K-X-P / DRAME / Monolithe Noir : Invasions barbares à Petit Bain

Trois groupes aux noms barbares ont envahi Petit Bain un soir de mai, de styles relativement différents mais liés par un même ADN mêlant ardeur rock, chants de synthés électroniques et surtout intransigeance artistique. J’avoue de suite, je ne suis pas venu pour K-X-P au départ mais, en bon chauvin qui s’ignore, pour les deux premières formations, dont je souhaitais parler ici depuis un moment.

MONOLITHE NOIR (w/ Tim BRNS) // RYTHME ET BLUES MODULAIRE

Antoine Pasqualini, aka Monolithe Noir, après s’être essayé à diverses formations pop, est tombé dans les synthés modulaires il y a déjà une petite dizaine d’années, et là ce ne fut pas le drame (non, pas le groupe d’après), mais plutôt la révélation, révolutionnant dès lors sa manière de composer et ses orientations artistiques. Depuis, au fil de ses différents EPs, puis d’un album Le son grave sorti en 2017, l’artiste n’a eu de cesse de produire une musique électronique organique, sensible, avec toujours cet équilibre entre rythmiques à « presque » danser et sonorités mélancoliques voire menaçantes d’une belle délicatesse minimaliste pour les oreilles.

Avec la sortie de son dernier EP Slowly Changing en février dernier, on sent que l’artiste s’est ouvert d’autres horizons, poussant plus loin son art, en terme de qualité et de « maturité » comme on dit, tout en revenant temporairement à ses origines pop, comme le démontre la collaboration avec Peter Broderick sur By Twos, petit bijou électro-pop. Mais surtout en mettant en avant la rythmique, en se faisant accompagner par Tim « Clijsters » Philippe (BRNS, Namdose). D’abord alliés pour leur track Pressure, créée lors d’une collaboration Botanique Library Session à Bruxelles, les deux compères joueront tout le set ensemble a priori.

La barge ayant la fâcheuse habitude de commencer ses concerts à l’heure, ce qui n’est pas mon cas, j’arriverai à la fin du set, pour 2 ou 3 morceaux, mais pile au milieu de Pressure, au moment où démarre le climax intrépide mené par Tim et son déluge de cymbales, son intervention prenant tout son sens en apportant un bon coup de pression et surtout une dimension bien plus large. Il faut dire que la fougue incandescente de Tim en impose et renforce l’environnement émotionnel créé par Antoine, démontrant ainsi toute la pertinence de cette association électro-acoustique.

Le duo terminera avec Le Saint Guidon si je ne dis pas de bêtise, introduit par un sample de chant choral d’Asie du Sud Est, a priori. Le beat est lourd, la salle dans la pénombre transpercée de beaux rais de lumière bleu, on prend conscience que la batterie remplace effectivement avantageusement les boîtes à rythmes. Ce duo est d’une efficacité aussi redoutable que mon regret de ne pas avoir pu en profiter plus, next time hopefully.


DRAME // LES 4 FANTASTIQUES OU LA COOLITUDE DES CHOSES

Venue de Tours, ou plutôt ses environs, Drame est la formation « rock » emmenée par Rubin Steiner. Attention faut pas dire krautrock selon eux, même si on sent bien que ce club des 4 qui n’étaient qu’un projet ad hoc au départ, puise largement dans les fondements du rock allemand des années 70 pour son côté motorik à la NEU!, plus que chez Can ou Faust cela dit, mais pas que. Pas trop d’expérimentations donc, mais un sérieux sens du groove, relativement droit  teinté de disco ou d’exotica par moments qui amènent facilement vers la « dranse » (comprendre : ce mélange sacrément bien foutu entre danse et transe). Avec cet esprit de franche camaraderie qui fait penser à un groupe de lycéens prenant autant de plaisir que s’ils n’en avaient rien à foutre (des origines punk sans doute), la petite troupe de quadra (qui n’en a toujours rien à foutre, donc) s’est amusé à nous amuser pendant un set d’un peu moins d’une heure, ce qui paraît toujours trop court quand on est bien entre gens de bonne compagnie.

Alors je pourrais énumérer tous les morceaux de la setlist, tellement je les connais (presque) par cœur, évoquer chacune de leurs truculences, qui font que mon corps se souvient mieux des ondes que des titres, des breaks salvateurs de l’angoissant Ca Va Ca Va, de la fausse ingénuité pop de Patinoire Internationale de l’UNESCO qui vire au kraut cosmique, de la course vers l’infini et au-delà de Défonce Humanitaire, du chaloupement collé-serré imparable de C’est toi le chat en Do, de la difficulté de coller au rythme de Justice Cosmique, de la mélancolie à chialer toute en wah wah du formidable Dérapage Américain (tiens d’ailleurs pas sûr qu’ils l’aient joué, je fantasme peut-être mes souvenirs), de l’arpège clubesque façon derviche tourneur de Drame, ou encore du final presque noise de Amibes… Mais non, je ne le ferai pas, ah mais si, je viens de le faire… kraut de bique !

Pourquoi les 4 Fantastiques ? Parce que comme dans Kraftwerk où chacun occupait un rôle singulier, ou comme certains d’entre nous préfèrent les synthés « un bouton = une fonction » plutôt que les menus numériques déroulants permettant une foultitude de sons, chacun.e ici a sa place et crée la complémentarité idéale permettant la synergie du combo rock basique mais au combien efficace. Et puis aussi peut-être parce qu’il y a trois mecs et une nana, avec M. Fantastique à la basse, Mme Fantastique (presque invisible) derrière ses synthés, la torche humaine aux synthés parfois très… flamboyants, et l’homme de pierre à la batterie, pour sa métronomie infaillible.

Bref, c’est toujours un plaisir de les écouter en dansant, ou l’inverse, en observant tous ces échanges de regards qui semblent dire « t’es sûr.e que tu veux qu’on finisse ce morceau ? Parce qu’on est tellement bien, là, détendus du… » plutôt que « zut je crois que j’ai fait un pain, tu crois que ça s’est entendu ? On en est où là ? C’est quoi le prochain ? ». Avec auto-dérision, Fred Landier (aka Rubin Steiner) feindra de faire larsener sa basse en vain contre l’ampli en prenant des postures punk-rock bien connues et finira en remerciant le public en parlant dans… une bouteille d’eau en plastique, parce que ben oui, quand on ne chante pas, il n’y a pas de micro sur scène (note pour plus tard : pas de bras, pas de chocolat). Mais personne n’en fera un drame, tout au contraire.

K-X-P // GAME OF DRONES

Passons maintenant au duo finlandais qui, comme dit précédemment, n’était pas ma target du soir. Je ne les connais pas bien, et on trouve moins d’informations sur eux qu’un tas de vidéos qui vous donneront une meilleure idée de leur musique que du blah blah, quoique.
Je dois dire que j’ai été agréablement surpris par leur live et que j’y retournerai sans hésiter, tellement le bouillon de culture, ou plutôt la potion magique, dont est constituée leur musique est étrange et dansant : mélangez une mesure de kick motorik, une mesure de techno, une demi-mesure de trance, saupoudrez de bidouilles électroniques, et ajoutez quelques pincées de guitare doom et chant incantatoire, et vous obtiendrez, peut-être, ladite potion.

Dans une ambiance cabalistique, deux encapuchonnés sabbatiques, l’un à la batterie (Tomi Leppänen), l’autre à la guitare et à la voix (Timo Kaukolampi – le K du nom du groupe), plongés dans l’obscurité (du coup pour les photos, c’est mort) ont bien mis le feu à la barge, comme les beaux diables qu’ils sont.

Croisement improbable entre Chemical Brothers et Sunn O))) [?!?!?!], ces deux fanatiques de cercles lumineux oscillant sur fonds noirs étirent leurs morceaux comme on perd lentement, mais sûrement, pied sur des incantations païennes à répétition.

Après un long drone pendant lequel les cymbales s’installent puis une déliquescence noise, un arpège techno-trance appelle le kick martial qui, menant l’ensemble telle une chevauchée des Walkyries, va remuer la foule de zombies, pardon, de fans rassemblée ici. Ca va durer comme ça tout le long du set, un courant dont ils se nourrissent prenant successivement le pas sur l’autre, ou bien se mélangeant avec une étonnante réussite, sachant que les plages sonores peuvent durer jusqu’à 22mn, comme Nimetön Tie, 1er titre de leur dernier album et qui me semble aura été joué ce soir.

Ce qui est frappant, c’est que l’on se retrouve la plupart du temps à remuer comme des damnés dans une sorte d’euphorie Wachowskienne post-Matrix avec une puissance rock qui ne renie pas ses emprunts au métal, ni ses origines clairement krautrock. A un moment donné les mecs vont même frôler une sorte de disco presque enjouée après nous avoir ensorcelé.e.s avec leurs drones, pulsations sonars et autres frichtis électro-expérimentaux. Pour tout dire, on a bien plané sans besoin de prendre de drogue, et ça c’est gage de qualité.

Au final, on appréciera le retour en grâce de la batterie qui, débarrassée du rôle prépondérant de la guitare dans le rock, ou des boîtes à rythme dans l’électro, occupe une place de choix et mène la danse avec panache en toutes circonstances. Ca tombe bien, c’est mon instrument de prédilection…

Texte, photos et vidéos © Alexis Cangy

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