Drab Majesty : do androids dream of electric songs ?

La rentrée bien entérinée avec ses « pluies éparses et sa fraîcheur venant d’un front ouest », invite à retrouver des activités nocturnes audio-salvatrices, à savoir se dandiner langoureusement sur des musiques interlopes dans des salles sombres. J’ai donc commencé la saison, non pas dans une boîte crânienne, mais à Petit Bain par un échauffement de rigueur avec les chatoyant(e)s Drab Majesty.

SRSQ-SEZ DU PEU

En guise de mise en bouche automnale, c’est la diva SRSQ qui ouvre le bal ce soir-là. Avec sa gestuelle ample  à la limite du voguing et son lyrisme teinté 90’s, sa voix au déploiement souverain et aérien, parfois pitchée à -2 octaves cependant, histoire de jouer l’androgynie trafiquée des temps modernes, la proposition de la jeune texane oscille entre dream pop et transe généreuse. Parfait pour nous mettre l’eau à la bouche, même si ce genre n’a pas à priori ma préférence.

DRAG MAJESTÉS

On ne croirait pas que les deux êtres étincelants de blanc qui entrent sur scène viennent tout droit de Los Angeles, mais bien plutôt d’une planète au décor polaire où les androïdes conversent avec délicatesse à propos de leurs états d’âme.
Pimpés en vampires à peine sortis de leur cryogénisation ayant volé leurs lunettes de soleil aux personnages reptiliens de la série V, Deb Demure (a.k.a Andrew Clinco) et Mona D. (Alex Nicolaou), aka Drab Majesty, entament leur retour vers le futur par A Dialogue, track inaugurale du dernier album Modern Mirror, et son choeur canon tragico-romantique un poil alambiqué « Don’t say you love if I don’t say I don’t love who you are now » (essayez de le répéter plusieurs fois de plus en plus vite pour voir).
Démarrent alors ensuite les arpèges cristallins de guitare flangée, accompagnés de rythmiques synthétiques où la réverbe est reine, qui feront office de fil rouge pendant tout le set.
Au deuxième morceau, tout le monde sort son portable, je suis entouré d’une bonne fan base tendance ado dans ses premières sueurs semble-t-il. Et pour cause, le mélange dream pop synthwave gothique distillé tout au long de la soirée a de quoi accrocher.

Que l’on se laisse aller à se balancer sur Noise of the Void, ou à se secouer sur Ellipsis ou Out of Sequence, qui seraient presque guillerettes, on se laisse mener par le bout du nez par ces deux mannequins de vitrines dont la rigidité, ou le stoïcisme, offre un contraste saisissant avec leur musique. Le précédent opus sera également bien représenté, avec notamment l’incontournable Dots in the sky et le superbe 39 by Design.

Leur set est minimaliste, ainsi que la mise en scène (une paire d’yeux et un éventail qui glitchent vaguement en fond visuel, une guitare et deux synthés), il y a pourtant un potentiel glam glaçant particulièrement exaltant derrière « tout » ça.
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CHARMED

Cette musique est certes datée, figée dans le temps, mais finalement pas surannée, tellement le charme et le romantisme qui s’en dégagent sont séduisants, entraînants, une légère ivresse floconneuse s’empare de l’audience, regonflant à bloc ceux dont le coeur bat en noir.

J’ai passé un très agréable moment, je dois l’avouer. Agréable comme une caresse sensorielle ASMR, un câlin brumeux, une danse à la limite de la Boum jouée par des vampires qui vous veulent du bien, en toute intimité. Tout comme les amours de vacances de jeunes gens au visage inexpressif devant des néons flashy semblent lointaines, la nostalgie ressentie a paru bien encore vivace et enveloppante. Ce petit spleen inoffensif d’automne, sans aucun doute, m’accompagnera dans la nuit pour un moment.

Texte, photos et vidéo – Alexis Cangy

 

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