Interview Chapelier Fou

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Louis Warynski aka Chapelier Fou, tu fais en ce moment la tournée promotionnelle de ton troisième album d’expérimentation alliant électronique et acoustique, Deltas
. Le signe Delta signifiant le changement, qu’annonce ce nouvel opus ?
Ce qui est le plus marquant pour moi, c’est de ne plus être seul en live. Du coup pendant l’enregistrement et la composition de Deltas, je me suis permis vachement plus de trucs, plein de claviers, plein d’instruments qui arrivent en même temps, ce que je m’interdisais de faire avant.

Cette formation à 4 avec violon, violoncelle, alto et clarinette est-elle spécifique à Deltas ou est-ce un projet à long terme ?
Je ne sais pas. On s’entend extrêmement bien, y’a une putain de dynamique entre nous. Bon il est trop tôt pour y penser mais ça pourrait être vraiment cool de bosser le prochain album ensemble, au niveau de l’enregistrement et de l’arrangement. La composition reste mon projet.

Bravo pour ton clip de Tea Tea Tea, il est vraiment superbe, notamment avec la rythmique.

Certains disent que ta musique est pointue. Le prends-tu comme « qui tient du génie » ou plus comme « difficile d’accès » ? Tu as d’ailleurs tendance à casser le rythme voire même le style à l’intérieur de tes morceaux. Est-ce un besoin de surprendre tes auditeurs, ou une recherche perpétuelle abolissant les enclaves?
Je pense pas que mes morceaux soient difficiles d’accès , je vois autant des gens du grand public, que des gens qui vont être touchés par le travail sur les sons, sur des trucs un peu barjo dans ma musique…Ce qui me motive, c’est justement d’expérimenter, trouver des approches originales et intéressantes. Donc des trucs un peu prise de tête, oui, mais le résultat ne l’est pas forcément. L’important est qu’on ait l’impression d’avoir des motifs musicaux à qui il est arrivé quelque chose, un peu comme des personnages finalement, aux différentes facettes selon les contextes …

Ce nouvel album Deltas a-t-il un décor ? Les tracks partagent-elles un même fil conducteur?
Non pas du tout. J’ai pas cherché à unir les morceaux entre eux comme ça avait été le cas sur Invisible où il y avait vraiment un putain de lien entre tout, avec des sons récurrents. Là, non, j’ai galéré pendant un moment, j’étais coincé, j’avais l’impression que je tournais en rond. Et quand je me suis un peu débloqué, ça s’est assez fait dans la joie, le bordel, donc j’ai pas cherché du tout la moindre unité. Au contraire, j’ai fait trop de morceaux que j’ai ensuite virés. Après on travaille bien sûr l’enchaînement pour que ça se tienne, au ressenti.

Peux-tu en choisir un morceau, et nous conter son histoire ?

Le premier morceau, qui s’appelle Pluisme est le seul qu’on ne joue pas en live et c’est lié un peu à son histoire. Ce morceau là c’est vraiment un morceau fleuve, hyper dense où y’a vraiment de tout. Y’a du violon, du bouzouki, de la boite à rythme, de l’ordinateur, des synthés, du piano, franchement je pense que ça a été enregistré en un an cette histoire. J’en ai fait des versions et des versions, au moins 80 avant de trouver un équilibre dans les trois parties, avec des ruptures mais aussi une continuité. Je me rappelle par exemple des voix qui sont chantées comme ça « ha-ha-ha » en inspirant et expirant. J’ai enregistré toutes les voix en un après-midi, et j’étais mais complètement défoncé d’hyperventilation, c’était vraiment ultra dur, complètement fou cet après-midi là, je ne captais plus rien et j’ai passé à peu près 2 ou 3 heures à respirer comme un lapin, un challenge ce morceau, … et donc forcément un morceau comme ça,  je ne pouvais le mettre nulle part sauf en premier, en espèce de fausse intro majestueuse.

Ta musique a été utilisée pour la publicité de Google Web Lab, d’autres projets t’ont-ils été proposés récemment ?

Ouais j’en ai plein. Question publicité, les morceaux je les avais déjà fait et on m’a demandé de les utiliser, ça n’a pas un grand intérêt artistique, ça file un bon coup de pub et un peu de thune. Celle-ci j’ai accepté parce que je savais que ça ferait beaucoup de vues, faudrait être con pour refuser. Bon après tu reçois des trucs, tu peux pas tout accepter.
Là j’ai bossé pour deux artistes, Béatrice Lartigue et Cyril Diagne, pour une installation à Londres: Les Métamorphoses de Mr. Kalia. C’était hyper intéressant je pense même que je vais faire un mini album. Je rebosse avec eux sur une installation avec un piano mécanique en ce moment, et également sur des applications iPad. Sinon, cela fait un moment que je travaille par intermittence sur une musique de film d’animation tourné à Prague: Little From the Fish Shop. Et j’expérimente aussi pour moi, en projet solo.

Un artiste très occupé donc. T’imagines-tu un jour répondre à la demande d’un chanteur? Ta musique si particulière serait relayée au second plan, derrière une voix,  et donc ne pourra sûrement pas être une création aussi effervescente et aussi riche qu’aujourd’hui…
J’adore les contraintes: celle de bosser pour quelqu’un et avec ses textes peut être intéressante. J’aime bien me mettre au service de l’art des gens. A l’électronique ou au quatuor à cordes, y’a moyen de faire quelque chose d’original, j’attends que cela se présente à moi. J’ai un autre projet par contre plus personnel: je ferai les instruments et ce sera moi qui demanderai pour chaque titre un chanteur différent.

La dernière question de tous nos interviews: peux-tu nous citer trois artistes que tu affectionnes particulièrement ?
Y’a un autre messin qui s’appelle Mr Fred A avec qui j’ai joué et dont on a commencé à enregistrer le premier album, et ce mec-là en plus par ricochet est en train d’enregistrer les démos que mon frère fait. 
https://myspace.com/mrfreda/music/songs

Après je sais pas, y’en a plein, je regarde mes disques mais c’est encore plus déstabilisant,
du Animal Collective forcément,

et Sonic Youth qui pour moi est un des groupes majeurs les plus importants.

Merci à Louis Warynski et à Martingale Music.

Tournée de CHAPELIER FOU:

07/11/14 – RIS ORANGIS (91) – Le Plan – Club
08/11/14 – MONS (BE) – L’Alhambra
19/11/14 – NIMES (30) – Paloma (w Asgeir)
06/12/14 – BULLE (CH) – Ebullition
09/12/14 – PARIS (75) – Bataclan (en 1e partie d’EZ3kiel)
31/01/14 – CHAUMONT (52) – Le Nouveau Relax
06/02/15 – ENGHIEN-LES-BAINS (95) – Centre des Arts
13/02/15 – CHOLET (49) – Les Z’éclectiques – Le Jardin de Verre
27/02/15 – BRUXELLES (BE) – La Rotonde
28/03/15 – VANNES / St AVE (56) – L’Echonova
14/04/14 – PARIS (75) – La Gaîté Lyrique

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