Eton Alive, le nouveau pamphlet de SLEAFORD MODS

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Après un succès tardif via leur 4e album English Tapas en 2017 chez Rough Trade (et un EP en septembre dernier), le duo britannique Sleaford Mods sort Eton Alive chez son propre label Extreme Eating, et colore ses revendications d’une teinte plus fun et sarcastique, sur un beat presque dansant!
Entendez par Eton Alive, une lutte contre ces élites conservatrices sorties du Collège Eton, et un jeu de mot marqué sur eaten alive pour rester dans le thème alimentaire. Une histoire de malbouffe donc, qui shlague contre les injustices, l’action fer de lance ad vitam de Jason Williamson.

Lequel est d’ailleurs en pleine friture avec Idles après certains commentaires sur The Guardian, arguant que la bande de Joe Talbot s’approprirait une voix vindicative de la classe ouvrière alors qu’elle n’est pas issue de la rue. Ne niant pas leur talent musical mais se centrant sur les paroles, Jason se serait senti trompé par un faux discours, une tentative « stéréotypée, condescendante, insultante et médiocre ». Des messages de soutien à Idles (qui ont reçu leur Brit Award 2019 il y a quelques jours en tant que révélation de l’année) ont vite éclos sur les réseaux, notamment de nos chouchous Fat White Family (bientôt en tournée en France!): « I call it sententious pedantry. That being said how long are Sleaford Mods going to keep banging on about shit wages and kebabs? There’s only two of them and they have NO BACKLINE! » Auxquels Jason ne s’est pas fait prier de répondre en les qualifiant [FWF] de « Moby covers band » [???], ça chauffe , ça monte, … et ça fait parler des deux en pleine campagne nouvel album.

Bref, où en étais-je ? Ah oui, le nouvel album Eton Alive.

« Le titre Eton Alive parle de lui-même. Nous nous retrouvons une fois de plus au sein d’un autre plan élitiste, en cours de digestion, pour nous transformer lentement en excréments. Certains le sont déjà, d’autres sont morts et le reste d’entre nous s’épuisent dans le ventre de l’idéologie préhistorique qui, selon nos capacités et notre volonté, nous attribue à chacun de nous des niveaux de confort allant d’horrible à raisonnablement acceptable, en fonction de la contribution apportée.« dixit Jason.

La transition des opus passe en douceurs des tacos aux nuggets, puis kebabs dès le deuxième morceau. De la street food pour une hargne des rues mi-punk, mi-rap, sur beat électro, le charisme du duo résidant dans les provocations de Williamson, vous l’aurez compris. Dans ce nouvel album, il s’en prend à la société de consommation et aux hipsters vegan (In The Payzone), à la classe politique, aux réseaux sociaux (Substraction), aux produits musicaux marketés culture pop pour la TV (Kebab Spider) …

Côté « musique », le minimalisme d’Andrew Fearn est toujours de rigueur : boîte à rythme + basse, mais on dénote des lignes plus groovy, notamment avec Firewall et When You Come Up To Me qui se rapprochent de la pop avec un chant plus doux qu’à l’accoutumée. Au contraire, les saccades rock sèches de Flipside rappellent les compositions d’Iggy Pop, leur plus grand fan à ce jour.

Musicalement, ça ne dépasse pas les feuilles des pâquerettes, mais, étonnamment, le combo de Nottingham est rudement efficace dans son habilité à te faire sentir présent, à te faire plier imperceptiblement les genoux sur un rythme dubstep d’antan et à t’engager dans l’imitation jouissive de cet accent typique des East Midlands, particulièrement sur le « who knew » de Kebab Spiders.
Damn ça fait du bien !

Dans le cas de problèmes de digestion lourde, je ne recommanderais pas forcément une lecture intégrale de ce nouvel album, mais plutôt de picorer dedans à l’envie, pour 2-3 morceaux jouissifs, comme une médication « booster l’instant présent ».

Julie Lesage

Commander Eton Alive

 

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