Rock en Seine passe au 3e degré

120 000 festivaliers en 2016
110 000 en 2017
90 000 en 2018 …
L’activité des festivals bat pourtant son plein partout ailleurs en France… mais pas sur l’irréductible village de Saint-Cloud cet été, où certains concerts se sont joués devant un public parsemé sur pelouse. C’est sans doute le premier lundi post-RES de l’histoire où il reste encore de la pelouse d’ailleurs!

Résultats du sondage des raisons auprès de ceux qui se sont tout de même déplacés pour un week-end culturel de rentrée:   « Trop de rap dans la programmation » ou encore « pas de tête d’affiche » sont les réponses qui reviennent à 90%.

En dépit du manque de découvertes pointues et d’émotions folle du genre « grosse claque dans ta gueule », cette 16e édition du festival Rock en Seine s’est déroulée pour ma pomme comme un entraînement convivial et intense des abdos, étant données les barres de rire impromptues lors de certains concerts, aussi ridicules que jubilatoires.

[FWF]

LES VALEURS SURES

Evidemment, nous n’avions pas fait le déplacement pour rien:
The Liminanas nous a replongé avec délice dans le rock yéyé, Fat White Family (qui s’est bien tenu pour une fois) a calfeutré son énergie punk dans un écrin de cuir « sexy rock » qui nous a rendu addict, Parcels a fini un peu tôt à notre goût mais leur disco funk a inévitablement conquis la plupart des festivaliers, The Black Angels nous ont élevés vers des cieux à la réverbe hypnotique.


[Vidéo de Frédéric Richard]

Au-dessus des autres, King Gizzard and the Lizard Wizard est sans doute le groupe live le plus sincère dans sa façon de jouer un rock parfois garage parfois psychédélique mais toujours débridé, c’est-à-dire plus comme un plaisir que comme un récital. Cette convivialité est tout à fait appropriée pour le challenge « grande scène en plein jour » des 7 inconnus du grand public. Ces Australiens imprévisibles n’hésitent pas à imbriquer des morceaux dans d’autres morceaux, à surenchérir les mélodies par des cavalcades échevelées à cordes, sans compter les positions incongrues du chanteur à la langue bien pendue, nommé Stu McKenzie. Plus qu’un concert, c’est une redécouverte de la guitare, pogo en option. Pas étonnant que de nombreux tutoriels sur YouTube t’apprennent à jouer comme ces dieux!


[Vidéo de Isa Tagada]

« Et Justice alors? »
_ Justice passe dans de nombreux festivals tous les ans, tu ne les a donc pas déjà vu ? Allez si, pour te faire plaisir, on peux te dire qu’ils ont mis les bouchées doubles question lasers pour la dernière de leur tournée, et qu’ils ont disparus d’un coup pour réaparaitre au-dessus de la régie, belle surprise.

[Photo ©Zélie Noreda]

2 DECOUVERTES A MIEUX SUIVRE

Entre production ultra propre et musiciens de talent, Nick Murphy, qui n’est autre que feu Chet Faker, a eu le mérite d’apaiser nos angoisses (dues à la prog) dès le 1er jour. Cet homme porte une élégance innée tant par sa présence sur scène que par la finesse de ses compositions. Une très belle surprise que l’on réécouera avec plaisir à la maison. Electro-pop, rock électrique et balade au piano se succèdent pour un concert digne des plus grands, qui s’apprécie du début à la fin !


[monter le son]

Dans la catégorie groupes émergents, les seconds se nomment Insecure Men. Au nombre de 9 sur scène dans des costumes vintage, ces protégés des Lennon ont une aura à la fois naïve et lumineuse, que les saxo et xylo accompagnent douceureusement. C’est une métamorphose pour Saul Adamczewski, qui joue également parmi les punks de Fat White Family !!! Un peu mou, soit, sur une heure de live, mais on réécoutera un dimanche sous le plaid c’est certain.


[Oui vous lisez bien: 36min de concert intégral…pas assez de chansons?]

CES BARRES DE RIRE

Assister à un concert de Carpenter Brut peut rendre incrédule. Imaginez-vous plongés dans une métalorgie électronique sulfureuse de vapeurs écarlates. En arrière plan, des vidéos qui switchent entre scènes de sexe et meurtres sanglants, entrecoupées de séances de gym en body échancré des années 80. Et tout autour de vous, un public ultra fan se balançant d’avant en arrière 🤘🤘🤘. Comme si le générique d’Alerte à Malibu devenait métalleux et effrayant. Nos yeux ne sont pas loin de sortir de leur globe… jusqu’à ce moment karaoké d’une reprise de Maniac, et franchement …c’est drôle.

Quelques minutes plus tard, alors de passage devant PNL, nos oreilles captent un discours de foule type « ouais gros, merci d’être tous venus » devant une population pas des plus chaudes qui s’étale sur …40 rangs. Le dernier artiste du premier soir doit faire face à une grand scène VIDE ! Mouahahaha, le plus gros flop des têtes d’affiche, on en aurait presque pitié.


Le clou fût sans aucun doute enfoncé par la tête d’affiche du jour suivant: 30 Seconds to Mars. Au prorata, euh … 20 minutes de musique contre une 1h30 de show parlé à l’américaine ? Jared Leto se poste ici en gourou sous son peignoir japonais, aussi prince que Michael Jackson ganté de paillette. Il court avec un drapeau français géant, tourne énormément sur lui-même tel une toupie rêvant d’être princesse (car il faut l’occuper, seul, cet espace que représente la grande scène!). Prestation à l’américaine ou jeu de rôle au 3e degré, difficile de sonder le bleu des yeux de Jared, derrière les ballons et confettis.
Finalement ce sont les interludes batterie de son frère qui nous feront plus danser que les chansons elle-mêmes, ces moments d’attente interminables lors desquels Maître Jared décide de faire venir 200 personnes sur scène en les désignant de l’index une par une dans le public. « oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, … » Sans parler du froid saisissant qui nous transperçait ce samedi soir…
A l’image de tout le concert, cette vidéo est longue a chanter:


[Vidéo de Nowayfarer]

Un Bonus sur l’after ?

La venue de Charlotte Gainsbourg après son set millimétré et parfaitement produit: elle, d’une douce beauté, accessible et souriante au bar, en toute simplicité.

Stu McKenzie, super sympa, qui a osé sortir des backstages pour danser parmi nous sur nos vieux rock français type des Rita Mitsouko, mixés par Chatoune qui tenait la platine dans ses bras pour éviter qu’elle ne saute de par l’énergie des danseurs sur le plancher.

Et enfin, en apothéose, le DJ set de Novorama, lors de l’after-clôture VIP du festival. Ce genre de set pendant lequel tu espères toutes les 4 minutes que le prochain morceau va être moins bien que le précédent, histoire que tu puisses te reposer un peu…mais non. On a tout Shazamé, on va vous les ressortir en WiseList c’est promis 😉

Après tout çà, on est déjà impatient, le sourire en coin, de savoir ce qu’AEG nous a prévu de plus étonnant pour 2019…

– Julie Lesage –

[Photos  ©Olivier Hoffshir]