L’album du mois : Clinic revient et rit jaune

Bienvenue dans le cirque sordide des années 70. Avec Wheeltappers and Shunters, Clinic rit de l’éternelle maxime « ah c’était mieux avant ». « Ben franchement non », répond le quartet de Liverpool. Après 7 ans d’absence, leur nouvelle galette est notre album du mois.

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Depuis ce début d’année, c’était comme si nos groupes de rock et post-punk préférés s’évertuaient à alléger la présente angoisse d’une planète environnementale et sociale qui part en c*******. Fat White Family est passé du côté clair influence tropicale, King Gizzard fait du boogie, et Clinic nous fait travailler les zygomatiques.

« Nous voulions faire un album fun et adapté aux dancefloors en ces temps sombres et conservateurs »

Après 7 ans d’absence, les quatres anglais qui marmonnent dans leurs masques de chirurgien reviennent avec une nouvelle galette intitulée Wheeltappers and Shunters, chez Domino records. On n’en pouvait plus de les attendre !

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Ce titre est tiré de l’émission TV britannique des années 1970 The Wheeltappers and Shunters Social Club, qui recréait l’ambiance enfumée et arrosée des men clubs du nord de l’Angleterre.

« C’était une blague entre nous pendant plusieurs années » confirme Ade Blackburn, le chanteur. « Dès que nous parlions d’un titre trop ‘cabaret’ ou trop gentillet, nous disions qu’il sonnait comme ‘Wheeltappers and Shunters’ ».

Moins souffreteux que le merveilleux Walking With Thee (nominé pour un Grammy en 2002, à écouter absolument!), moins psyché et menaçant que les précédents Free Reign (rebossé avec Oneothronix Point Never), ce 8e album krautrock veut tourner le passé en dérision. Il débute sur un son de cloche comme de celles sonnées par les crieurs de rue, du temps où le public se divertissait de fêtes foraines ambulantes. Xylophone, saxophone, harmonica, vieux synthés vintage  se relaieront pour que vous ne quittiez pas ce cirque sordide (« you’re joining the circus« ) qui vous oblige à rire jaune (« ahahah hihihi hohoho » ) pendant 28 minutes. Un album si court qu’il est difficile de prendre en compte chaque morceau, et qu’il est donc judicieux de réécouter plusieurs fois pour en apprécier la richesse des détails sonores. Vous y distinguerez au second plan de nombreux effets: voix susurrées,  percussions, distorsions de claviers et autres expérimentations dissonantes.

 «C’est une vision satirique de la culture britannique – haute comme populaire. (…) Cela me fascine que les gens considèrent les années 1970 comme des heures de gloire. Il a été démontré qu’il y avait un côté plus sombre et plus pervers à cette époque. Quand on y repense, c’était clairement présent dans la culture dominante.»

Dans cette arène aux couleurs sombres,  Monsieur Loyal, d’un regard fou aux pupilles tournant en rond dans des yeux exorbités, présente ses freaks. Et Blackburn de grogner « Neanderthal » sur un riff de guitare rockabilly…

Sur une basse ultra présente de tensions palpables et pourtant presque groovy, vous aimerez le chant aux onomatopées tel celui de Suuns sur Rubber Bullets, ou les quelques murmures à la Fujiya & Miyagi de Complex.

Les deux premiers clips ont été réalisés dans un univers qui nous ramène à l’époque des dessins animés en pâte à modeler par Joseph May. L’album, lui, a été mixé par Dilip Harris, qui s’occupe également des talentueux King Krule, Sons Of Kemet ou encore Mount Kimbie.

Mais revenons à notre écoute. Sincèrement c’est une vrai galère de vous faire une chronique track par track. Les morceaux de 2 minutes s’enchaînent si vite qu’ils sont difficiles à décortiquer. Une pensée divague et hop déjà 4 morceaux de passés. Cela fait maintenant 2 heures que les liverpuldiens rythment mon après-midi, 4 boucles…et étonnamment je ne me lasse pas encore, de leurs tigres sauvages et tours de magie.

Les balades en Ferryboat à travers Mirages et bancs de Flying Fish nous invitent à rêvasser dans un voyage sculpté de papier buvard. Le chant nasal et étouffé de Blackburn reste la marque de fabrique, c’est dans les effets qu’il faut se concentrer. Comme cette avancée sonore hachurée et accompagnée d’un cliquetis de machine à écrire, avant l’explosion urgente et rutilante à 1.22 de New Equations, la plus longue et dernière de l’album pour seulement 3.06 min !

Jouer les anciennes chansons sera donc une nécessité pour combler un live. D’ailleurs, amis bookers, on réclame prestement une intervention médicale à Paris !

Julie Lesage

[Photo Une : Rhian-Askins]

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Julie Lesage

Bois sans soif de découvertes musicales, Julie a écopé les nuits shanghaiennes en tant que manager de club avant de venir s'installer en détox sommeil à Paris. Elle est à l'origine de ce blog devenu média.

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