Here We Go Magic « Nous courons à notre perte à viser trop grand »

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Rencontre avec Luke Temple et Michael Bloch, du groupe indie-rock de Brooklyn Here We Go Magic, une sorte d’introduction avant leur concert le 24 février au Batofar!

J’apprécie beaucoup votre track Alone But Moving, parlez moi de ce morceau.
C’est un titre qui exprime la sensation d’être coincé. Je suis plus un observateur qu’un participant, suis du genre à m’asseoir au fond et être spectateur de l’action. Donc cette chanson a quelque chose d’introspectif.

Be Small, votre nouvel album. Un impératif ?
Ce nouvel album parle de généralités, ce n’est pas une oeuvre personnelle. Tout dans notre culture doit être grandiose, plus grand, plus fort, plus rapide, toujours meilleur, on cherche toujours le succès. Et c’est peut-être notre problème principal, ce qui nous perd. Peut-être devrions nous tout revoir à petite échelle, rester humble, s’intégrer socialement comme une partie d’un tout plutôt que vouloir se démarquer.

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D’où Ordinary Feeling, le premier single sorti ?
Oui ce premier morceau reflète l’album. On boit, on se drogue, on veut du divertissement, de l’excitation, toujours plus de ressentis, d’émotions, mais la vie c’est aussi apprécier la simplicité, les sentiments ordinaires, les petites choses, pas besoin de chercher la magie partout!

Si vous deviez en choisir une track, de cet album?
Tokyo London US Korea, mais c’est vraiment abstrait lyriquement, ça ne veut rien dire. J’en aime la liberté qui finalement crée un sentiment, métaphoriquement. Ici aussi, le titre s’inscrit dans la même idée de l’album, notre relation entre le mécanisme que nous avons créé et qui maintenant nous dévore. Tout l’album parle de ca. C’était inconcient, je n’avais pas l’intention au départ de raconter et jeter ce constat à la face des gens. D’ailleurs c’est souvent comme ca: tu crées et c’est quand tu prends un peu de recul que tu te rends compte que tout est lié, qu’une atmosphère et un message ressort du lot.

Pour l’album précédent A Different Ship, vous avez travaillé avec Nigel Godrich, le producteur de Radiohead. Qu’a apporté Nigers, qu’est-ce que ca a changé pour vous?
Il n’a pas voulu changer notre musique, il nous a laissé beaucoup de liberté. Techniquement, c’est sûr, sa réputation suit celle de Radiohead. Il a surtout pris les décisions que nous n’aurions pas pu prendre seuls. Celles que l’on n’ose pas prendre pour ne pas froisser un membre en supprimant ses accords par exemple. Nigel a fait les choix entre ce qui marchait et ce qui ne marchait pas, et ca, c’est énorme pour nous. 

Pour Be Small au contraire, vous avez décidé de l’auto-produire.
Nigel n’était pas disponible malheureusement. C’est çà d’être le producteur le plus demandé au monde. Donc on s’est retrouvé avec Mike et Austin dans mon studio. Pour certaines tracks, on s’est inspiré de l’album Wrong Way Up de Brian Eno et John Cale.

3 artistes que vous affectionnez particulièrement ?

Jessica Pratt


William Honyeabor, un auto-producteur psyché nigérian. Il s’est ensuite consacré à la religion, comme Cat Stevens. C’est un musicien des années 70, pionnier de l’électro-funk, qui nous a fait découvrir les sons africains. 


Robert Wyatt

[Photo cover: David Bevan]
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