GTT au Badaboum pour une soirée païenne

 

On est jeudredi, la reprise des concerts intéressants s’annonce et s’amplifie avec le mois de mars, notamment pour les artistes méconnus ou confidentiels. La fermeture de certains lieux aurait-elle ouvert une brèche à d’autres en terme de programmation ou est-ce juste un besoin, une envie de diversification de ces derniers ? Quoi qu’il en soit, me voilà au Badaboum, pas une salle où je viens souvent assister à des concerts, quasiment jamais en vérité, et pourtant ce sera cette fois la 2eme en 10 jours (la dernière pour Boy Harsher et Kontravoid). Ne jamais dire jamais. D’autant que la soirée s’annonce riche en rythmiques rituelles, façon danse de la pluie ou du soleil (on est en mars, hein), le Dieu Pan requérant en offrande l’attention de nos oreilles…

USE / IL TAPE SUR DES TAMBOURS ET CA LUI PLAIT BIEN

Zut, il a déjà commencé, je pensais tomber sur Society of Silence pour me chauffer, mais là ça tape déjà fort. En effet, j’entre dans la salle sur C’est si lisse avec sa sirène d’alarme qui fait toujours son petit effet (le public a encore bien failli évacuer la salle), ses aboiements et ses coups de marteaux pilons sur les toms et cymbales. Je vous présente Nicolas Belvalette, dit Usé, from Amiens – Picardy, fondateur et bruitiste dans Headwar, complice de Jessica93 et Noir Boy George dans Roberto Succo, et actif dans d’autres formations aux noms saugrenus (Les morts vont bien, Sultan Solitude…), 1 EP (Marilou) et 2 albums au compteur (Chien d’la casse et Selflic chez Born Bad Records).

Usé est réputé pour ses sets fiévreux basés sur un bric-à-brac d’éléments de batterie et une guitare bricolée sur lesquels il tape rageusement, consciencieusement tel un stakhanoviste de rythmiques tribales modernes de parkings désaffectés. Comme à son habitude, il démarre vêtu d’un polo aux couleurs pastel édulcorées pour finir torse nu en jogging troué, tout investi de la rage qui anime sa “musique”, entre noise, indus acoustique, et chanson ironique et désabusée. Entre deux coups de boutoir à baguettes, Nico viendra chanter ses plus belles chansons d’amour dans la fosse (Marilou et  Danser un slow avec un flic), jètera négligemment son micro sur ses cymbales quand il ne crache pas à droite à gauche, en bon chien d’la casse.

Quand on pense que l’apothéose a eu lieu, il nous balance l’air de rien un petit Billie Jean de derrière les fagots, nous envoyant des miettes virtuelles et finissant par se castrer en frappant fort son micro situé au niveau de l’entrejambe. Fin bizarre, presque mystique, le premier rite est achevé, place au suivant.


GUM TAKES TOOTH / PAN DANS LES DENTS

Je ne connais que depuis peu, quelques semaines pour tout dire, et pourtant ce duo venu de Bristol, composé de Jussi Brightmore aux sons électro et au chant, et Tom Fug à la batterie (acoustique et pads électroniques) sont actifs depuis 2009 semble-t-il. C’est pour nous présenter leur 3e album Arrow qu’ils ont fait le chemin jusqu’ici, ledit album m’ayant bien retourné les conduits auditifs, d’où ma présence pour en savoir plus.

La scéno est assez minimaliste avec une batterie acoustique équipée d’un ou deux pads de déclenchement à ma droite, et un gros gros panneau de commandes composé de contrôleurs Behringer (4 BCR j’ai l’impression) commandant un setup Ableton Live sur ordi sans aucun doute ainsi qu’un rack d’effets, à ma gauche donc. Finie la pause geek.

Le duo démarre par une mise en bouche calme, berçante, Cold Chrome Hearts nous soulève doucement de terre pour nous emmener dans leur monde fait de bidouillages électroniques, tantôt caressants, tantôt rugueux, où le rythme souvent tribal a une franche prédominance.

On découvre aussi cette voix éthérée, trafiquée, un peu glitchy, qui à ma première écoute m’avait fait penser à celle de PVT. Je trouve une filiation forte entre ces 2 groupes, pour la voix donc, mais aussi le goût de l’exploration sonore, électroacoustique.

Ainsi le prochain track provoquera les 1res vraies secousses corporelles, battant plus énergiquement, à l’image de The Arrow et No Walls, No Air, titre au goût proche de ceux de  Deux Boules Vanille, en plus acide. Et là on commence à passer un vrai bon moment de transe. Le duo nous emmènera aussi sur des franges plus sombres des plages numériques avec Slowly falling, intermède drone ambient ronflant, digne d’un film de SF, ou encore A still earth, morceau à la limite d’un black métal électronique, on pense à du Sunn O))).

Ils termineront sur Fight Physiology qui sera étiré à son extrême jusqu’à un final techno pour clôturer ce 2e rite chamanique, pour notre plaisir… et notre frustration car le set nous aura paru court. J’ai écouté par la suite leurs autres productions et il semble que ce live reprenne uniquement le dernier album. Mais ce n’est peut-être qu’une impression car le temps défile vite quand on est en suspension.

Petite critique personnelle, j’aurais apprécié soit des images en fond, soit une ambiance plus gloomy (et tant pis pour les photos), les éclairages se montrant peu convaincants.

SOCIETY OF SILENCE / PAS VUS PAS PRIS

Je pensais les avoir ratés, mais en fait, ils étaient programmés en dernier plutôt qu’en toute première partie, “relégués” au comptoir DJ sur le côté plutôt que sur la scène (ce qui ne met pas vraiment non plus en valeur). Et c’est dommage, car après les deux lives précédents pour lesquels la majorité est venue, il n’est plus resté grand monde pour profiter de leur techno pourtant bien de qualité. Et j’avoue comme les autres, je suis parti rapidement. Faut dire que ce lieu n’a pas ma préférence pour les concerts : trop typé (petit) club, avec sa salle basse de plafond (mais aux chouettes néons), son long bar trop près de la scène (bavardages et bousculades assurés), ses couloirs, son fumoir, ses toilettes, l’impossibilité de sortir prendre l’air, et la Bud à 5€ le demi, bref un club parisien quoi. Prompte aux rencontres alcoolisées des fièvres du samedi soir, cette salle a quelque chose d’incongru pour des concerts rock, l’assemblage ne s’est pas fait dans ma tête en tout cas, mais ce n’est qu’un avis personnel (quoique partagé par d’autres), et la soirée fut tout de même intéressante, à défaut d’être exceptionnelle.

Texte et photos © Alexis Cangy

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