Coup de poing émotionnel avec l’ovni Pyrit

 

.         Bourdonnements, grésillements, bruitages indus…. l’alunissage de l’ovni Pyrit s’est opéré dans une atmosphère Nosferatus. A son bord: le vampirique Thomas Kuratli, qui s’était déplacé seul de Suisse pour une rencontre du 3e type et la release party de son 2e album Control.

L’enchaînement de l’intro Control I puis Control II nous plongent dès le début dans une torpeur faite d’intrigues, complètement cinématographique. Ses premières vocales, effrayantes, rappellent les voix des méchants Mangalores du film Le 5e élément. Vous souvenez-vous?

Découvert aux Trans 2016, Pyrit se cachait alors dans un épais brouillard sur la scène de l’UBU. Désormais, l’homme a gagné en maturité et jeu de scène. Durant tout le concert, le public est comme tiraillé entre une fascination démesurée autour de ce personnage androgyne mystérieux qui nous envoie en pleine face une électronique industrielle ultra-puissante, et le désir d’exulter une sourde souffrance intime, en choeur avec la voix fragile de Thomas (les Mangalores c’était juste pour le début). Dois-je crier ou pleurer ? Impossible de faire un choix, je suis comme bloquée, dans la même frustration que Pyrit, alors que les émotions me submergent. Et visiblement je ne suis pas la seule : rarement vu un public qui hurle autant, au lieu de juste applaudir.

Cette frustration est d’autant plus virulante que dans la plupart de ses morceaux, Pyrit exprime ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas, mais surtout qu’il perd le contrôle. On a retrouvé  « I want… » ou « I don’t want… », dans pratiquement tous ses titres, comme des envies refoulées aussi fortes que grinçantes, prêtes à exploser, Spit It Out.

Autour du one-man-band aux yeux parfois révulsés tant la performance est théâtrale, pas grand chose : une cymbale à laquelle l’auditoire se raccroche pour les changements de rythmes,  un pad, une guitare, un clavier, et deux thérémines. C’est d’ailleurs sa performance entre ces deux antennes qui enclenche des acclamations à n’en plus finir à partir du 4e morceau Monody, alors qu’une tension explosive nous surprend, et que les plaintes criantes d’un ange déchu s’élèvent comme suppliant le plafond noir du Point Ephémère.

Chaque voyage nous emporte pendant au moins 5 minutes permettant de riches variations. Tel Sigur Ros, le multi-instrumentiste n’hésite pas  à utiliser son bâton de percussion pour gratter des cordes ou tapoter un thérémine pour un effet des plus tremblants. Alors qu’on avait décelé une note écclésiastique à l’écoute de l’album, notamment avec les orgues de Wolgashlepper, le live suggère une puissance à l’électronique cosmique, le nouveau gothique est electro.

Après le dernier morceau aux influences presque techno Take Me Out, Pyrit sort littéralement de scène alors que son son continue comme une ambient lourde. Le public attend, pensant que l’artiste est parti chercher une bouteille d’eau. Mais le temps s’allonge, le son ne s’éteint pas donc ne permet pas un rappel, et l’on se rend compte bien trop tard que le concert est en fait finit depuis plusieurs minutes.

Par chance le long du canal St Martin, on aborde notre Dracula moderne au crayon khôl, et lui fait part de cette fin déstabilisante:

« Je tenais à cette fin, car elle me caractérise, elle donne une certaine frustration, et c’est bien que la prestation s’achève sur un malaise « 

Entre le froid et le généreux, Pyrit est l’ovni qui t’envoie du coup de poing émotionnel.


Quelle chance vous avez ! PYRIT revient sur Paris pour un concert gratuit le 15/05  !

– Julie Lesage –

[Photos ©Jérôme Brody