Let's Eat Grandma en concert au Inrocks Festival, à La Cigale, à Paris, le 19 novembre 2016

Let’s Eat Grandma ne laisse pas un public indemne

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Eh bien oui, allons-y, allons manger grand-mère ! Idée saugrenue ne pouvant survenir que lors d’un extrême ennui, et le duo des deux adolescentes britanniques Jenny Hollingworth et Rosa Walton qui se sont produites au festival Les Inrocks nous l’a bien fait comprendre…

[Video du concert intégral ci-dessous]

Elles sont tout d’abord apparues avec la même chevelure digne de Rapunzel par dessus le visage, ou telles deux cousins Machin de la famille Adams, après quelques secondes de jeux de mains nous rappelant les comptines de notre enfance, pour introduire Deep Six Textbook. Le premier titre de leur album I, Gemini nous plonge direct dans l’héritage de Cocorosie et Björk , sur les contes de Grimm version glauque.

Le plus touchant dans le live de Let’s Eat Grandma, c’est de voir la complicité des deux soeurs de musique, notamment par leur façon de se relayer sur les mêmes touches d’un synthé pour permettre à l’autre d’esquisser quelques pas de danse à son tour ou d’attraper un autre instrument. Leurs chants se répondent et se font constamment échos.

Avec elles, une mélancolie forte embrume la Cigale, et on ne peut s’empêcher de penser au lien fort qui unissait les Virgin Suicides qui trouvaient le temps si long, enfermées dans leur maison. Morbide, n’est-ce pas ? C’est tout à fait l’ambiance. Il suffit de croiser leur regard vide insistant pour ne pas se sentir très à l’aise, ou pris d’une compassion effrayante et indescriptible. La paire se joue ainsi de l’image convenue de petites filles présentables. En effet, le seul sourire que l’on distinguera sera dû à un incident technique qui nous plongera plusieurs minutes dans le silence. Toute cette mise en scène est bien sûre entendue, car LEG aime la dérision et trouve le freaky funny.

La monotonie est traduite par des notes extrêmement longues et répétitives type funérailles aux claviers, et les filles y ajoutent de petites touches échappatoires produites par une guitare électrique, un saxo, un xylophone, un yukulélé…et même une flûte à bec ! Le tout compose des titres prenant leur temps avec de longues introductions avant une prise de parole enfantine. On dirait des mélodies de conte de fées où s’intriquent au fur et à mesure le chaos et l’étrange.  Le funeste et l’innocence s’y marient pour enfanter l’insolence de ce duo qui veut vraiment nous inquiéter, chaque morceau s’enrichit d’une connotation expérimentale. Une lueur apparait tout de même avec Eat Shiitake Mushroom (décidément elles ont faim) où le rythme devient étonnammant dansant, et le parlé s’émancipe brièvement en rap !

Pour en rajouter encore, le jeune duo commence Sleep Song à la guitare allongé derrière les instruments (autant dire que le public croit qu’elles ont disparues), puis Rosa joue seule alors que Jenny se fait littéralement chier, assise par terre, la tête entre les mains, à fixer le public. ( c’est le moment où tu te sens le plus mal a l’aise)

Ce n’est pas seulement un concert déroutant, c’est l’expérience plaisante de la profondeur adolescente toute en reverbe, le retour sur l’idée du mal-être ultra créatif. D’ailleurs leurs voix enfantines associées à leurs expérimentations ne fait qu’intensifier cette sensation d’entrer sur un terrain inconnu et fragile. On n’en ressort pas indemne et la synth-pop, elle, atteint de nouveaux horizons inexplorés.

– Julie Lesage –
[Crédit photos: Lise Olsen, vidéo: Arte concerts]

 

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