Interview N’To on tour

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18h30 j’entre au Showcase, l’espace semble immense et reflue les vapeurs d’alcool de la veille. La clique Hungry Music fait les balances pour une soirée qui s’annonce bien grasse en performances. Je m’installe avec le producteur électro de 29 ans N’To dans le petit salon cosy artiste. Pour ceux qui se demandent encore d’où vient ce nom mystérieux N’To, en fait c’est tout con: l’artiste s’appelle Anthony, forcément ses potes l’appellent Antho, et comme Antho nous vient de Marseille, avec l’accent ça se prononce N’To. Voilà vous saurez au moins comment bien le prononcer maintenant.

Bonjour N’To, peux-tu nous présenter la soirée à venir?
Bonjour, je fais de l’électro avec Worakls et Joachim Pastor au sein de notre label Hungry Music, lancé il y a un an. Et pour ce premier anniversaire, nous avons lancé une tournée en France, avec un format un peu particulier que l’on est super content de présenter ce soir au Showcase: on fait nos trois lives d’affilée. Sur le dernier morceau du live de chacun, les deux autres interviennent, Kevin (Worakls) au piano et Joachim à la guitare.
Génial!
Ouais, on essaye de proposer un truc à la fois vivant, musical et très excitant pour nous.

Tu viens de sortir un EP de 2 titres avec Time et Chez Nous. Au début de Time, on distingue une trotteuse, puis plus loin comme un moteur qui s’arrête. Cette musique a-t-elle un scénario visuel?
Elle a un espèce de déroulement que tu peux mettre en image mais je n’ai pas pensé à une histoire particulière. C’est vrai qu’il y a cette progression de trotteuse calée sur le temps de musique puis qui racle, se fond dans la mélodie puis repart. Un petit coté destructuration du temps puis restructuration. Ce morceau je l’ai fait en hommage au titre Time de Pink Floyd qui lui aussi commence avec des bruitages de trotteuses et horloges.


Alors justement qui t’inspire aujourd’hui, parmi les nouveaux producteurs de la scène électro ?
Il y en a plein que j’adore: David August, Recondite, Tale of Us, …deep, très musical, super coloré, ça me parle beaucoup car il se passe plein de choses dans leurs morceaux. Rodriguez Jr. a également une sensibilité mélodique. Je préfère quand il y a des notes, une histoire, des couleurs.

A 10 ans, tu as commencé par jouer de la guitare et écouter les albums rock de ton frère. Est-ce qu’il t’arrive aujourd’hui de ressortir ta guitare?
J’ai malheureusement de moins en moins le temps, je laisse ça à Joachim qui pour le coup la prend sur la tournée en ce moment.
Aurais-tu des projets annexes plus instrumentaux ?
Et bien là en ce moment j’ai construit un live hors cadre de la tournée, avec un batteur qui fait aussi du vibraphone et du marimba. J’ai fait la première il y a trois semaines pour la We Art et cela s’est super bien passé. Je veux introduire cet aspect acoustique, naturel, joué, à ma musique depuis longtemps. C’est génial de pouvoir apporter un live vivant, je vais également le présenter au Printemps de Bourges.

N’to Live Perc 2015 !!!Prochaine date le 25 avril au printemps de Bourges 🙂


Et qu’en est-il du projet
Ento ?
Ah oui, il y a quelques temps, j’ai juste mis en ligne quelques tracks un peu trip-hop, electro-acoustique, hip-hop etc. Et finalement au fur et à mesure, les deux projets convergent en fait. Donc je vais surement pousser ce côté live sous mon nom N’To.

Tu as composé Petite pour le premier anniversaire de ta nièce. Le clip de ce joli morceau met un peu mal à l’aise: on y voit trois jolies jeunes filles passer le temps dans une maison. L’une d’entre elle est particulièrement destructrice, elle brûle des papiers, se sert du vin à outrance, joue avec un fusil. On s’attend à un drame affreux tout le long du clip. Y a-t-il un message ici pour ta nièce?
En fait, je tenais à ce que les potes qui ont réalisé ce clip appliquent leur propre interprétation du morceau. On a financé la réalisation via KissKissBankBank, le projet a été dirigé par Flavien Berry et Julien Reynaud. Ils ont posé le script comme le morceau les inspirait. Je ne veux pas interférer dans le déroulement de leurs idées, donc les images ne sont pas reliées à ma nièce.

Avec quels outils produis-tu?
La majeure partie du travail de composition se passe sur Ableton entre un ordi et un micro, une guitare de temps en temps que j’enregistre, des potes à moi qui jouent quelques instruments, un clavier …

On va parler du label maintenant. Donc tu as monté le label Hungry Music avec Worakls et Joachim Pastor. Ce nouveau label a-t-il pour vocation de représenter ce même style techno-house mélodieuse?
On ne veut pas être trop étiqueté, se fixer de limite de style, même si par la force des choses on va forcément l’être.  A long terme, on se voit sortir des artistes qui sortent du cadre de l’électro dancefloor, des choses plus expérimentales, qui laissent beaucoup plus de places aux instruments, voire même un peu jazzy, un peu classique. On veut vraiment élargir notre style avec le maximum d’artistes que l’on aime.
As-tu quelques poulains HM  à nous donner?
Oui, il y a Efix qui nous suit actuellement sur cette tournée; Kokenn , un artiste de Marseille avec qui il travaille et que l’on suit de près également, ils donnent tous deux une sensibilité très intéressante. Il y a aussi Stereoclip, qui est loin d’être un débutant, mais avec qui on aimerait vraiment travailler.

Sur tous les EP HM, notamment  Time et le nouvel EP de Joachim Mekong, on a visuellement l’impression que votre label mange la place de l’artiste avec cette énorme logo-pastille sur les pochettes. Votre stratégie marketing?
C’est notre côté familial, très uni. On est tous les 3 directeurs artistiques et propriétaires du label, c’est notre identité commune même si le style diffère, donc oui on veut vraiment le mettre en avant.

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De prochaines nouveautés auxquelles s’attendre?
Oui ! 3 albums, et le Printemps de Bourges le 25 avril !

Une question plus personnelle. Tu es Marseillais donc tu connais bien la Côte d’Azur. Quand je vais en vacances à Cannes ou Nice, je ne trouve que des clubs de m… jouant du Lady Gaga et du David Guetta. Quel endroit me conseillerais-tu?
A Marseille, je peux t’en dire quelques uns: le Spartacus, le Baby. Après les clubs de la Côte d’Azur version Nice ou Cannes, je n’y vais jamais, c’est pas trop ma tasse de thé non plus.  Mais tu as des festivals électro comme Crossover.

On a parlé de la techno de Détroit, de la minimale de Berlin. Est-ce que tu t’intéresses à une électro qui monte à l’étranger?
Pas particulièrement. On a joué à Copenhague récemment et j’ai été très surpris par ce côté Berlin d’il y a quelques années, avant qu’aller à Berlin deviennent disons…à la mode. Il y avait cette ambiance de club sombre, industriel, avec un bon petit son, et des gens de partout sans catégorisation.

Tu ne fais que du live, jamais le DJ. Ce qui est une bonne chose, on est sûr de ne pas être dupé quand on vient te voir. Y a-t-il un gap dans une conversation pro entre un producteur/ compositeur et un DJ qui passe des vinyles?
Il y a plein de DJ qui sont aussi compositeurs mais qui préfèrent faire le DJ en soirée. Le producteur est plus porté sur la créa, la conception d’un morceau de la première à la dernière minute, il ne conçoit pas les morceaux de la même manière qu’un DJ qui, lui, pense plus à l’enchaînement possible, les transitions. Le DJ va travailler sur la longueur de son set et son évolution, donc oui tu sens forcément une différence mais tu peux parler de musique avec n’importe qui sans que cela pose problème.

Vous allez jouer ce soir, que faites vous avant un set?
On se détend, on boit un coup avec les copains, on dit des conneries, beaucoup.
Avec Worakls, vous vous êtes beaucoup remixés l’un l’autre. Du coup comment vous organisez-vous, y’en a un qui dit « ce soir c’est moi qui fait Trauma et pas toi! » ?
(rires)Ouais c’est un peu çà, on se le dit avant. Cette dernière période Worakls a beaucoup fait Trauma, on essaye de s’entendre avant, ce serait con de la faire 2 fois, et puis là sur le nouveau format on la joue à trois donc la question ne se pose plus.

Tu m’as drôlement surprise aux Trans. Je m’attendais à danser les yeux fermés sur une électro-house planante comme en studio, et finalement…
Ca a tapé , ça a cogné ? 🙂
Plutôt oui, tout en progression, tu es le seul concert sur tout le week-end des Trans où j’étais en débardeur!
Ah c’est bon ça! La classe, ça fait plaisir parce que c’est justement ce que j’essaye de faire. Je fais des productions très deep, house, qui s’écoutent à la maison car je suis dans cet esprit là en studio tranquille avec un tempo très lent, que je retravaille avec de l’énergie en live pour que ca devienne dansant.
Super et bien on attend le live de ce soir avec impatience ! Merci N’To.

N'To - Showcase

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