L’incorrect du politique selon CASH SAVAGE

We’re off to Europe real soon – can’t wait to be on the opposite side of the world to Scott Morrison.

Vu sur le profil Facebook de Cash Savage

 

Le ton est donné. Lorsque Cash Savage prépare sa tournée européenne, elle ne loupe aucune occasion pour railler le premier ministre australien. Elle est comme çà, Cash, et c’est son vrai prénom. Depuis la sortie de l’excellent album Good Citizens, on attendait avec impatience un live de Cash Savage and The Last Drinks, et espérait pouvoir discuter avec cette figure engagée de la communauté LGBT de Melbourne.
Le rendez-vous fût donné vers 18h à Petit Bain avant leur concert, et j’en ressorti subjuguée. Elle est comme çà, Cash, elle génère un champ magnétique: elle t’envoûte de son regard tendre, te parle juste, et toi, tu ne veux plus la quitter. Il suffit de quelques paroles pour vouloir reconstruire avec elle un monde plus social, le poing levé, la marche accompagnée d’interludes riants. Elle est comme çà, Cash, drôle aussi.

INTERVIEW.

Tu t’es entourée de 5 musiciens pour former Cash Savage and The Last Drinks. D’où vient ce nom?
Du dernier appel à la fermeture des bars australiens, à chaque fin de soirée il y a toujours un bartender qui crie « Last Drinks! »
The Last Drinks n’était pas à proprement parler un vrai groupe à la base, ce sont les musiciens qui m’ont accompagnés lors d’une tournée. Kat [au violon] par exemple jouait dans un groupe qui reprenait du Johnny Cash quand je lui ai demandé de jouer avec moi en la prévenant qu’il n’y aurait pas de répétitions, elle a répondu « great! ». La formation du groupe a été plutôt organique, demandant çà et là à des musiciens de petits bars. 

Ton dernier album Good Citizens semble avoir laissé la country et la tristesse de côté pour une évolution plus expressive, se tournant limite vers verve punk, plus engagée… plus enragée ?
Le précédent, One of Us, tournait autour du désespoir, et je ne voulais plus écrire de chanson triste, dans un élan de fuite, le plus loin possible du chagrin. C’est à ce moment que le gouvernement australien a appelé à un plébiscite sur la question du mariage gay, ça m’a mise hors de moi. Et je pense que la colère que tu ressens dans l’album reflète mon ressenti contre le système politique actuel. On a tout de même composé une chanson country ensuite mais finalement elle ne s’imbriquait nulle part dans ce nouvel album, donc on l’a laissée tomber.

Question obligée : quelle est donc ta définition du « good citizen » ? [bon citoyen] 
C’est une très bonne question, d’ailleurs on devrait tous se la poser et à plusieurs reprises. Un bon citoyen c’est quelqu’un qui a de l’empathie. En fait l’idée autour de cet album pour moi, c’est que les gens ont tendance à oublier que nous vivons dans une société, dans laquelle nous sommes tous différents et cette différence est importante, nous devrions la tolérer et faire attention à chacun. C’est là le but d’une société, et je pense que nous l’avons oublié.

 

 

J’ai donc entendu l’histoire misogyne autour du titre Packed Animals : à la fin d’un concert à Rennes (chez nous en plus !), un mec te dit : « Super concert, mais je peux te donner un conseil ? ». Tu déclines et il commence à s’énerver, piqué au vif…
Oui en fait, il y en a eu plusieurs, c’est à Rennes que je me suis rendue compte que cela n’arrivait pas qu’à moi mais à toutes les femmes du van. Il y a toujours un homme qui vient te donner des leçons après un concert, et si tu les refuses, le mec t’insulte. Je demande alors à Kat si ca lui est déjà arrivé, elle me répond : « Tout le temps !« . Alors que les gars dans le van me répondent : « Non, jamais. »
Cette situation est ridicule. C’est le quotidien des femmes qu’on leur dise comment faire leur boulot, alors que les hommes ne sont jamais dérangés par ce genre de discours.

 

[Photo ©Simone Fisher]

Maintenant que tu l’as écrite et que tu la joues en concert…
…est-ce que ca m’arrive encore ? Mais absolument !
Un gars est venu me voir après le show me disant :
« J’aime vraiment beaucoup votre chanson Packed Animals, mais je peux vous dire quelque chose?« 
« _ Tu te moques de moi, là ?« 
|Ici, nous nous esclaffons toutes deux.
Et il me dit que l’on devrait bouger les claps de Falling, Landing, etc. Donc oui, ca n’a rien changé.

Vous avez été invités à jouer avec les Pussy Riot, comment s’est passé l’after ?
Certaines du groupe sont plus privées que d’autres. Mais on a eu de bons moments, c’était une soirée…étrange. | Rires

Ton oncle Conway Savage était le claviériste de Nick Cave, est-ce que ca t’a apporté une attitude particulière face à la musique ?
Je suppose oui, j’aimais beaucoup Conway, il a une similarité avec ses frères, avec tous les musiciens de la famille Savage d’ailleurs. Mais je ne pourrais pas répondre précisément quoi, c’est difficile de regarder de l’extérieur. Après musicalement, bien sûr je porte ces influences. J’adore Nick Cave, c’est le meilleur artiste live au monde.

Choisis un morceau et raconte moi une histoire.
La chanson Sunday raconte mon amour pour ma femme, et chaque ligne écrite est véridique. Il m’a fallut du courage pour révéler cette histoire privée au monde : parler des drogues, des personnes que nous étions avant, … J’ai délibérément essayé de me remettre dans ces jours merveilleux où on passait juste du bon temps, complètement défoncées. Comme si on avait trébuché l’une sur l’autre, dans une faille de la gravitation, et je voulais que Sunday sonne comme ca : une sorte de flottement, sans début ni fin précise.
C’est sans aucun doute la chanson la plus intime de l’album, et même là ca fait un peu bizarre d’en parler, et encore de la chanter devant des étrangers. 

Je la trouve magnifique, certains chroniqueurs disent que c’est February la plus belle.
Ah oui ? February a été écrite quand je voyageais et me sentais tellement seule, sûrement au plus bas de toute ma vie. J’imagine que l’idée d’attendre que quelqu’un vienne te sauver hors de ce moment est romantique. Mais merci de préférer Sunday car pour moi c’est la célébration de l’amour alors que February représente un moment horrible !

Quelle idée étonnante de faire chanter 18 hommes à ta place pour le clip de Good Citizens !
Comment t’es venue l’idée, ce n’est même plus une promotion du groupe !
  Je pense qu’il est plus facile d’écouter un message lorsque celui-ci est énoncé par quelqu’un qui nous ressemble, et l’idée ici était de faire passer un message plus qu’une musique. Tous ces hommes sont des amis : des musiciens, des joueurs de foot car j’ai été coacheuse d’une équipe, et même deux bodyguards qui n’avaient jamais chanté. Je leur ai envoyé un message : « Hey vous pourriez venir chanter tous ensemble? » Ceux qui ont refusé s’en mordent encore les doigts, car on a vraiment passé un bon moment!

On a tourné dans un bar en rénovation, dans la banlieue de Melbourne, à Collingwood, un ancien quartier ouvrier aujourd’hui totalement gentrifié. On installe tout et les gars me demande : « mais …t’es pas dans le …? »
« Non, et on ne joue pas non plus! » Le pianiste du clip jouait pour la première fois pour nous, il n’a même jamais fait de concert ! On était juste avec eux en spectateurs dans la pièce, c’était électrique !

A la fin, la chanson se termine, une porte s’ouvre et on entend un train passer, genre LE moment magnifique où tout le monde reste silencieux, et on a décidé de garder ce train.

Si tu avais le pouvoir de changer une chose  : quelle serait-elle ?
Je crois qu’un leader ne devrait pas être une élite financière, mais choisi dans un milieu socio-économique moins favorisé. Et çà, ça ferait une grande différence. Si j’avais un pouvoir, je donnerai de l’empathie à nos dirigeants, car ils en manquent cruellement.

|A ce moment, coup de rafale, mes docs s’envolent vers la Seine, cri>panique>fou rire.

Pourrais-tu nous recommander 3 groupes aussies ?

MOD CON sont géniaux, j’aime le son de leur album. [Mod Con sera en concert le 1er aout à La Pointe Lafayette]

THE PEEP TEMPEL est l’un des meilleurs groupes que j’ai jamais vus, malheureusement ils ne jouent plus. Ils ont le don d’encapsuler le psych typiquement australien dans leurs chansons.

MERE WOMEN parce que leur jeu est terrible.

Julie Lesage

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