Sentir le pouls d’Ulrika Spacek – Interview

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Rien de nouveau à l’horizon question rythmique ou compo, et pourtant les anglais d’Ulrika Spacek te rendent addict dès la première écoute. Un flot shoegaze pour te dorlotter sans fin, un peu de grunge pour le souvenir, et un chant angélique façon Thom Yorke pour mieux t’entourlouper. Rencontre avec le chanteur et guitariste Rhys Edwards avant leur prochain concert au Point Ephémère le 20/11, un événement particulierement arty mêlant musique, expo, et performance technologique!

Parlons de ce nouvel album sorti chez Tough Love Records, et de son titre en particulier. Alors que votre premier opus parlait de Paranoïa, voici que votre seconde œuvre suggère la Décoration. Légèreté nouvelle et radicale ?
(Rires) En fait, c’est parce que ce nouvel album contient beaucoup de guitares décoratives. D’ailleurs l’idée originale de la cover était de faire une photo de notre salon à la manière d’un catalogue IKEA avec une bonne tagline faux chic.

                       
______ 2016 : The Album Paranoïa             2017: Modern English Decoration
                       __  [HA Vinyle]                                        [HA Vinyle]

Vous etes originaires de Redding (UK), berceau de pas mal de groupes shoegaze, auriez vous été influencés par un certain héritage musical ?
Peut-être a-t-on plus prêté attention à certains groupes locaux. C’est un endroit solitaire et ennuyeux donc ce genre de musique s’y produit particulièrement bien. Rhys [l’autre guitariste: Rhys Williams] a d’ailleurs fait une dissertation sur le lien entre l’endroit géographique où tu vis et le style de musique que tu composes, mais de nos jours je ne suis plus sûr que cela ait du sens.

Rhys le chanteur et Rhys le guitariste, dans un salon à Berlin, aperçoivent une guitare et décident de monter un groupe ensemble, ainsi est né Ulrika Spacek. Tous les musiciens vont chercher l’inspiration à Berlin, qu’est-ce que Berlin a de si spécial ?
C’est un endroit merveilleux. Parce que même quand tu travailles, tu finis tôt et profites de beaucoup de temps libre. Les grands espaces aussi crééent un environnement qui te rend pensif. Pourtant, en 2 mois et demie, je n’ai pas écouté de musique à guitare du tout, plutôt la techno des clubs, ce qui a changé mon approche de la musique. Londres, c’est chez nous, mais je recommanderai de retourner à Berlin pour le 3e album.

Comment décririez-vous l’évolution entre vos deux albums ? Du sombre shoegaze à la pop éclairée, on distingue beaucoup mieux ta voix désormais.
Le premier album est en effet assez lourd avec plus de fuzz, le second a une sorte de guitare « chimy » [son british cristallin sortant d’un Vox], la caractéristique tourne autour des 3 guitares. Côté chant, c’est sûr qu’au début je me cachais derrière les instruments, maintenant j’ai plus confiance en ma voix.

Côté paroles, quel morceau te plaît particulièrement ? 
J’aime les paroles de Protestant Work Slump, la dernière de l’album, sur l éthique protestante du travail, ca fait:

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You’re a sleepy boy
Prodigual first born fuck up son
In a protestant work slump

Got to fill my hollow heart, grab the panicking
I better get up but I can barely sit up
Such a valiant plan but not that thought out 
Such a terrible sinking feeling that I know
Is this just a hopeless fancy
But isn’t it oh so pretty

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Vous êtes des artistes complets : vous vous adonnez à l’art du collage pour réaliser votre artwork, vous réalisez vous-mêmes vos clips vidéos. Vous allez donc pouvoir me commentez cette mamie cuisinière aux armes tranchantes dans le clip de Full of Men
(rires) Full of Men parle de masculinité, et nous voulions originellement remplir l’écran d’hommes, puis on a essayé d’être plus subtils. On a donc joué avec l’idée de la place traditionnelle des femmes dans la cuisine, un homme filme une recette, et à travers son regard, la femme devient maléfique. Sinon, une autre vidéo va bientôt sortir avec plein d’hommes, et bodybuildés !

Vous enregistrez chez vous dans ce salon, de votre maison appelée KEN, ancienne galerie d’art à Homerton. La technicité d’un studio vous manque-t-elle ?
On a tout appris dans le confort de notre maison, sans la lumière rouge et l’horloge qui tourne du studio. Mais aujourd’hui on se rend compte de nos limites. En terme d’équipement, on a une longue wishlist de matériel avec lequel on aimerait enregistrer. Avec un peu de chance, on va bientôt sortir du salon. On pourrait y travailler la reverb et autres techniques.

Encore une autre de vos activités: les Oysterland parties !
On organise les Oysterland dans des bars dont on s’approprie l’espace avec notre décoration et on y fait jouer des groupes de potes. D’ailleurs, c’est ce concept que l’on amène au Point Ephémère le 20 novembre, notre première Oysterland hors de Londres, et on est très heureux de le faire à Paris, dans ce lieu qui nous correspond parfaitement. Nous aimons regrouper plusieurs artistes en collaboration sur une même soirée. Il y aura une installation interactive de lumières de Sara Shishkova qui suivra le battement de nos coeurs pendant le concert. Nous avons aussi invité la talentueuse artiste française Halo Maud en première partie, elle sortira son premier EP l’année prochaine et on l’aime déjà beaucoup.

Hâte de savoir à quelle cadence bat votre coeur en pleine performance !
D’ailleurs quels groupes nous recommandez-vous en ce moment ?
Psychic Markers :
Mush :
Syd Kemp :

Ulrika Spacek joue au Point Ephémère le 20 novembre. On y sera. Et vous ?

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P.S: Ulrika Spacek fait partie des 3 groupes découvertes de Rock en Seine.
P.S: The place to be pour Rhys à Londres? Le Pacific Social :  « C’est un café qui vient d’avoir sa licence pour proposer bières et plats japonais le soir. »

– Julie Lesage –

[Photo une ©LiseTuillier/Bestimage]

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