LA ROUTE DU ROCK : un grand oui, de jour comme de nuit

« Non je te jure, ca faisait bien 4 ans qu’il n’avait pas plu pendant la Route du Rock !  »

Sceptique aux yeux plissés lorsqu’on me parle d’une Bretagne sèche, je me doutais bien qu’on allait me faire la remarque « bah, t’as pas de K-Way? » au moment le plus narquois. Mais malgré les glissades dans la boue le dernier soir, c’est bien guillerette que je fais le bilan de ma première visite : entre séjour balnéaire et programmation pointue, La Route du Rock, c’est le week-end au combo gagnant !

MODE JOUR : Un week-end culture en mer

Rares sont les virées festivalières qui t’offrent autant d’activités gratuites en journée : visiter Saint-Malo intra-muros, se cultiver à la conférence du possédé Christophe Brault sur certains courants musicaux historiques, se balader sur les rochers de la Côte d’Emeraude ciselée, somnoler devant les concerts pop naïve de la plage ensoleillée (Aja [projet solo de Clémence Quélennec, chanteuse de La Femme], Laure Briard et Le SuperHomard au programme), se délecter de fruits de mer ou de la traditionnelle galette/bolée de cidre, s’amuser à deviner à qui correspondent ces photos de jeunes légendes à l’expo New Wave d’Agnes. B, ou se faire en toile le dernier biopic sur Daniel Darc.
Se propose le choix, adapté à ton niveau de gueule de bois.

[Clique sur les photos pour découvrir qui sont ces jeunes artistes autour de 1980. Photos ©Pierre René-Worms]

MODE APERO : Une fréquentation record venue pour des mastodontes

18h direction le Fort St-Père en navette (gratuite!). Cette année, le festival a profité que l’assomption tombe un jeudi pour décaler le festival sur une trilogie jeudi-vendredi-samedi et éviter la baisse de fréquentation du dimanche soir. Pari réussi puisque 21 500 entrées payantes ont été comptabilisées, plus qu’en 2018, pour ce festival de deux scènes, donc à taille humaine. Quelques 500 têtes de plus auraient été appréciées par l’organisation pour rentrer dans ses frais, lesquels ont doublé avec l’explosion des cachets artistes et des dispositifs de sécurité (1 million il y a 10 ans contre 2 millions aujourd’hui!).

En fosse, une masse joyeuse, respectueuse et de tous âges s’est rassemblée, alléchée par de grosses têtes d’affiches tels Tame Impala, propre mais lassant même avec des lancers de paillettes (biodégradables?), ou encore Hot Chip (Alexis faisant un malheur avec son chapeau-Leerdammer) qui nous ont soudainement réveillés avec la reprise de Sabotage (imaginez Alexis Taylor crier comme les Beastie Boys !!!).

On comptait un peu sur la video « integrale » d’Arte Concert pour vous le montrer mais ils n’ont pas dû avoir les droits de filmer ce moment énorme, impossible de le retrouver. Voici donc un extrait humble d’écran:

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Le retour de Metronomy était également attendu avec la sortie de leur prochain album Forever le 13 septembre [voir la vidéo de la Conférence de Presse de Metronomy à la Route du Rock] après 3 ans d’absence : après une trop longue introduction inutile de chaque artiste, les british ont enchaîné tous leurs tubes (et y’en a!), engageant le public à laisser libre court à toutes danses créatives et joyeuses sur The Look et Love Letters en final. Instant critique: on détecte une légère amélioration scénique : Joseph Mount, d’habitude si boudeur et statique, tout emmitouflé dans son survet’, arrive à se déhancher perceptiblement et montre une véritable volonté de communiquer avec son public. On notera « Fait des efforts » sur le carnet de correspondance.

[Retour sur Hot Chip, parce que sérieux un chapeau comme çà, ca ne s’invente pas… Photo ©NicolasJoubard]

Altin Gün a également été très apprécié par le public, le groupe a orientalisé les bretons pour une heure avec sa folk turque…venant d’Amsterdam. Que ce soit en interview ou sur scène, Merve Dasdemir tient clairement le micro comme la culotte, tandis que le second chanteur et surtout joueur de saz Erdinc Yildiz Ecevit semble évasif, le regard perdu dans le khôl.

Apparté : Dans les têtes sympathiques croisées, on a bien reconnu Etienne Daho et Arthur Dusseaux (chanteur des géniaux Psychotic Monks), qui ont déambulé et pris le bus avec nous en tant que festivaliers. 

MODE SOIR : Les découvertes rock qui déménagent

LA DECOUVERTE rock à l’unanimité sur les trois jours de festival, c’est Crows. A ne pas confondre avec le Rn’B des américains des années 50, ces londoniens furieux intègrent du post-punk jusqu’au stoner sur un rock garage qui n’a pas froid aux yeux. Dès le premier morceau, leur chanteur James Cox enlève quelques épaisseurs, déjà chaud pour nous envoyer toute sa rage, et lorsque grincent violemment les guitares au dessus d’une statue-emblème de Rottweiler, le corbeau noir n’hésite pas à faire plusieurs tours dans la fosse, instaurant entre elle et lui, un courant d’électricité survolté. Un concert envoyé d’une traite sans temps mort entre les morceaux. Wow, puis pfiou.

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Quelques heures plus tôt, nous étions impressionnés par la bête de Black Midi : un batteur tout en muscle, qui dirige son groupe de jeunes musiciens, voisins géographiques des Crows, avec grand fracas. Chaotique par moment, leur approche mi math mi noise rejoint les constructions désordonnées que l’on retrouve d’habitude dans le jazz.  On hallucine lorsque l’une des guitares plante le quartet pendant 5 bonnes minutes et que le groupe, loin de s’arrêter, s’engage dans une déferlante monumentale ! Leur premier album Schlagenheim enregistré en 5 jours seulement vient de sortir, et il a des chances de rentrer dans l’histoire du rock.

[Je constate que les bretons s’occupent beaucoup moins de leurs smartphones en concert que les parisiens : je n’ai trouvé aucune vidéo de Black Midi en ligne. Vous pourrez les voir par vous-même le 16 septembre à la Boule Noire. Cliquer pour agrandir les photos de Nicolas Joubert]

Autre fureur, celle engagée et déjà connue des Idles, qui ont déchaîné un public en sueur en tout début de festival, resteront les meilleurs photos de fosse du festival pour en témoigner. Et puis le plaisir de retrouver ces canadiens de Crack Cloud, avec leur post-punk, au rythme frénétique math-rock, texturé au saxophone, et scandé de la voix convulsive si particulière de Zach Choy.

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MODE NUIT : Le nec plus ultra de l’électro

Hormis Paula Temple qui tabasse sa techno sans pitié, la scène électro du festival La Route du Rock invitait du très pointu. On pense à ce fabuleux live de Jon Hopkins, à la fois puissant et mélancolique, sachant s’adoucir en downtempo pour mieux t’ébranler ensuite dans une techno sombre de la stratosphère supérieure. Oui on préfère l’Intelligent Dance Music au boum répétitif et sans âme de la warehouse, lorsque ton regard est hypnotisé et que ton esprit cherche à s’émanciper par une danse presque vaudou. Euh…par contre les deux « danseuses » sur scène, du genre clubbing Ibiza, c’était pas un peu too much?

Autre alternative entre ambient brumeuse et excitation technoide, David August (ou « David du mois d’Août » comme disait l’ami) nous a invité dans son univers contemplatif en négatif noir et blanc. Un live dont les débuts timides ont progressé vers l’electro-pop avec chant doucereux pour finir en deep-house émoustillante, ce que l’on attendait avec impatience pour nous réchauffer, tout trempé que l’on était.


[Jon Hopkins – Photo ©MathieuFoucher]

Les 2ManyDJs ont animé le clubbing familial choisissant inégalement pépites et vieilleries mal dégrossies. Un bon point pour le remix du nouveau et funky Got To Keep On des Chemical Brothers !

Enfin dans la navette du dernier retour de festival, les « jeun’s » n’avaient que deux mots à la bouche: Oktober Lieber. Le duo de frangines parisiennes défient le noir et l’humide avec leur dark-wave glaciale qui reluque progressivement vers la rave industrielle allemande. Le rideau de pluie devant la scène en est devenu le décor parfait.

[Oktober Lieber – Photo ©NicolasJoubard]

MODE REPEAT :

Bravo. Je veux revenir l’année prochaine, voire même tenter la saison hivernale qui pique ma curiosité avec Tindersticks déjà annoncé, et puis je n’ai pas encore eu mon autocollant des Gérards, ces petits jeux de mots que les connoisseurs arboraient fièrement sur leurs vêtements. Parmi eux :

Renne’s World Megateuf

J’te cherche partout et Tame Impala

Cointreau n’en faut

Henri Dès Metal

J’ai la gaule de bois

Tu baises dans mon estime

Europe Oenologie . Les verres

Tu prends Thérèse pour une réalité

Dans le doute absynthe toi

 

 
 
 
 
 
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Julie Lesage – 
[Photo en Une : ©NicolasJoubard]

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