Gesaffelstein live, thérapie brutale du bonheur

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Ce soir, la fosse du Zenith est bondée de milliers de portables en l’air. Les filles attendent le prince sombre, déjà juchées sur les épaules de leurs amis. On sait qu’on va prendre cher lorsque nos oreilles vrombissent et que nos yeux sont agressés par des rais et flash de lumière blanche aveuglante . Ambiance sobre en noir et blanc comme le costume dandy de Gesaffelstein, avec un jeu de lumières aussi violent que sa techno, et un visuel glacial de marbre pour Obsession après Opr en ouverture.

Quand Pursuit, le tube au clip récompensé, retentit, le public en délire accompagne l’espèce de cri indéfinissable avec des « oo-ha ». Le morceau est joué un peu différemment des 4 minutes studio que l’on connait par coeur. Gesa, oui on s’approprie le beau gosse avec une abréviation,  brise les rythmes, lance les boucles à l’infini sur des basses assourdissantes. Même Robert Marchand risquerait la crise cardiaque malgré sa forme olympique (et sa surdité). Plusieurs fois, il fera monter ses morceaux de manière insoutenable, nous rendant confus en samplant divers de ces morceaux ensemble, ou imbriquant des interludes inédits, créant le doute « ah, c’est nouveau çà? ».

Clip Pursuit

Mike Levy n’est pas un DJ ou platiniste ordinaire, sa pâte est reconnaissable à chacun de ses morceaux, intrônisant une nouvelle techno sombre, très grave, avec un travail de grande précision et des bruitages plutôt futuristes, faisant penser à des lasers, machines, robots, en gros l’apocalypse de Terminator, quoi.

Pour Hellifornia, le grand écran à l’arrière fera onduler un drapeau américain. Cet écran sert pour certains morceaux seulement, comme la salle aux lustres baroques de Pursuit, la galaxie d’étoiles de Piece of Future, ou l’enchaînement de l’histoire de la terre de sa genèse à sa destruction par la civilisation humaine. Le reste du temps, ce sont les jeux de projos qui s’agitent à rendre épileptique. Sur scène, aucun autre spectacle. Mike regarde à peine son audience, sérieux, le mouvement de sa tête le montre complètement happé par son oeuvre. Il est à fond et fume, clope sur clope (cette insolence plaît beaucoup à ma soeur^^). Stressé? Coké? Pompier? Ce qui est certain, c’est que ce trait  accentue le charisme et la classe du génie lyonnais, aujourd’hui demandé dans le monde entier et ayant déjà eu sa couverture Vogue.

On assiste à une grand messe noire. Baigné d’un rai de lumière vertical, l’autel du DJ déjà surélevé va doubler sa hauteur et écraser du regard la foule en contre bas, livrée à une cadence se rapprochant carrément plus de la hardtech. C’est tellement puissant, que ça ravage tous tes soucis, tu te laisses emporter les yeux fermés par ce son scandaleux de noirceur et y prends un malin plaisir grisant. Les filles hurlent de joie. A plusieurs reprises, les étudiants se livrent à des mosh pit, préparant le milieu de la fosse à des cercles vides de plus en plus grands. Ah tiens, un kéké torse nu gardant son bonnet, concept.

Surprise: The Bloody Beetroots ont filmé l’intégral du concert d’1h24 et l’ont posté:

L’attente du rappel est quasi-inexistante et tant mieux car la salle est surchauffée. Le magnifique titre Aleph la calmera un peu, pour mieux lui marteler les tympans ensuite. Ce soir le Zenith s’offre une rave party, la montée est tellement puissante …et bim, silence et fin brutale. Ah non! Continuation brutale, c’est le bouquet final: joyeuses fêtes de fin d’année, t’en auras assez pris pour sortir épuisé, vidé, décompressé donc heureux. La reprise lundi au bureau et sa litanie métro, boulot, dodo passera beaucoup mieux…pour un temps.

[crédit photo: Gesaffelstein]

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