avec la qualité d’un son net.

Walford le batteur empoigne une guitare et se place sur le devant de la scène face à Pajo. Alors que le chanteur Brian McMahan s’efface derrière les enceintes, débute une conversation entre deux guitares, duo intense sans aucune percussion sur Don, Aman. Genre on a invité 2  guitares dans ton salon, impression appuyée par les trèves assez longues entre chaque morceaux.

Le groupe disparaitra furtivement sans un mot pour revenir jouer 2 morceaux d’une toute autre rythmique en rappel, plus gais, plus rock, beaucoup plus rapides de l’album Tweez.

Bref c’est le genre de concert statique qui te claque la gauche puis la droite, qui te fait réaliser que les spectacles avec fioritures c’est sympa, mais qu’il n’y a rien de plus subjuguant que le talent transfiguré dans des notes poignantes.

Vidéo de Washer merci Mistinguette:

photo: revolutionblues

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