Pourquoi La Seine Musicale est le meilleur endroit pour un festival indoor

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Les festival à Paris se divisent en 2 catégories : ceux d’été en extérieur accessibles via un pass correspondent à la vrai définition, alors que ceux d’hiver (exception faite du MaMA event) présentent plutôt divers artistes en diverses salles, mais à accès payant pour chacun des concerts (d’où vous appelez çà des festivals ?).

On était le week-end dernier au CHORUS festival pour célébrer ses 30 ans avec pièce montée et étincelles en présence de Patrick Devedjian et autre beau monde des Hauts-de-Seine. Et là, y’a pas photo, on a découvert LE meilleur endroit où tous les festivals « indoor » devraient se dérouler en attendant l’été.
[Enfin, si, y’a photos : celles de Nicolas Fagot, voir plus bas]

Ouverte depuis le 22 avril 2017, la Seine Musicale trône sur son Ile de Seguin, celle-ci nommée non pas en hommage à cette pauvre chèvre, mais d’après le chimiste Armand Seguin qui y expérimenta un nouveau procédé de tannerie en 1794. Son architecture, dessinée par le japonais Shigeru Ban associé au parisien Jean de Gastines, se développe sur près de 324 mètres le long de la Seine, avec une surface de 36 500 m2. On y accède par le pont aux lignes épurées Renault (qui y construisit ses automobiles jusqu’en 2005) et dont la circulation est coupée pour l’occasion. Le plaisant commence par cette attention.

  

Petite visite

Ce soir, sur le parvis extérieur de l’édifice, entouré de bars et restaurant à terrasses, se produisent Nasser et Weval. A l’entrée, on vous propose un vestiaire gratuit (!!). L’intérieur du bâtiment rappelle un hall de centre commercial, avec ses murs froids de béton blanc. Un contraste sans équivoque par rapport à la première scène sombre à votre gauche, bariolée des néons du vaisseau cosmique de Vitalic ou arborant l’énorme sigle NTM le lendemain. Dans cette grande salle modulable qui peut accueillir jusqu’à 6000 visiteurs avec les gradins, on apprécie l’espace ! Aucun problème pour se déhancher comme chacun le souhaite.

[Quelques mouvements de la structure ODC de Vitalic]

En face de la grande salle, un nouveau bar classieux sert spiritueux haut de gamme et cocktails. On passera rapidement sur le nombre adéquat de toilettes, terrasses fumeurs, food-trucks, et bars pour un service rapide et optimum, car on s’empresse de prendre l’escalator en direction de l’Auditorium, au coeur de la boule.

Le design de ce « phare de l’île » porterait l’idée de perméabilité entre l’intérieur et l’extérieur – un concept propre à la culture japonaise.  Une chose est sûre, la salle est totalement imperméable aux réseaux : impossible de capter sms ou messenger, et en ce lieu d’excellence acoustique, pensé en collaboration avec Jean-Paul Lamoureux, tant mieux.


[Vidéo de Jeff Bosvieux]

Une fois installé sur l’un des 1150 fauteuils, impossible de bouger : les oreilles perçoivent avec ravissement un son d’une rare qualité. En novembre, Shannon Wright m’avait émue aux pleurs sur pas moins de quatre morceaux ici même! Cette fois-ci, je me surprends à vraiment apprécier les vibrations de la voix d’Ayo, accompagnée d’un pianiste. Cet Auditorium a été conçu pour accueillir toutes les musiques non amplifiées, de quatuor à cordes au grand chœur, de la voix seule à l’orchestre symphonique. Je dirais plus : cet auditorium a été conçu pour émouvoir le Grand Paris.

Après un petit tour périphérique pour admirer la Seine à travers le nid de bois tressé, et admirer la voile mobile de panneaux photovoltaiques, on descend pour des concerts plus intimistes. Sous l’Auditorium, les studios réservés aux artistes en résidence se sont mués en petites salles de concert de 270 places debout. Eddy de Pretto y chantait en novembre, ce soir c’est l’électronique de Sekuoia qui s’empare des murs rapprochés. Ici même topo, on n’est pas habitué à un équipement de telle qualité pour une salle si petite.

En bref : La Seine Musicale réussit son projet pour un espace de déambulation culturelle agréable : les flux de personnes sont bien gérés, le service est optimum et la qualité sonore ravit nos oreilles.

Sous-entendu: On serait enchanté que de nouveaux festivals en profitent pour nous sortir l’hiver !

– Julie Lesage –

[Cliquer sur les photos de Nicolas Fagot pour agrandir]