Comment FAIRE le dawa / interview

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« _ Je vais voir Faire, c’est génial !
_ Faire quoi ? »
Il y a toujours un décalage de compréhension lorsqu’on insère le nom du groupe electro-rock dans une conversation. FAIRE, oui mais pour quoi faire ?
Voici donc FAIRE un en interview, pour comprendre ces trois hurluberlus qui dépotent au nom de l’amusement entre potes.
Leur crédo: exit le sérieux, la chanson française s’en va en rave, fringues loufoques de mise, voire même nudité assumée, et invitation pour qui veut sur scène. On a l’impression que Simon, Raphael et Romain veulent foutre un gros bordel et tout donner tant que FAIRE se peut; et leurs disciples augmentent rapidement avec les festivals de cet été…

C’est la grande ascension cet été, vous êtes au programme de nombreux festivals prestigieux !
Oui c’est cool, on fait We Love Green, Dour,  Les Eurockéennes, un super festival en Suisse qui s’appelle Nox Orae aussi, tout çà nous met la barre un peu plus haut. Pour nos premières fois, en général, on ramène des potes sur scène pour mettre une bonne ambiance. Au Psychfest, c’est carrément le régisseur général qui a fait monter des gens sur scène dès notre 2e morceau !

FAIRE, pourquoi ce nom? Pas évident de vous trouver sur Google !
C’est sûr! Au départ le projet était intime et expérimental, plus pour apprendre à produire que pour être référencé sur Google. Faire, c’est avant tout une démarche, celle d’avancer sans trop se poser de question. Ca fait 12 ans qu’on joue de la musique ensemble, mais on réfléchissait beaucoup trop à savoir où on voulait aller. Et un jour on s’est dit: « Stop, on arrête de réfléchir maintenant on fait! »

Vous définissez votre musique comme de la Gaule Wave, est-ce l’apologie de 
 _  la chanson française ? V
 _  la campagne profonde ? X
_  la trique?  V

C’est de la musique excitante en fait, et en français.

Chacune de vos chansons porte un nom féminin: Mireille, Anastasia, Christiane, …
Des prénoms qui pourraient être ceux de nos grand-mères, mais ce sont des personnes fictives, dont on écrit l’histoire tous les trois, ensemble. Par exemple pour Christiane, on était hyper vénère contre la vie à ce moment-là, alors on est parti boire dans une cave, et l’idée a germé du combat de ce transexuel qui se prostitue dans toute la cité pour pouvoir nourrir ses 4 enfants. On voulait le représenter comme un héros, qui mène une vie très dure mais qui se bat pour les autres.

Au niveau chant, on a l’impression que vous avez été biberonnés à Elmer Foot Beat.
On adore ! « C’est la Caissière de chez E.Leclerc, waouuuuuuuh » C’était les disques de nos parents, comme Billy ze Kick aussi, les chansons que tu chantes gamin sans vraiment comprendre.

Et vous avez une sacrée mise en scène, avec une attitude à la fois punk et dérision, avec des looks incroyables. Tout ca c’est réfléchi en amont ou c’est plutôt foutraque?
C’est vachement foutraque, mais c’est un gros bordel organisé. Ces looks ne sont d’ailleurs pas des déguisements, on s’habillent comme ca hors scène aussi. On est tout le temps ensemble, on voyage ensemble, notamment au Mexique, et du coup on achète tout ce qu’on trouve beau sur le moment. Tu vois, on fait même le shopping ensemble, on partage tout.

Alors justement, c’est quoi votre histoire avec le Mexique? 
Après avoir travaillé dans des restos pour faire un peu de thunes, on est parti à l’étranger. On a commencé par le Canada avec Montréal, puis New York, où on a tourné sur une dizaine de concerts, et on a enregistré un disque qui s’appelait Savoir [savoir-faire ou faire-savoir?]. Simon est américain donc il pouvait rester là-bas mais nous, notre visa expirait, et le billet le moins cher pour le pays le plus proche, c’était le mexique. On y a rencontré les mecs de Los Headaches qu’on avait déjà vu au Psychfest, qui nous avaient invités à venir au Mexique, en disant qu’ils nous donneraient une casa et nous feraient tourner. Et ils l’ont fait ! Ils sont tellement connectés sur Facebook là-bas qu’en 2 heures on avait une maison, et en 2 mois une tournée organisée…on est resté 6 mois au final et on y a enregistré notre album Le Tamale

D’ailleurs j’ai vu que vous aviez pas mal d’articles dans la presse mexicaine, diriez-vous que vous êtes plus connu en France ou au Mexique ?
Au fond, c’est presque autant. Peut-être même plus là-bas, dans le sens où comme ils n’ont pas accès à énormément de groupes français, on sort du lot. Dans une dizaine de villes, des gens nous attendaient alors que c’était la première fois qu’on y jouait, et certains chantaient nos chansons. On y est retourné en mai pour une 2e tournée du coup, ainsi que plusieurs festivals.

Du coup, vous avez été tenté de chanter en espagnol pour eux?
Pas forcément pour eux, mais on aime l’espagnol donc oui on a fait une reprise en espagnol. Et là on est en train d’en écrire des nouvelles, directement en espagnol.

Pour un « c’est l’automne » ?
Ahah, en effet on a l’EP C’est l’été qui vient de sortir avec Marie-Louise, et pour l’instant on se concentre sur cette saison. Aucune date de fixée encore pour les prochaines chansons.

Vous avez une attitude un peu punk, mais avec un côté rigolo, pas violent. Vous est-il déjà arrivé qu’une salle vous demande de vous calmer ? Ou de calmer votre public, je me rappelle la Station Mu, ou le public escaladait les poteaux de la scène ou même cette release party du Tamale où les gens étaient parfois projetés sur la scène et les cables arrachés…
C’était n’importe quoi à l’AG [salle Alimentation Générale] mais toujours en mode bon enfant, on avait ramené 20 kilos de confettis, j’en ai encore dans mon synthé. [Oui moi aussi j’en ai eu partout…] C’est sans doute la seule fois où la joie du public nous a un peu empeché de jouer…Pour l’été, on change avec la version liquide. Mais sinon on a jamais eu de problème car à chaque concert, dès notre arrivée, on essaie d’avoir un bon rapport avec tous les techniciens. Après avoir sympathisé et les avoir prévenu, notre attitude sur scène les fait plutôt marrer finalement.

Qu’est-ce que vous avez fait de plus taré ? On vous voit déjà faire la promo de C’est l’été nus dans Paris, annoncer We Love Green avec un fusil (et toujours à poil) …
Tu nous trouves tarés?
Oui, mais c’est comme çà qu’on vous aime.
En fait, c’est quand on est bien entouré, on a une soudaine énergie qui déborde pour se marrer. Au festival MoFo la dernière fois, Simon s’est déboité le genou…

[vidéo de Aliosha Cheiko]

Vous êtes aussi adepte du DIY, comme pour la confection de cette voiture dans le clip Sisi. Votre création?
Oui avec des copines Juliette et Julia, on veut toujours participer à la direction artistique de nos clips parce qu’on est rarement content du résultat quand on délègue entièrement. D’ailleurs on a nous même réalisé pas mal de clips, sauf pour Mireille, Sisi et Marie-Louise. Y’a tellement de choses que l’on peut faire soi-même. Au début on gravait nos CD nous-mêmes aussi, et il est arrivé qu’on en donne certains non gravés d’ailleurs…

Sinon vous écoutez quoi?
En ce moment on est dans une phase reggaeton [tous d’une même voix], on y a découvert une belle émulsion au Mexique. De l’italo-disco aussi, trap un peu, et tous les jours du rock francais des 60s. On va d’ailleurs retrouver ces influences dans notre prochaine sortie. En fait chaque EP tourne autour d’un thème. Ca nous permet d’explorer, sans devoir sortir un album avec 15 chansons dans la même direction. Le Tamale c’était les influences de ce premier voyage tenant du rock psychédélique, du punk froid, alors que C’est l’été est plus axé sur les chansons d’amour et tout le monde à poil, dans un esprit Beatles.

                     

Une dernière question inquiète pour le futur : l’accroissement de votre notoriété est-elle dangereuse pour votre style ?
Non je ne pense pas que ca pourrait dénaturer ce que l’on fait parce que l’énergie restera toujours la même. Tout est possible avec ce groupe, et on peut s’adapter à trouver des scénos encore plus violentes ou spectaculaires pour des grosses scènes. Le mieux, si on a le temps, serait de composer des choses différentes pour petites et grosses scènes, çà, ce serait cool.

Et on ne se lassera pas d’aller vous voir FAIRE le dawa !
– Julie Lesage – 

 

Allez les voir !!!

Festival  Nox Orae 26/08 / Suisse
Croisière Microqlima 20/09 / Paris
Nantes 21/09 (et gratuit !)
Festival La Jimi 14/10 / Marne
La Maroquinerie 28/11 / Paris

[Photos une et fin ©Mathieu Foucher]