Einleit, pop noire franco-japonaise

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Jun Suzuki part en vacances à Berlin, après un été chargé entre les compos et les concerts, le dernier étant à Rock en Seine, sous son alias Einleit (Prix Special du Jury 2015 Festival Generation Reservoir). On le rencontre juste avant son départ au Stand’Art café, Ménilmontant.

Tout d’abord, d’où vient ce nom à consonnance allemande ?
Einleit, ca vient de « einleitung » qui veut dire introduction en allemand. Tous les livrets d’opéra allemand commencent par un einleitung, comme le prologue d’une pièce de théatre. C’est un clin d’œil à ma formation de chant lyrique. J’ai chanté pendant une douzaine d’années à la Maitrise des Hauts de Seine qui est le chœur d’enfants de l’Opera National de Paris. Et puis ca se rapproche de la lumière en anglais.

Tu chantes assez haut, tu as gardé ta voix d’opéra ?
J’ai commencé très jeune en soprane, mais quand j’ai mué, ca a été la frustration de ma vie: je ne suis pas passé en ténor mais en basse profonde. Du coup fini les rôles solistes, les basses ont beaucoup moins de trucs à chanter.
Donc tu te venges via Einleit en repartant vers les hauteurs?
Voilà! Avec mon premier groupe de rock, j’ai cherché une voix singulière, mais le déclic s’est opéré avec Air, c’est le retour positif du public qui a identifié cette voix de tête, dont j’ai ensuite développé l’identité.


Tu dis souvent que ta musique est noire. En effet les paroles sont assez tracassées, mais ta musique offre aussi quelques évasions aériennes. Est-ce que tu penses qu’une balance dans la musique est nécessaire pour s’évader du sombre et respirer?
J’aime bien dire pop noire électronique pour me différencier de la pop électronique de Metronomy ou autres projets un peu plus lights. Einleit est plus mélancolique, plus cynique aussi, et certaines harmonies sonnent dark. De toute façon, je n’aime pas écrire des trucs joyeux. J’ai tendance à ternir mes experiences personnelles par l’écrit, mais il y a forcément un jeu de clair et obscur, la gravité appelle la légèreté sinon ce serait vraiment déprimant.

Après 2 EPs tu es en train de travailler sur ton premier album chez Sacré-Coeur Music. On y retrouvera des anciennes des EPs ou principalement des nouvelles ?

Je pense qu’on va remettre Air et I Wonder, qui sont restées cohérentes avec le répertoire actuel. Ce qui est rare! En général, 6 mois après les compos, j’ai déjà évolué de style. A part ca, oui ce seront essentiellement de nouveaux morceaux.

Si tu choisissais un morceau pour une particularité?
Of Knights and Lights, des chevaliers et des lumières. Elle est spéciale car elle termine nos concerts et on la transforme en grosse montée deep-house. Le public nous demande souvent où on peux écouter cette version, mais cette fin n’existe qu’en live…
Faudrait leur répondre en la mettant en version extended sur le nouvel album!
Ex-ac-te-ment, on y pense ! Je trouve ca interessant les morceaux qui évoluent par leur passage sur scène. Tu ne joues pas seulement ton disque sur scène, ca va plus loin et intégrer le retour du public dans le processus créatif, c’est un beau partage.

Tu es franco-japonais par ton père. Quelle est ta connaissance du Japon, tu saurais nous faire une playlist japonaise ?
J’y ai vécu mes 5 premières années et j’y retourne tous les ans pour voir ma famille. Je crois que je te ferai une playlist de J-pop: ce qui passe sur toutes les radios et les télés, de la grosse soupe commerciale qui te rentre dans la tête. Je n’en écoute pas chez moi mais ca me fait marrer comme un souvenir de vacances. Plus sérieusement, la seule musique japonaise qui pourrait m’influencer serait la musique de Ryuichi Sakamoto qui a fait la B.O. de Merry Christmas Mr Laurence avec Bowie, qui m’a hanté pendant des années,  ou Joe Hisaishi qui compose pour Hayao Miyazaki ou Takeshi Kitano. Des mélodies assez simples, typées asiatiques grâce à la gamme pentatonique (les touches noires d’un piano) comme l’introduction de Entertainment de Phoenix.

Sinon tu suis la nouvelle scène parisienne?
Y’a des trucs géniaux en ce moment. Tout d’abord mes potes The Serpent. Je joue aussi dans un side project de french R’N B Arkadin. Et mes coups de foudre de l’année sont: Las Aves, Grand Blanc, Bagarre, toute la clique d’Entreprise, Blind Digital Citizen … Ah oui dernier coup de coeur le charismatique Jacques ! Je l’ai découvert y’a 3 mois puis je l’ai vu 3-4 fois en 2 semaines, a chaque fois c’est une claque. Flavien Berger est dans le même style aussi. Beaucoup ne comprennent pas le délire d’un concert de Flavien Berger, ils disent  « c’est quoi son trip avec les lapins, c’est pas drôle ? » Pourtant il n’y a pas un mot placé à côté, c’est du 8e degré et j’adore cet humour.

Pas mal de monde t’a remixé. Je trouve le remix de Soak Me Up par Gush plutôt réussi d’ailleurs. Est-ce que le résultat donne envie de faire des morceaux dansants ?
Gush on est très fan et on est très fier d’avoir fait leur première partie à la Flèche d’Or. Mais oui, la problématique se pose, surtout que je suis toujours en phase de compo là. Je sais que j’ai tendance à composer des morceaux ambient, limite sans batterie, assez downtempo, mais quand je construis un set live, je cherche le dynamisme et je me rends compte que c’est vraiment casse-tête de construire un set crescendo vers une dynamique avec les chansons calmes des premiers EP…


Avant de partir: je ne connais pas trop l’opéra, tu peux m’en conseiller un ?
Mmmm un opéra en particulier, là j’en ai pas mais par contre, si c’est toujours d’actualité va voir le ballet mis en scène par William Forsythe dont 2 pièces sont composées par Thom Willems et la dernière se danse sur James Blake. Là, 12 danseurs et danseuses à l’Opéra Garnier sur l’un de mes artistes préférés, les frissons sont garantis!

Merci Jun, bonnes vacances !

[Crédits photo cover: Alexandre Faraci]

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