Dead Magic – Anna Von Hausswolff

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Divines sorcières du Samhain, balayez moi tout ce folklore (et pas à l’éclair 2000 svp) : les citrouilles, les « Trick or Treat » ta mère… lavez enfin ces adolescentes peaux livides de leurs maquillages de pacotille… déplumez ces hymnes récents de leurs laborieuses ornementations, moyenâgeuses ou orchestrales: l’essence du gothique flamboyant est de retour vers notre futur. Il est actuel et intemporel, sombre et émouvant.
Il s’appelle Dead Magic. Elle s’appelle Anna Von Hausswolff.

L’organiste suédoise nous livre avec ce quatrième album un chef d’œuvre qui renoue avec l’âme du lugubre. Survolant des arrangements simples et puissants qui s’étirent lentement pour égrener la pesanteur de ce temps qui nous avale inexorablement, la voix d’Anna Von Hausswolff  sublime la lucidité d’une mort certaine, en alternant mélodies envoutantes et incantations désespérées.

Dead Magic est un album puissant, sans folklore ni fioritures, délivrant une extase morbide que je n’avais pas ressenti depuis la découverte de Desintegration (The Cure), l’opus OVNI-esque de Neurosis & Jarboe, ou la séquence d’ouverture du Nosferatu de Werner Herzog mise en musique par Popol Vuh.

Avec cet album, Anna Von Hausswolff remet à l’heure les pendules du manoir.

Enregistrés principalement sur un grand orgue moderne dans l’acoustique naturelle d’une des plus grande églises de Scandinavie, l’ « église de marbre » de Copenhague, les cinq titres composant Dead Magic sont agrémentées d’une solide formation batterie / basse / guitares, dans un mixage implacable que l’on doit au producteur de quelques uns des plus grands noms des scènes Drone et Doom. Pourtant il n’a pas été question pour Anna Von Hausswolff et son label City Slang de réduire l’œuvre à tel ou tel style. Il s’agit de la rencontre du Ciel et de la Terre. De l’orgue religieux inclus dans les rugosités maniaques d’un rock pesant, formant comme une toile tendue pour capturer le dernier souffle d’une âme errante.

Parmi les cinq titres de l’album, tour de force réussi pour le single The Mysterious Vanishing of Electra, qui parvient à exprimer en 6 minutes seulement l’alchimie délicate d’un album qui –enfin !- prend le temps nécessaire pour développer la rigueur complexe des sentiments d’annihilation et de vacuité.

Car en effet ce sont les deux titres de 12 et 16 minutes qui forment l’ossature de ce suaire mélancolique, dont le sublime Ugly and Vengeful qui condense à lui tout seul la quintessence du propos.

Toutefois un tel voyage ne prend tout son sens que dans une écoute totale, captive.
A savourer comme une agonie éternelle.
– Frank Gillardeaux –

 

[Photo une: ©Anders Nydam]