New Material – Preoccupations

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Démarré il y a 6 ans sous le nom Viet Cong, Preoccupations déboulaient avec leurs états d’âme en proposant un post-punk qui a fait dresser l’oreille à plus d’un avec ses rythmiques plus rock tribales que cold, une énergie propre au style, mêlant dépouillement rêches et lignes mélodiques parfois alambiquées, un chant éraillé et nerveux, des phrasés de guitare new wave et saturés mais pas que, avec des séquences de synthés aux ondes plus rondes que carrées donnant une forme de respiration spirituelle.

Après un deuxième album plus accessible que le premier, au chant plus présent et plus travaillé, des rythmiques plus variées, le groupe de Calgary revient avec un nouvel opus titré New Material (Nouveau Matériel, sic!), titre anecdotique comparé au propos et à la force qu’il déroule le long de ses 8 tracks sans ambage.

Plutôt que du neuf, le groupe pousse le bouchon un peu plus loin en faisant la synthèse des deux précédents, conservant l’aspect frontal et duraille du 1er et l’abord plus ouvert et « enjoué « du 2nd, si l’on occulte la noirceur qui sous-tend l’ensemble.

Celui-ci gagne en puissance et en cohésion, on sentirait presque une certaine ampleur. Le 1er titre entre directement dans le vif du sujet, que l’on sent récurrent à chaque titre. Celui de notre société numérisée où chacun s’espionne à ciel ouvert, (se) laisse faire et s’engouffre dans son propre narcissisme, nos relations en forme d’eau stagnante, où nos individualismes exacerbés et complices du non-sens environnant se croisent fébrilement, les bras ballants et sourires extatiques pour masque d’un quotidien que plus personne ne cherche à défendre ni combattre, résignés. Dystopie ou triste réalité ? Chaque morceau nous rappelle que nos agissements tiennent plus de l’agitation que de l’acte, nos relations un jeu de miroirs vides de reflets signifiants, et le tout un système complexe que nous avons nous-mêmes perfectionné avec soin mais qui n’est au final qu’un voile de cendre et de fumée. Et oui, il est intéressant de lire les paroles et d’en extrapoler quelques interprétations parfois.

Peut-être un brin pontifiant, le constat est assez pessimiste et acerbe, la musique oscille entre frénésie extatique et fébrilité cotoneuse, reprenant les racines du genre (le charley de Espionage fait quand même vachement penser à celui de A means to an end de Joy Division), tout en conservant sa singularité. Le chant se fait plus choral par moments qu’auparavant (on entendrait presque parfois la douceur de Martin Gore pour les choeurs ou le lyrisme d’un Ian MacCullock) alors qu’on sent que la voix est mixée moins en avant que pour le 2 opus.

Certains titres claquent comme un coup de fouet pour nous réveiller (Espionnage, Decompose, Antidote), d’autres plus mélancoliques (Disarray, Manipulation, Doubt) nous renvoient à notre torpeur. L’album se conclut sur Compliance, un morceau épuré, percussif, qui semble vouloir nous redonner foi. Alors New Material ou pas, Preoccupations creuse le sillon de sa différence dans une new-wave très rock, exploratrice et primitive, inspirée et intègre, à la fois franche du collier et sophistiquée, et relativement accessible… enfin, pour qui ne cherche pas à se voiler la face en buvant cette fiole de fiel multivitaminée.

– Alexis Cangy –

New Material de Préoccupations, chez Jagjaguwar Records
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