Un bestiaire alternatif garanti DIY sans OGM au FGO ? OMG !

 

On est en juin et il commence à faire chaud. Certains se mettraient déjà bien à poil mais ce soir j’opterai plutôt pour des plumes, celles d’un canari maléfique par exemple, ou encore celles de ces trois formations qui ont décidé d’écrire des chansons différemment.

Bernard Grancher and the GBBG

Bernard Grancher et son acolyte de circonstance, Yan Hart-Lemonnier, sont assez rares sur Paris pour que cela constitue une assez bonne raison de venir ce soir, au-delà du fait que chacun figure en bonne place parmi les disques que j’écoute régulièrement.

Les gars d’la compta
Tels des cadres du service comptabilité un brin excentriques évadés d’un apéro-plage à la Baule, ces férus de bidouillages électroniques contrariés se présentent en chemisettes blanches impeccables, pantalons rouges simili cuir et… pieds nus (je n’ai pas vérifié s’il restait du sable). Ca leur va plutôt bien.

Le cocktail GBBG c’est un peu Boris Vian et George Perec remixés par Gary Numan et Aphex Twin, avec une pincée de Plastic Bertrand version 2.0.
Avec déjà 3 albums au compteur, Bernard Grancher (qui semble affectionner les éviers double bac autant que Duchamp affectionnait les urinoirs) déroule son répertoire de chansons électro-pop aux textes grinçants de trivialité décalée et parfois d’amour. Entre le regret d’avoir cassé la machine à fabriquer La famille idéale, une ode à La femme, l’observation des Chèvres (parabole sur Panurge et ses moutons), et les joies de l’héritage, il dégobille l’absurdité du consumérisme, de la « normalité » et des humains en général avec une attitude assez rock n’roll pour un mec en chemisette.


Merci Bernard !
La qualité des jeux de lumière sublime le tout tandis que les beats de Yan commencent à faire leur effet sur mon petit corps en manque de déhanchements. « Allume le moteur » clame Bernard dans l’un de ses derniers morceaux, et en effet, aucun retard à l’allumage n’est à constater en ce début de soirée, avant d’enchaîner sur les errements bizarroïdes qui vont suivre.

Les Trucs

En tapant Les Trucs dans une barre de recherche, on se fait vite suggérer “Les trucs de fille”, “Les trucs rigolo”, “Les trucs qui font peur” ou encore “Les trucs à faire à Paris”. Et bien disons qu’en l’occurrence, voir Les Trucs au FGO Barbara à Paris ce soir-là, ce fut un peu tout ça à  la fois ^.^

J’irai chanter chez vous
En effet, si poser du matos sur des praticables au milieu du public afin de favoriser un contact direct avec ce dernier n’est plus inhabituel, la surprise viendra plutôt des tenues du duo, entre Devo et Antoine de Maximy, et leur présence scénique.

Appareillés tels des Ghostbusters revenus d’un futur improbable, pédale d’effet et interrupteur à la ceinture, des “machins” (pour ne pas dire des “trucs”) noirs dans le dos servant d’alimentation aux cols de cygne éclairant leur visage, Charlotte Simon et Toben Piel sont venus présenter leur 3e album “Jardin du boeuf” (c’est d’ailleurs officiellement leur release party).


Wir sind die roboten
Les Trucs se définissent comme des êtres mi-humains mi-robots, reprenant ainsi l’héritage de leurs aînés de Düsseldorf (je vous laisse deviner lesquels). Leur set tient plus de la performance que du live cadré. Avec une énergie généreuse et communicative, ces humanoïdes nous serviront une choucroute électro expérimentale vitaminée aux saveurs lointaines de cabaret déstructuré qui remue le poitraille et les guiboles pour le plus grand plaisir de fans absolus comme d’enthousiastes curieux, comme moi. Pour être tout à fait clair : ça y est on est chaud bouillant pour la suite.

Infecticide

Ceux qui m’ont déjà accompagné les voir savent que je ne jure que par eux pour perdre 10 litres d’eau en moins d’une heure. En effet, ces pieds nickelés de la chanson française (hu hu) proposent une formule explosive, propice au lâcher prise incontrôlable, voire à l’hystérie la plus totale.

C’est toujours avec fébrilité que l’on découvre leurs costumes (fin 2017, un super-héros au cerveau à l’air libre, accompagné d’un lutin et d’un homme des cavernes, il y a quelques mois ils étaient grimés en livreurs à vélo “Infectifood”, et caetera et caetera). Je suppose que ce goût inaltérable pour les déguisements décalés, bizarroïdes, parfois ridicules, vient du fait que 2 d’entre eux au moins sont comédiens de métier.

La ferme aux animaux
Ce soir nous aurons donc droit à un poussin avec des dents au regard revanchard, un cochon bad boy nonchalant et un mouton terrorisé (Jacques de Candé est à chaque fois magique dans le rôle du personnage brimé, persécuté, ou simplement viscéralement anxieux).

On peut y voir éventuellement le prolongement d’une forme de tradition de la scène alternative française fin 80’s / 90’s qui mettait un point d’honneur à s’habiller n’importe comment pour dénoncer les maux de nos sociétés avec des paroles “rigolotes”, ou pas (ex : Ludwig Von 88). Sauf que chez Infecticide, les textes sont réduits à leur plus simple appareil, évoquant avec d’autant plus de violence rentrée, “froide, dure, sèche”, la bêtise – je pense que c’est le terme le plus approprié – qu’ils cherchent à dénoncer. Tout porte à croire que ces dingos ont décidé de faire de la régression un art à part entière qui fait à la fois réfléchir sans y penser, ou peut-être l’inverse, mais surtout danser et se marrer. Car il s’agit bien de cela avant tout, comme me l’a un jour confié Thomas Suire, chanteur-bidouilleur du trio : Infecticide, c’est leur terrain de jeu privilégié, de l’auto-dérision à l’état pur entre potes qui n’ont pas envie de se prendre au sérieux (sans pour autant ne dire que des conneries).

Régalade générale !
Nettement moins drôle, mais tellement libératrice, leur musique, comme leurs textes, est plutôt dépouillée mais assez puissante pour retourner une salle entre EBM (on pense notamment à DAF), psycho-billy et techno ascendant cold-wave indus (?!). Bref, un tas de trucs qui ont l’air froid comme ça et qui, en fait, font salement danser les gens qui s’en foutent et aiment se jeter les uns sur les autres en souriant. Ainsi parmi leurs inénarrables classiques (Comme une gomme, Bagarre générale, Prehistoric, Pourquoi pourquoi, Une petite motte de peur, Petit tricheur), se glisseront leurs plus récents Qui a mis le feu à la voiture de la police ! et surtout Un monde en forme, plus terrible et hilarant que jamais.

Et le concert de filer à une vitesse qui me surprend toujours. Et j’ai encore perdu des litres d’eau en 45 mn, appareil photo pendouillant au bout du bras. De fait, grâce (encore une fois) aux belles lumières en fond de scène, j’ai eu parfois l’impression que le volatile que je photographiais était un Ziggy Stardust venu d’une dimension parallèle, sûrement une hallu dûe aux endorphines.

Pour conclure d’une façon qui comme moi ne tient peut-être pas bien debout, si “Le rire est le propre de l’homme” comme le disait Rabelais, alors Infecticide en sont les Animaux Sauvages 😉

Texte et photos A. Cangy
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Bernard Grancher (w/ Yan Hart-Lemonnier)

Les Trucs

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