Tombée entre les griffes de l’homme-tigre / Interview The Legendary Tigerman

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Entre un concert au Point Ephémère, un RDV chez France Inter et un showcase chez Walrus, Paulo Furtado aka The Legendary Tigerman profite de la vue sur le Sacré-Coeur depuis sa chambre à Pigalle. Pour une fois, il reste 4 nuits sur Paris, l’occasion de me pointer.

C’est donc l’histoire de Misfit, un homme qui prend la route du désert, avec pour dessein pas de disparaître, mais de devenir …rien, nuance qui pourrait ouvrir un débat philosophique.

Tu nous reviens du désert de Mojave avec une oeuvre complexe proposant un album « Misfit » de 15 tracks et son film genèse en DVD: « How to Become Nothing ». Tu as toujours associé l’image à la musique, quel a été ton process ?
Pour Misfit, je voulais être inspiré par quelque chose d’extérieur,  j’aime travailler le film car le visuel permet d’écrire spontanément.
Ce projet est basé sur deux pensées : la lecture du livre quelque peu comique How to disappear completely and never be found de Doug Richmond, et le constat de ce monde de l’information digitale d’aujourd’hui, qui ne nous laisse plus réellement le temps d’approfondir les choses. Ah, et la troisième inspiration devait venir sur la route 66.

Au niveau de l’organisation, le planning que je me suis fixé était d’écrire dans le (faux) journal intime du personnage Misfit tous les matins vers 6h, ensuite nous partions filmer la journée avec une douzaine de caméra Super 8 et des films 35mm dans la Vallée de la Mort, et le soir de retour au motel, j’écrivais la musique.

Es-tu un Misfit [un cassos]?
Ouaip, au début je me sentais un peu outsider, pas vraiment focus sur le monde qui m’entourait. Mais j’ai appris ensuite que c’était OK de ne pas rentrer dans le moule. Par exemple, beaucoup d’artistes travaillent dans le direct en lachant des mp3 en ligne. Moi j’ai besoin de densité: de me plonger à la fois dans le film, la photographie, les textes pour former un tout cohérent… Il faut accepter d’être un misfit si tu veux atteindre tes objectifs, artistiquement j’entends.

En 1997, après la tournée éreintante de Radiohead pour OK Computer, Thom Yorke écrit la chanson How to disappear completely. As-tu déjà ressenti ce besoin de repli après une période de nombreux concerts et promo ?
Bien sûr. N’as-tu jamais envie de disparaître ?
Quand tu joues dans un groupe tu es toujours très exposé, et parfois tu aimerais juste Etre, c’est tout. Et oui, pour répondre à ta prochaine question, cela rejoint ce que j’ai fait, je ne voulais pas écrire un album ou une histoire, mais juste m’évader et sentir comment les choses venaient à moi. Misfit a été écrit sur la route, inspiré par ce qui se passait au jour le jour. Exit la zone de confort. Parfois sans regarder mon smartphone pendant 20h, j’absorbais juste l’environnement et c’était « amazing ».


[Showcase bien sympa au Walrus dans le 18e : Black Hole]

L’homme-tigre n’est plus un one-man-band ?
Dans la création si. Mais sincèrement c’est crevant sur scène le one-man-band, ça devient vite plus technique qu’artistique, c’est lourd. C’est beaucoup plus amusant de jouer en question réponse avec le saxophoniste João Cabrita ou chanter en choeurs avec Paulo Segadães. On s’est bien trouvé entre nous.

Tu as enregistré au légendaire Rancho de la Luna à Joshua Tree, le studio de Dave Catching, guitariste de Eagles of Death Metal et Queens of the Stone Age. Qu’est-ce que Dave vous a apporté?
Dave Catching
était comme le bon esprit du ranch. Il n’a pas vraiment influencé notre musique ou notre technique. Il a joué de la guitare sur A girl called home et Far as Stars, il nous cuisinait des plats mexicains pour le diner, accompagnés de vin rouge, bière et Tequila. Sur son frigo y’avait des mots de stars, telles le dieu de la guitare Link Wray, ou Willie Nelson, leur légende de la country. On a surtout découvert des instruments là-bas, comme un vieux clavier Krumar Orchestrator, qui s’est révélé fondamental pour donner une dimension épique et étrange.

C’est marrant un jour, Dave m’a demandé comment définir ma musique, pour moi c’était clair c’était du rock’n’roll. C’était sans doute confus pour lui, ce rock moderne avec des instruments blues plutôt vintage. C’est peut-être comme si moi, je croisais un japonais qui enregistrerait un album de fado à Lisbonne…

Tu as donc affronté la chaleur torride et cruelle de la Californie, était-ce difficile mais nécessaire ?
Je n’aurais jamais écrit Red Sun sans cette expérience. Je transpirais dans le désert des eaux salées, la chaleur était délirante, et cet air trottait dans ma tête jusqu’à ce que j’atteigne la voiture.

Qu’écoutes-tu en ce moment, en pleine tournée ?
J’ai amené quelques disques. Il y a cette portuguaise vivant à Londres: Bernardo, une très belle voix soul sur des accords de fado qui flirtent avec le jazz, …et le tout nouvel album du Black Rebel Motorcycle Club.

Merci Paulo, on se retrouve le 28 Mai au Café de la Danse !
– Julie Lesage – 

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Une belle offre de Paolo:
2 CD + 1 DVD, Pour 18€
Ca c’est du travail complet !