Au menu bigarré : un happy meal sans limites

HMLTD / Petit Bain

Alors que les lives des producteurs techno et rap peuvent sembler bien fades visuellement, il existe quelques groupes à l’esprit mi-barré mi-punk, donc forcément théâtral, qui pour une soirée te donne envie d’exhulter, de crier, de te parer de 1000 couleurs, d’exploser tes coutures, d’exister puissamment.

C’est le créneau de l’électro barrée de Faire,
qui entamait la soirée au Petit Bain en DJ set.
C’est le crédo d’Happy Meal Limited,
un groupe impossible à ranger dans un genre précis, qu’un public bigarré bien tassé attendait avec impatience.
HMLTD, c’est un peu le projet X au Mac Do (dont la plainte a acronymé le nom du groupe), c’est Ronald en jupe qui saute dans les boules multicolores.
C’est aussi un des rares groupes de rock qui dirige le manche de ses guitares vers l’avenir plutôt que de ressasser les anciens courants des années 70.

6 mauvais garçons (3 français,2 anglais et 1 grec), à la bouche grossie de rouge ou noir mode Marilyn Manson, aux cheveux colorés parfois léopard, mêlant électronique et rock sur un opéra déjanté de costumes brillants, qui débarquent et entraînent la culbute dès leur premier morceau Proxy Love.
Le groupe dépoussière la batcave et y introduit l’électronique jusqu’au dubstep, sur des constructions étonnantes, qui switchent en interne aussi vite que l’on change de track sur Spotify, mais surtout très entraînantes, à l’image de leur titre cavalcade To The Door.

Ces gars là ont tout compris, et c’est sans doute grâce à des groupes comme celui-ci que, non, le rock ne mourra pas, il opérera une mutation.

La mélodie « gaming » de Music repousse à plus tard notre age adulte, les 10 premiers rangs piétinent frénétiquement en répétant « music, music, music » comme comme des tarés effrayants. L’exercice est à la fois absurde et libérateur. Et toute cette énergie dépensée est surtout encouragée par un frontman du nom de Henry Spychalski, déchaîné sous sa casquette militaire, jonglant entre le romanesque et le grotesque à répéter Kinkaku-Ji, et qui finira bien sûr en moule-bite à la fin de cette soirée torride.

Torride parce qu’on est beaucoup trop collé/collant et qu’un concert d’HMLTD, c’est quand même du sport pour éliminer les frites.
Torride aussi car le show entier tourne autour de personnages glam rock version multi-love LGBT que renforcent le maquillage des artistes et la participation des drag-queens La Poutre, Angora Von Lear et Diana Frask sur le refrain de Satan, Luella & I...
Tout ce joyeux bordel rappelle ô combien les scènes de David Bowie. Même la voix de notre chanteur valse entre les graves et les aigus, ce qui donne des airs de démence à un spectacle déjà délicieusement chaotique.
Le menu spécial enfants casse les définitions préétablies, et pourrait remplacer l’enseignement de la théorie du genre à l’école, ce serait plus marrant et sans aucun doute mieux retenu.

On essaie de reprendre nos esprits sur des morceaux plus « construits » et posés comme Is this what you wanted? Et on découvre quelques nouveaux titres puisés d’un nouvel EP qui devrait sortir le 06/07. On a hâte d’écouter çà !

– Julie Lesage –
[Photo RS : D. Prezat]