Holy Fuck, bricoleurs joyeux du son

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Holy Fuck, voilà un nom de groupe bien curieux, et quand il se produit au Badaboum, la corrélation fait doucement sourire. D’après le magazine Pitchfork, le groupe s’est formé à Toronto avec l’objectif de créer l’équivalent de l’électronique moderne sans en utiliser les techniques: programmeur, looping, splicing, etc. Allons donc voir cela de plus près.

En effet le dispositif est impressionnant avant même qu’Holy Fuck n’entre en scène: devant batterie et basse, deux tables over chargées de non-instruments se font face. On y remarque avec étonnement un synchroniseur de film 35mm, tout près d’un clavier jouet, et d’une multitude de choses que l’on ne peut même pas nommer. Autant le dire tout de suite, c’est devant la fosse que l’on apprécie le concert, sinon on n’aurait jamais pu voir Brian Borcherdt faire grincer des cordes à plat à l’aide d’un couteau de cantine ! Pas étonnant que M.I.A les ait choisis pour première partie lors de sa tournée nord américaine en 2008 !

2016-10-11-21-23-24

Il en résulte un concert math-rock, qui repousse notre perception des sons, avec deux chanteurs complètement psychés. D’ailleurs en parlant de voix on regrette un peu le trop plein de reverb, et le niveau sonore des vocales plutôt bas, par rapport à la cacophonie ambiante. En gros, on n’a entendu les paroles que sur Xed Eyes, le single de leur album fraichement sorti Congrats chez le bien nommé Innovative Leisure.

Parfois très bruyante, leur electronica n’en est pas moins groovante. Le quatuor se plait à mélanger les influences comme le hip-hop sur House of Glass, les percussions tribales qui s’apparentent à la techno sur Sabbatics, la jolie pop de Lovely Allen . Holy Fuck fait aussi et surtout danser son public en l’assénant d’une rythmique affolante comme dans Caught Up, avec la batterie de Matt Schulz.

Face à face, Brian Borcherdt et Graham Walsh (entre autres producteur du groupe post-punk Préoccupations) s’éclatent, s’envoient signes et sourires, comme des bricoleurs joyeux du son. Seul bémol, le public n’a pas l’air de faire partie de leur délire, il n’y aura en effet aucune interaction entre le groupe et la fosse, sauf une excuse (bidon) de ne pas parler le français. Pas eu d’au revoir non plus, ils sont partis comme ils sont venus. Nous laissant avec encore pas mal de questions sur de nombreuses sonorités étranges sans savoir d’où elles venaient. On partira en chantant Stay Lit : ouhou, ouhou ou-ouhou…

Bon point: la musique n’a pas fini de nous étonner
– Julie Lesage –

[Photo cover: Cédric Oberlin]

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