Programmateur des Trans : le job rêvé

.

Les Rencontres Transmusicales de Rennes viennent de commencer. On a donc appelé le bureau des Trans, afin que Mathieu Gervais, assistant programmation de Jean-Louis Brossard, nous mette dans le bain avant de prendre le train direction la ville de la galette saucisse.

Ca va, pas trop dans le rush?
Oh tu sais, c’est la dernière semaine, on est zen. On commence demain avec la création d’ Aloïse Sauvage à l’Aire Libre. [Révélée au public dans 120 battements par minute] Et on enchaîne dès mercredi à l’Ubu, pour mon anniversaire.
Tu vas donc passer une belle semaine !
Oui,  au calme.
Tu vas dormir combien d’heure par nuit ce week-end ?
3-4 heures, ca va être juste.

**Voir directement les 5 coups de coeur de Mathieu pour les Trans 2018

LE JOB

Racontes moi le début de ton aventure, comment as-tu intégré l’équipe des Transmusicales ?
J’ai rencontré Jean-Louis Brossard alors que j’étais manager et booker d’artistes. Je m’occupais de The Wankin’ Noodles, des Popopopops, avec qui on est parti sur une session des Trans Export en Russie, et là-bas avec Jean-Louis, on s’est découvert des goûts en commun, sur la musique, sur le jazz mais pas que, sur la cuisine, et la fête aussi. Et puis un jour après avoir travaillé dans une agence de booking, j’ai téléphoné à Jean-Louis pour lui demander si il avait eu vent de postes à pourvoir dans la production ou la programmation et il m’a répondu : « Bah tu tombes bien ! Mon assistant vient de m’annoncer qu’il quittait la boite, on se voit cet aprem, tu viens bosser. » Je travaille depuis sur la programmation des Trans et de l’Ubu [salle de concert rennaise], en binôme avec le directeur, je suis présent à la fois au bureau et à la salle pour chaque concert, et on se déplace également ensemble pour aller voir ce qui se passe ailleurs en local, en national, ou a l’étranger.

Le festival bat son plein cette semaine, mais c’est aussi le métier d’une année de préparation. Par exemple, que se passe-t-il dès janvier dans le bureau des Trans ?
On attaque très rapidement mi-janvier par une visite à l’Eurosonic, gros festival de showcases à Groningen. Déjà ca prend bien une semaine d’écouter les 350 groupes en amont et préparer notre programme de visites, le 7 janvier faut qu’on soit la tête dans les écoutes. En fait une fois l’édition des 40 ans terminées, on sera déjà en train de penser à la suivante. Et puis évidemment il y a aussi la programmation de l’Ubu qu’il faut continuer tout au long de l’année.

Comment découvrez-vous ces groupes qui viennent de très loin comme les Dizzy Brains qui n’avaient jamais décollé de Madagascar avant 2016 ?
On travaille pas mal avec des agents, eux se déplacent beaucoup pour récupérer des groupes d’ailleurs et nous envoient des propositions ensuite. On est également à l’écoute de toute suggestion, que ça vienne de quelqu’un dans le public qui nous file un disque, ou d’un ami journaliste. Pour les Dizzy Brains, c’est un pote de JLB qui travaillait à Madagascar qui nous a envoyé le son. Jean-Louis a le final cut, et moi j’essaie de lui ramener un maximum de belles découvertes. Et à deux, on n’est pas de trop car il y a une espèce de facilité de production aujourd’hui qui nous submerge: quelqu’un peut très bien s’enregistrer chez soi, te faire un MP3 et te l’envoyer par mail, on écoute tout parce qu’on ne veut rien laisser au hasard.

Est-ce qu’il t’es déjà arrivé d’avoir un live merdique qui ne correspond pas du tout au son que tu avais écouté à l’avance ?
Il m’est arrivé une fois de me rendre compte que la formation avait changé et les morceaux avaient été adaptés au départ de musiciens, mais un truc bon en studio qui devient une daube sur scène, non et on y fait super attention. On demande toujours une vidéo d’un live. On les brief aussi lors de la rencontre, car pour des petits groupes qui n’ont jamais joué devant plus de 100 personnes, jouer dans un hall de 4000 personnes ne demande pas la même performance.

Quels sont les 3 impératifs pour etre programmé aux Trans ?

  1. Que ce soit un coup de coeur
  2. Que les musiciens soient talentueux
  3. Que ce soit novateur

Et tu parlais des Trans Export en Russie ? quesako ?
Oui Les Trans s’exportent, irrégulièrement. Il a eu Les Trans également en Chine en 2005, c’était le premier festival de cette ampleur en Chine, ainsi que Les Trans en République Tchèque, Ca ne s’organise pas chaque année, pour la prochaine, on est encore en réflexion.

LE CASQUE VISSÉ SUR LES OREILLES

Le festival fétiche que tu ne manqueras jamais
The Great Escape à Brighton, c’est un festival dont on ramène chaque année quelques artistes. C’est vraiment un événement international, contrairement à l’Eurosonic qui est plus centré sur l’Europe. Tu peux avoir des groupes d’Amérique du Sud, d’Asie, de partout. Il y a énormement de choses donc il faut bien écouter en amont, bien se préparer, et une fois là-bas c’est 5 jours de course totale entre les salles. Sous le vent et la pluie en général. (rires)

Ta plus grosse claque 2017 ?
Y’en a trop ! Confidence Man était une grosse claque, Too Many T’s la réponse anglaise aux Beastie Boys, Moon Hooch les américains étaient assez hallucinant, Zeal & Ardor les suisses qui font du blues métal, ouais on s’est pris quand même beaucoup de claques l’année dernière !

Un groupe étranger avec qui tu es devenu ami ?
Je revois souvent Puts Marie dont j’aime beaucoup le chanteur avec qui je m’entends bien, je les ai revus au Canada, en Suisse , et le chanteur est d’ailleurs revenu l’année derniere avec un autre projet : Mister Milano. Après c’est compliqué de garder vraiment ce type de relation car on est toujours en mouvement, mais on est toujours super content de revoir les groupes.

T’es-t-il déjà arrivé de te mordre les doigts car tu as voulu programmer un groupe qui n’a pas été retenu au final, et qui a fait un carton par la suite ?
Ca peut des fois (rires), mais je peux aussi retenter l’année d’après, quand le projet est un peu plus mûr. Comme Nova Materia cette année: on en avait déjà parlé l’année dernière. [En concert à Paris la semaine prochaine, nous on y sera ;)] Mais de grands regrets non jamais, on arrive toujours à trouver un moyen d’une année sur l’autre. Après si on a pas mis le doigt sur quelque chose qui a explosé, c’est peut-être aussi que niveau artistique ça nous plaisait pas plus que çà…

Dans le documentaire Ce qui se joue la nuit de Damien Stein , Jean-Louis conduit et dit : « le jour où je vais décider d’arrêter, je lui laisserai les mains libres » en parlant de toi. Alors vocation à vie, tu es prêt ?
Plus que jamais! Après ce sera pas forcément la même chose, ca me ressemblera plus, avec peut etre d’autres styles de groupes qui m’auront chatouillé les oreilles, mais bien evidemment ouais à 100%.

40 BOUGIES CE WEEK-END POUR LE FESTIVAL

Les Trans atteignent la maturité cette année, comment se traduit cet anniversaire ?
On s’est fait plaisir sur la programmation, j’espère que ca va bien se transmettre. On a augmenté le budget artistique cette année: on s’est permis d’inviter des groupes avec de nombreux musiciens et qui viennent de loin. C’est tout de suite pas le même budget quand tu rajoute 6 billets d’avion pour un groupe… On a même un groupe rennais de 17 bretons : Nâtah Big Bang. Pas de feu d’artifice de prévu mais des surprises, comme peut-être des featuring inattendus…[Samedi Hall 8 22h]

Un seul mot qui qualifierait le mieux Les Transmusicales par rapport à tous les autres festivals de France ?
Nouveauté

C’est sans doute le festival le plus éclectique, vous dites aimer tous les genres de musique. C’est possible ca ?
Ouais bien sûr, y’a du bon dans tous les styles. Ces derniers temps on a trouvé beaucoup de choses intéressantes dans les pays africains et asiatiques, après la scène locale est toujours foisonnante que ce soit en rock ou pop, et puis il y a les nouveautés hybrides, qui vont mêler plusieurs genres. Par exemple cette année, on accueille The Naghash Ensemble, avec trois chanteuses lyriques qui reprennent des musiques traditionnelles arméniennes. On veut surtout proposer des talents particuliers, sans aucun barrière sur le style. [Vendredi 23h30 Hall 8]

Tes 5 groupes préférés de ce week-end ?
Impossible ! Ce ne sont que des groupes préférés !

Je dirais Disiz La Peste avec ce nouvel album qui est vraiment une bombe absolue, un album très électronique, qui ose. On n’est pas sur un truc de rap commun c’est beau, puissant et très introspectif. Pour moi, c’est l’album de sa carrière. [Jeudi 22h30 Hall 3]

Il y a Les Louanges que j’adore qui est un jeune groupe québécois. Ca chante en anglais, en francais, je trouve que leurs chansons sont magnifiques, ça groove, avec des synthés bien posés, la voix est chouette, y’a un vrai truc. [Tous les soirs à l’Aire Libre]

Il y a également Saodaj que j’aime beaucoup, qui nous vient de La Réunion: un groupe maloya avec d’autres influences, c’est assez percussif, avec deux voix sublimes. [Samedi à l’Etage / Gratuit]

Ensuite Vurro, et homme-orchestre qui dans le piano boogie avec un crâne sur la tete, et qui joue les cymbales avec ses cornes, c’est assez magique a voir, c’est completement fou ! [Vendredi à 22h45 Hall 3]

…et en rock The Surrenders que j’ai vu d’ailleurs au Great Escape et là on a un chanteur super charismatique, de purs musiciens, c’est rock & blues, ça peut te rappeler des mecs comme Kravitz dans l’énergie, il a d’ailleurs une voix de malade, [Vendredi Hall 3 02h45]
mais dire que ce sont mes 5 préférés je ne peux pas  !

Merci Mathieu pour ton précieux temps, je monte dans le train et j’arrive.
– Julie Lesage –

[Photo en une: extraite du documentaire de Damien Stein,
Portrait noir et blanc : ©Ben Pi]