L’interview De La Romance

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Après quelques premiers EP électroniques, jolis mais un peu mièvres,
De La Romance sort un premier album qui mérite enfin écoute attentive. Bourré de featuring avec la crème des artistes les plus sensibles de Paris, Dreamers nous plonge dans des rêveries esthétiques aux nappes brumeuses et aux susurrations fragiles. Creusons un peu plus, et incrustons nous dans la loge de l’artiste lors de son concert au Hasard Ludique.

Vincent Girault, aka De La Romance, a commencé à battre caisse claire et cimbales à l’âge de 7 ans, à Colombes, pour accompagner son grand frère fan de grunge à la guitare. Quelques années plus tard, il démêlait les nerfs de l’adolescence avec son groupe post-hardcore Altess, jubilant notamment sur le côté défouloir de cette scène. Curieux, Vincent s’essaie ensuite à d’autres instruments et opère un virage à 180° vers la production électronique dite douce.

« Je pense que c’est venu au fur à mesure des découvertes, avec par exemple l’apparition d’Aphex Twin, qui m’a complètement chamboulé. J’ai commencé à produire de la musique et à avoir accès à tout l’univers de la synthèse en pleine tendance Digitalism et Modeselektor, ca me parlait. Mais pour autant, je suis pas un puriste de l’électro très pointue, je garde mes essences du monde acoustique. »

Dreamers est donc sorti le 24 août dernier, un premier album riche en textures et surtout en collaborations diverses, tout en ayant une unité de ton quant à la douceur des voix et au voyage incité vers les grands espaces. « Ah c’est vraiment cool si il en ressort un fil conducteur pour toi, car j’avais vraiment peur que le résultat soit morcelé. J’ai tout enregistré d’un coup dans un seul studio et ai ensuite donné carte blanche aux artistes pour le chant. Donner une unité à l’oeuvre était un vrai challenge. »

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« hoo, c’est magnifique ! Je dirais de la Romance de l’identité ou de la personnalité. Parce que je pense que ce qui fait le sens, c’est l’émotion que chacun ressent. »

12 titres dont 10 collaborations où l’on retrouve La Féline, Louise Roam, Basile di Manski & Valaire, Chine Laroche ou encore Vimala parmi d’autres. Des Alias résonnant dans le petit monde artistique parisien, et pourtant la plupart des créations se sont faites sans rencontre de visu, via mails interposés.

« La première à qui j’ai proposé une collab’ c’est Louise Roam, que j’ai rencontrée à l’époque de mon groupe The Electronic Conspiracy, avec son duo Pierrette and Georges, elles étaient venues chanter et faisaient même les ouvreuses dans le clip avec Katsuni. Basile di Manski est un vieux pote du bahut Sainte Geneviève, j’ai même des souvenirs lointains dans lesquels on est assis côte à côte pour écouter une histoire en maternelle. Aussi précis que fou.
Après j’ai pas mal travaillé avec Green United Music (GUM), qui m’a fait découvrir Vimala [Magnificat ci-dessus] et Chine Laroche. C’est facile d’être mis en relation en fait. Les éditeurs aussi, comme Budde Music ou même Alter-K ont proposé leurs poulains. Là je suis tombé sous le charme de John and The Volta, et je suis trop malheureux que ce projet là s’arrête, parce que vraiment je trouve çà putain de qualitatif. »

Seul le morceau Tempête est une chute d’un projet antérieur de Vincent : la soundtrack du film marin Tempête de Samuel Collarday (2016) composée en organique, avec notamment la participation de l’excellent percussioniste Matthieu  Rabaté (Zazie, Axel Bauer, Vanessa Paradis, parmi tant d’autres). De La Romance la reprend et y ajoute une charpente électronique à l’arpégiator pour simuler le rouli sous en bateau en pleine tempête. Louise Roam a donc sciemment continué sur le même registre:

L’album débute par Dreamer, au singulier donc, sur une atmosphère chaude et murmurée avec Elodie Barbey.

« Mon entourage et même mon label n’étaient pas très confiants au départ, car ma première chanson Dreamer n’était pas assez « mainstream », pas assez structurée. Jusqu’à présent, j’étais un peu rangé dans des placards, mais maintenant j’ai vraiment envie de composer ce que je veux. Dans Dreamer y’a de la sensibilité, y’a de la douceur, y’a pas vraiment de structure donc c’est juste de la création libre, un truc ou l’on peut s’engouffrer gentiment. »

« La chose la plus difficile est peut-être pour le chanteur de s’approprier mon track. Je pense à Vulcain par exemple: c’est un morceau éclaté, dont la ligne de basse va et vient, la pauvre Chine Laroche a du vivre un enfer, il était difficile de s’y repérer donc on a travaillé ensemble, et on a relevé le défi. »

Dernière collaboration de cet album pour rêveurs, Adèle Girault : 5 ans , pas encore toutes ses dents, mais déjà un profil sur Spotify!
« Ahah, c’est ma nièce qui parle du monde des bisous, j’ai mis un micro à son insu et on a commencé a discuter. Je veux pas trop développer parce que ce sont des choses personnelles, mais ses parents venaient de se séparer, et à la fin de l’enregistrement, elle me dit « Le monde des bisous n’existe plus ». Fort.

Dans ses nappes électroniques, le fan de Nils Frahm et Olafur Arnalds offre une belle part à l’acoustique également: il est facile de se délecter de notes de piano sur Magnificat et Mama ou encore de cordes sur A Secret World. « Je viens de l’acoustique à la base, donc j’aime jouer avec les textures. Il m’arrive souvent de collaborer avec des musiciens sur du son à l’image, puis de leur demander un petit extra pour De La Romance. »
Car en effet, l’activité principale de l’artiste est de produire des soundtracks de publicité, cinéma, documentaires, etc. « Là le dernier truc que j’ai fait c’est pour Ushuaïa, 7 épisodes sur une campagne ayurvédique en Inde pour lesquelles ils m’ont demandé de faire une musique électronique-indie, assez kiffant! » Pour découvrir cette autre activité c’est par ici : Vincent Girault.

Pour chacun de ses morceaux, Vincent tient à une mise en image contemplative. Déjà 14 clips ont ainsi été tournés. On retrouve également cet amour de l’image sur scène, à travers vagues et vols, un travail motion design bien chronophage par Yodog.
Idéalement, De La Romance aimerait faire un live étoffé avec des musiciens et certains invités parmi les featuring. Nous aussi. Mais difficile de mettre tout ce monde le même jour dans une voiture …

Un dernier message ? « Les tourneurs bookez moi je suis o-pé ! »
Message passé

– Julie Lesage –

[Photos Une: Louis Vignat]

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