Difficile de s’approprier MIEN au premier concert

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A l’extérieur, la fraîche brise de l’automne a pris tout Paris de court. A l’intérieur du Café de la Danse pourtant, on navigue à contre-courant dans la torpeur psychée du nouveau « non-super-group » dont tout le monde parle : MIEN.

Après l’introduction de nappes brumeuses synthétiques Other Spectral Atmosphere par Tom Furse (batteur de The Horrors installé cette fois-ci au synthé) et de John-Mark Lapham de The Earlies, Alex Maas et Rishi Dhir entrent en scène avec deux percussionnistes, ce qui à la surprise générale transforme l’original quatuor en sextuor. Premier vers : « I feel so high ». Hocus Pocus suit le même enchaînement que sur leur album éponyme fraîchement sorti. Quelle meilleure introduction pour un vieux rock psyché, me direz-vous.

Côté vieux jeu, MIEN fait des siennes en jouant congasses, bongo et maracas, dans le but de te perdre dans un rythme shamanique, jusqu’à l’avènement de Rishi, connu précédemment avec son groupe canadien aussi perché Elephant Stone; Rishi donc, qui s’installe pieds nus sur son petit tapis sur-élevé pour jouer de la sitar indienne (non, le tapis ne vole pas). L’instrument, de par la longueur de son manche et la multitude de clés de chaque côté, brille de mille feux à chaque passage de projecteur.

Pourtant, difficile a contrario de s’approprier le groupe dès le début du concert: la batterie casse sèchement et bien trop fort le chant lointain d’Alex, un chant qui rappelle exactement ses performances avec The Black Angels, où l’on peine à distinguer les syllabes, voire même à reconnaître chaque morceau à ses débuts. La reverbe, poussée à son maximum, éloigne nos musiciens nomades vers des rêveries orientales…

Heureusement, le rythme ultra groovy de You Dreamt est rassembleur. Plutôt étonnant, car le morceau en studio n’est en soi qu’une boucle d’enregistrements bruitistes avec quelques paroles. Mais lorsque Rishi reprend les vocales en ligne de basse, le résultat se rapprochant presque d’un morceau hip-hop, et que le batteur espiègle joue entre breaks et reprises (la bouteille de rouge bien entamée à ses pieds), des pas de danse à l’unanimité dans la fosse s’engagent.

Avec (I’m tired of) Western Shouting, le groupe dépoussière le rock spyché des années 60 en le plongeant dans des nuances lourdes et sombres, puis retourne vers le jeu traditionnel avec un solo de sitar. Vos paupières sont lourdes… quid de l’effet d’un envoûtement ou d’une lassitude, le doute est permis.

MIEN clôture avec une version longue de Earth Moon et le semblant rock de Black Habit. En manque d’un bouquet final énergisant, on  essaie de faire le bilan avant même la dernière note. En conclusion: on a apprécié l’univers tribal et hallucinogène, le fait d’écouter et de voir jouer une sitar indienne, instrument phare de ce live, …mais malgré un concert plutôt court, on n’est pas mécontent d’être lâché sur l’autoroute du désert indien. Peut-être la faute aux mauvais réglages de son ou au manque de contact entre le « non-super-groupe » et son audimat, les talentueux musiciens restent inatteignables dans leurs volutes mystiques, en conséquences MIEN ne s’approprie pas vraiment.

Une expérience qui ne ternit en rien le plaisir d’écouter l’album studio à la maison.

– Julie Lesage –

[Photos ©FrançoisMedaerts, vidéos : IndieGilles]