Gonzaï Night Octobre 2017 : entre chaud et froid

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Pour sa première de l’automne à la Maroquinerie, Gonzaï nous a concocté une soirée à l’image de la météo : entre chaud et froid. Hasard du calendrier voyant approcher Halloween, ce fut l’occasion d’apprécier des artistes mi-anges mi-démons lors d’une grande messe à vrai dire plutôt païenne. Au menu : Casse Gueule, La Mverte, Matias Aguayo & the Desdemonas

CASSE GUEULE : pas tant que ça…

Avec un blase pareil, on se dit que ça risque d’être bancal, à défaut d’être bankable…
Et bien non et si un peu quand même, mais c’est comme ça que c’est bon. Seconde fois qu’on les voit en quelques mois et l’affaire semble bien rodée. Les synthés analo, posés dans la fosse entourés de néons, pilotés par deux savants fous, l’un en kilt un brin viking surexcité, l’autre en blouse scientifique, genre concentré, accompagnent cette grande bringue sérieusement déjantée qui fait office de chanteur.

Vêtu de son inénarrable combinaison bleu de travail, Jonn Toad, de son petit nom, sillonne les quatre coins de la fosse en chantant comme un ado en pleine mue vocale ses textes lucides sur notre condition d’humains ridicules (l’album s’appelle Dictature et mendicité, hein). Sans rien lâcher de son déhanché approximatif mais maîtrisé, Jonn vient régulièrement planter son regard dans celui d’une personne choisie au feeling ou au hasard, presque nez-à-nez (on y a eu droit aussi), comme pour être sûr que le message rentre bien dans le crâne, tandis que ses acolytes s’escriment au rythme de non pas une mais deux TR-707 (!). Tantôt pop-wave-80 tantôt EBM/indus, on s’amusera (oui on s’amuse beaucoup à un live de Casse Gueule) à reconnaître parfois l’adaptation musicale de quelques gloires du rock d’antan (Born to be wild des Steppenwolf – Né comme ça -, ou encore le Highway Star de Deep Purple – Quatrième voie -).
Bref, on pense un peu à du Début de Soirée cynique sous speed, et pour un  début de soirée, ça démarre plutôt bien.

LA MVERTE : la mort vous va si bien…

“- Tu fais quoi ce soir ?
 – Je vais voir La Mverte et d’autres groupes à la Maro…
– Ah ouais, La Muerte c’est le groupe belge gothic-blues des années 80, là ?
– Euh non, “là” c’est La Mverte avec un V.
– Avec un V ?!
– Laisse tomber, Viens, tu Verras bien…”
Cela fait un moment que nous le suivons, dans le sillage de son vaisseau-mère Her Majesty’s Ship. Après 2 EP impeccables (Through the circles et A game called Tarot) l’attente était grande d’entendre et voir jouer son premier album 
The Inner Out et disons-le tout net : dans les 2 cas, Alexandre Berly fait mouche ! A écouter les paroles des premiers titres du LP (qui aura bien usé le diamant de ma platine cette semaine), on pourrait se dire que ce dandy sombre à moustache est plutôt dans le questionnement romantico-existentiel (« Where am I, how to know, should I dive », « I Don’t know why I’m Still trying… »).

Et pourtant… Aux commandes de ses bécanes, on trouve un personnage plutôt sûr de sa proposition, sereinement habité par ses compos avec l’humilité qu’on lui connaît. Tant au chant qu’à la basse, La Mverte n’hésite pas à se mettre en avant pour nous partager son électronica façon italo disco maculée de Giallo bien sanglant (ah ces sons d’orgues, ces leads piquants et ces nappes au LFO inquiétant), sorte de croisement entre Bottin, DAF, Zombie Zombie et Carpenter (avec une pincée de Moroder – Rien ne se perd-) qui se seraient réunis pour faire de la musique de club. Se risquant parfois à un grand écart entre ses 2 stands de machines avec une aisance presque gracieuse, le garçon gère son set délicieusement sombre et sensuel de mains de maître (ce qui n’est pas sans rappeler un certain A. Rebotini) pour faire danser un public a priori déjà acquis, sinon conquis.


A noter : son compatriote de label et ami, Yan Wagner viendra enfoncer le clou là où ça fait du bien en venant chanter Crash course.

MATIAS AGUAYO & the Desdemonas : rites et chansons

Nous ne nous amuserons pas à retracer le parcours pour le moins intraçable de cet artiste protéiforme, Gonzaï le fait très bien ici…

On s’est en revanche un peu penché sur le cas de ce projet en écoutant l’album Sofarnopolis à plusieurs reprises et deux choses en sont ressorties : on a là affaire  à l’atmosphère particulièrement envoûtante, voire menaçante, mais aussi à quelques moments de creux où l’on aurait peur de sombrer dans l’ennui. Un sentiment mitigé donc, à vérifier en live.

Chemise chatoyante et keytar bricolée en bandoulière, Aguayo nous embarque dans son monde fantomatique, tissant une mythologie organique entre rêve halluciné et cauchemar complaisant, relativement éloigné de ce qu’il fait d’habitude, sachant qu’il n’a pas vraiment d’habitude. Soutenu par des Desdemonas bien enfiévrés, on voyage dans des méandres luxuriantes et moites, entre dub tribal, krautrock tropical et coldwave psyché langoureuse. A la tête de sa tribu perdue dans la jungle du temps, Matias se déhanche et chante comme une diva enchanteresse, faisant claquer des castagnettes sexy ou encore jouant de percussions synthétiques.
Au moment de Cold Fever, sorte de cold dub tout droit venu des catacombes,  de Nervous, en mode rumba Brechtienne extravagante ou du très tribal Boogie Drums, on est clairement sous le charme. La formation aura donc choisi les morceaux les plus entraînants du répertoire et c’est bienvenu (même si un morceau n’a clairement pas retenu notre attention). Et on se prend à regretter de ne pas avoir assisté à ça avec des prods pour être totalement dans le trip, tout en se disant que cette musique EST le prod (McLuhan, sors de ce corps) et qu’on est ravi de s’être immergé au sein de cette procession dont la bande son ressemble à un lointain écho de nos musiques post quelque chose de 1977 à 2017.

Encore une fois, la programmation de l’équipe Gonzaï, ne laissant personne indifférent.e ni indemne, nous aura fait voyager parmi des paysages musicaux hors des radars habituels, et c’est bien le moins que l’on pouvait en attendre en ce premier jour de vacances de Toussaint…

Textes et photos : Alexis Cangy
Remerciements : Gonzaï

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