Grand Parc bourgeonne son deuxième album [interview]

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A Herouville-St-Clair, banlieue de Caen, dans le quartier nommé Grand Parc, une cave résonne de noise et pop psychée. Nicolas Marsanne est musicien depuis longtemps, notamment pour Katel. Revenant d une rencontre avec un professeur de guitare en Écosse, sa femme Annie se met sur le tard à occuper la cave au même titre que Nicolas et chacun compose de son côté. Jusqu’à ce qu ils fusionnent leurs créations et BIM! Grand Parc est né. Tardivement donc, mais qualitativement mature. Rencontre.

Grand Parc, c’est l’ecclectisme, c’est comme un grand parc d’attractions avec plein de manèges…
Annie: de manèges tristes
…on y trouve de la noise, du krautrock, de la pop, est-ce une recherche introspective pour trouver votre style ou est-ce que c’est le fun de s’essayer à plusieurs genres?
A: Ca correspond surtout à notre manière de vivre durant la composition: y’avait plein de choses hachées, moi j’avais 3 boulots, Nico était intermittent, on avait un mode de vie un peu pluriel et anarchique, on vit en coloc donc on brasse aussi la musique avec les gens … bref c’était involontaire et non conceptualisé, c’est le miroir de ce que l’on vivait à ce moment là. D’ailleurs, on vient aussi de jouer pour la première fois une chanson en français !
Un deuxième album se prépare donc !
A: Oui, un EP ou un album, on ne sait pas encore.

Vous dites que ce 2e opus sera plus léger, qu’est-ce que vous voulez dire par là?
Nicolas: C’est par rapport aux couleurs. Le premier album est noir, plus léger serait plus rythmique dans le sens dansant, avec de l’énergie positive.  Ce n’est pas, genre on va édulcorer notre facon de faire  et rendre les arrangements plus simples, non. Car dans notre façon de composer, on ne s’interdit rien, ca se fait à la maison et on ne se demande jamais si ça va être réalisable sur scène ou pas. Un peu comme dans un labo.
Ah donc tu me rassures, j’avais peur que ca tourne à une pop chiante.
N:(rires) Oh non!

Votre musique est psychédélique, votre pochette d’album est une vieille photo de vos parents des années 70, Marcel Marceau mime vos paroles sur le clip de North, on sent la recherche du vintage chez vous…
N: Ah oui complètement, on doit avoir un fond assez nostalgique je pense. C’est pas non plus un effet de mode, du type « c’était mieux avant ». Par exemple dans le clip de The Ballad du prochain album qui a été filmé chez notre pote Nico, chaque objet raconte un vécu, révèle des traces, c’est de la poésie en soi pour moi. Mais comme dit Annie: y’a pas de conceptualisation de la démarche. Sincèrement j’ai l’impression qu’on navigue à vue, et si on en vient à mettre des mots sur le pourquoi, l’analyse vient après.

Vous dansez?
A: Ouais, je ne prends pas de cours mais en soirée je peux rester 4 heures sur la piste de danse toute seule !
Parce que le clip d’Unchestra donne envie de danser à tout le monde, et j’ai vu votre teaser d’une nouvelle chanson pour les Trans, où on voit des danseurs hip-hop qui s’essayent à un mouvement incroyable à se rompre les genoux, vous l’avez essayé?
N:  j’ai essayé mais c’est dangereux, les mecs ont une élasticité complètement folle!

Où trouvez vous toutes ces archives pour vos clips ? 
A: Ce sont souvent des vidéos amateurs sur YouTube, donc si des gens se reconnaissent dans la video, qu’ils n’hésitent pas à nous contacter. Je trouve que la danse est un bon et simple sujet, ca permet toujours de se libérer. L’idée c’était de prendre des danses que l’on attend pas sur les titres, comme le swing sur le mathrock d’Unchestra: d’un coup tu as une autre lecture.

Faire de la musique en couple a-t-il changé votre couple?
A: ah ouais c’est clair c’est la merde maintenant (rires) !

Annie, quand on commence la musique sur le tard, quelle est la plus grosse difficulté ?
La grosse difficulté, c’est sa propre légitimité. Pas celles des autres car les autres t’encouragent au contraire. Tu abordes l’instrument avec plus de maturité sans doute mais avec les problèmes techniques d’une dilettante dans un monde de la musique aujourd’hui performatif. Du coup moi je sais que j’ai un gros problème de confiance en moi, je me sens pas trop légitime, mais le fait d’être confrontée à la compo fait que j’ai pas envie de lâcher ma place. C’est l’occasion d’apprendre des choses sur soi, je dis pas ca version psychologique à la Marie Claire, mais c’est vraiment une psychothérapie. Parce que c’est violent l’exposition publique d’un live pour quelqu’un qui est plutôt cocooning! La musique m’a apporté beaucoup de sensibilité sur le rapport aux autres, et si la dextérité n’est pas au top, tant pis. Vu qu’un enfant de 12 ans apprend plus vite que toi à 30 ans, tu n’as que la volonté qui peut t’aider.

Pour un peu mieux vous connaitre, on va switcher sur quelques questions brèves: 

Votre soirée des Trans? la soirée Born Bad Records aux Bars en Trans avec Usé, Cannibal,… on a des potes dedans et on respecte le label.

Plat favori ? un boeuf bourguignon avec des épices

Lieu de vacances ? un road movie

Un artiste avec qui vous auriez aimé discuter? Jacques Brel, depuis que je l’ai écouté dans un interview de Radioscopie avec Jacques Chancel. Sinon en plus actuel Nick Cave, ou Michael Jackson on ne l’a jamais entendu parler, il avait peut-être quelque chose à dire.

Un engagement a prendre ? tout faire pour pas faire de la musique de droite, c’est-à-dire faire en sorte de faire déborder les choses. Aujourd’hui, on taille tout ce qui est marginal et qui déborde, on ne supporte plus ce qui est différent.
ah bon? pourtant j’ai justement l’impression que le monde est plus ouvert
Internet oui permet l’ouverture artistique, mais après politiquement et sur les canaux principaux ca coince.

Votre candidat 2017? non je déconne
Merci Grand Parc et vivement votre nouvel album 2017 ! 

 

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